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"Tiens, je rentre dans un 36, moi ?" : comment l’évolution des tailles de vêtements fausse l’idée que nous nous faisons de notre corpulence
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Inflation

"Tiens, je rentre dans un 36, moi ?" : comment l’évolution des tailles de vêtements fausse l’idée que nous nous faisons de notre corpulence

Si le chiffre sur l'étiquette est le même, le vêtement est plus grand. Résultat, les femmes se sentent plus minces et achètent.

Une femme qui pèse environ le même poids qu'il y a vingt ans porte des vêtements aux tailles plus petites. Le mécanisme ressemble à l'inflation monétaire : le chiffre affiché reste le même, mais la valeur réelle a changé. Autrement dit, les vêtements qui affichent la même taille qu'avant sont progressivement devenus plus grands.

Cela dépend des marques, mais le phénomène est attesté aux Etats-Unis, en Angleterre et en France : une robe de taille 40 aujourd'hui est l'équivalent d'une taille 48 des années 1950. Et une taille 40 des années 1950 n'a même pas d'équivalent aujourd'hui. Cela revient à dire que les mensurations des femmes dépeintes dans la série Mad Men sont inférieures à notre 34 moderne.

Pourquoi ? Parce que le gabarit moyen a augmenté

Dans beaucoup de pays occidentaux, le développement de l'obésité pose un problème de santé publique – même si le Français moyen conserve la corpulence la plus faible d'Europe. Depuis 1970, en France,  les femmes adultes ont pris 2,1 cm, passant d'une taille moyenne de 160,4 cm à 162,5 cm ; et la balance moyenne affiche 62,4 kilos, soit 1,8 kg de plus. Quant aux hommes adultes, ils ont grandi de 5,5 cm et grossi de 5,4 kilos.

Par conséquent, les tailles des vêtements devraient logiquement augmenter : plus de femmes se tourneraient vers du 42 ou du 44 et le 36 serait progressivement délaissé.

Cependant, les industries du textile ont remarqué les bénéfices de l'effet psychologique du "vanity sizing", qu'on peut grossièrement traduire par "recalibrage flatteur" : en effet, quand les designers ajoutent quelques centimètres de tissu au vêtement sans pour autant changer le chiffre sur l'étiquette, les clients constatent avec soulagement qu'ils rentrent dans des habits de même taille qu'auparavant. Cela favoriserait la consommation et améliorerait l'image de la marque.

Par conséquent, l'inflation joue un rôle d'incitation à l'achat. Malgré tout, c'est une pente dangereuse puisqu'elle encourage les personnes en surpoids à négliger les méfaits de leur régime pour la santé. Quand trois quarts des Américains et trois cinquièmes des Britanniques sont en surpoids, c'est un jeu auquel il ne faut pas jouer.

L'absurdité de la situation se révèle aux Etats-Unis où les étiquettes affichent désormais la taille 00 : ce n'est bien sûr pas le résultat d'une maigreur extrême des femmes. Les fabricants y ont recours parce que leurs tailles 4 sont devenues des tailles 2, leurs tailles 2 sont devenues des tailles 0, et les femmes de plus petite corpulence ont été exclues du marché dit "normal" par le vanity sizing.

Par conséquent, près d'une femme sur trois et un homme sur six trouvent difficilement des vêtements à leur taille : c'est le résultat d'une étude de mensuration nationale menée entre les printemps 2003 et 2005 par l'Institut français du textile et de l'habillement.

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