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Tous seuls quand on sera vieux ? Nous n’en sommes qu’au début de l’explosion du nombre de personnes âgées isolées
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Irréversible

Tous seuls quand on sera vieux ? Nous n’en sommes qu’au début de l’explosion du nombre de personnes âgées isolées

La solitude des personnes âgées est un phénomène de plus en plus mis en avant. La hausse de l'espérance de vie et les modèles familiaux restreints annoncent une aggravation lente mais continue de ce mouvement.

Gérard  Neyrand

Gérard Neyrand

Gérard Neyrand est sociologue, est professeur à l’université de Toulouse), directeur du Centre interdisciplinaire méditerranéen d’études et recherches en sciences sociales (CIMERSS, laboratoire associatif) à Bouc-Bel-Air. 

Il a publié de nombreux ouvrages dont Corps sexué de l’enfant et normes sociales. La normativité corporelle en société néolibérale  (avec  Sahra Mekboul, érès, 2014) et, Père, mère, des fonctions incertaines. Les parents changent, les normes restent ?  (avec Michel Tort et Marie-Dominique Wilpert, érès, 2013).
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Atlantico : Selon une étude britannique, une personne sur dix âgée de plus de 60 ans vivra seule au Royaume-Uni en 2033. En cause, le délitement de la famille traditionnelle et l'espérance de vie croissante. Quel est l'impact réel de ces deux facteurs ? 

Gérard Neyrand : La hausse de l’espérance de vie entraîne forcément une hausse du nombre de personnes âgées, notamment parmi celles qui ont plus de 80 ans. Le nombre de centenaires devraient même exploser en France après 2050. Il est devenu courant aujourd’hui en France que dans une même famille quatre générations coexistent, ce qui était exceptionnel autrefois. Or, le repliement de la famille sur sa forme nucléaire – c’est-à-dire deux générations (en principe les parents et les enfants – conjugué à la hausse continue de l’espérance de vie génère mécaniquement un accroissement du nombre de personnes âgées qui vont vivre seules. Je rappelle également un autre facteur : il s’agit d’un mouvement majoritairement féminin quand on dépasse les 80 ans puisque les femmes ont une espérance de vie supérieure de huit ans par rapport aux hommes. Par contre n’oublions pas que ce mouvement n’est pas récent : le repli de la famille sur sa forme nucléaire est un phénomène qui date déjà d’une cinquantaine d’années.   

L'espérance de vie allant toujours en augmentant, et les modèles familiaux restant assez individuels, cette situation va-t-elle s'aggraver ?

Cela me semble en effet inéluctable. La société essaie de répondre à la nouvelle perception de la solitude chez les personnes âgées en proposant des services à domicile ou des formules de résidence assistée, où la maison de retraite. Avec l’accroissement de la précarité, on voit que la hausse de l’espérance de vie a tendance à ralentir depuis quelques années. Il y a plus de gens en situation précaire qui, en principe, sont appelés à vivre moins longtemps. Mais le mouvement général, dans la durée, va se développer. De plus, on constate que l’aide qu’apporte l’Etat aux familles dans leur prise en charge de leurs aînés, n’entraînent que très rarement un retour au domicile familial une fois que la personne concernée est en établissement médicalisé ou en maison de retraite.      

Quels peuvent être les outils pour enrayer cette progression de la solitude ? 

Il est difficile de faire de la prospective sur cette question… On peut améliorer les conditions de vie des personnes qui se retrouvent seules en faisant en sorte qu’elles soient bien entourées. Il y a un vrai effort – déjà en cours – sur l’environnement des personnes âgées dans la solitude. Mais même si on peut mener des actions pour rendre meilleure la situation des personnes concernées, cela ne se fera qu’en accompagnement d’une situation qui évolue de manière inévitable.

Quel peut être le coût pour la société de cette situation ? Des personnes qui vieillissent seuls, est-ce juste un problème de société, ou est-ce aussi une catastrophe économique ? 

La situation des personnes âgées – comme pour les personnes actives – obéit à des réalités très différentes. Certains sont dans une situation sans difficultés économiques, et d’autres vivent avec un minimum. On voit bien d’ailleurs que si le gouvernement recule un peu sur la situation de restriction qu’il veut mettre en place, ce sera sans doute sur les petites retraites. e pense que l’on est dans une logique d’accompagnement de ces situation qui met en tension la société. Et la principale réponse que l’on cherche à apporter, c’est le recul de l’âge de la retraite pour réduire le déséquilibre. Une autre solution serait d’améliorer le fonctionnement du soin des personnes âgées. Dans la mesure où elles sont seules et peuvent souffrir de troubles altérant leur comportement, il y a une tendance à la surconsommation de médicaments. Il faudrait donc penser à un accompagnement plus élaboré pour mieux réguler la situation. Face à ce contexte, il ne faut pas oublier non plus les nouvelles offres économiques qui sont offertes pour le quatrième âge – surtout pour les personnes isolées – qui constituent un secteur en plein développement.

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