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Terrorisme
Xavier Raufer publie « A qui profite le djihad ? » aux éditions du Cerf.
Xavier Raufer publie « A qui profite le djihad ? » aux éditions du Cerf.
©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Bonnes feuilles

Terrorisme : qui a attaqué la France et la Belgique en 2015 et 2016 ?

Xavier Raufer publie « A qui profite le djihad ? » aux éditions du Cerf. Le terrorisme serait-il le seul crime qui ne profite à personne ? La mondialisation aurait-elle aboli l'instrumentalisation dont il était hier l'objet ? Ce livre révèle le rôle de certains États qui emploient la terreur comme une arme d'agression ou de dissuasion. Extrait 1/2.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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2015-2018 : une troupe nombreuse.

Islamisme armé : depuis mars 2012 et les at‑ taques de Mohamed Merah, la justice française en est (fin 2018) à 1 699 individus sous enquête ; 470 mis en examen ; 373 jugés ou en instance ; 856 recherchés. Enfin, 250 à 300 islamistes adultes de nationalité française subsisteraient dans la zone Irak-Syrie.

Un effectif de plus de 1 500 individus plus ou moins aguerris est sans précédent dans l’histoire du terrorisme en France, dans toute sa durée. Ni la « Bande à Bonnot », ni l’OAS-métropole, ni ETA, ni les NAPAP, ni Action directe, ni les divers avatars du FLB-ARB, ni les GAL, ni l’ASALA, ni les FARL, ni le GIA, pour les principales entités terroristes actives en France depuis le début du XXe siècle, n’ont jamais dépassé quelques dizaines d’individus.

Charlie-Hebdo, Hypercasher.

Inutile ici de reprendre in extenso l’histoire de ces récents attentats, restés gravés dans les mémoires, et ayant coûté la vie à 12 innocents, dont 2 policiers. Il convient plutôt de détailler les propos de magistrats et avocats ayant accédé au dossier judiciaire, désormais bouclé.

Dans ce dossier, si bien sûr les principaux terroristes en cause ont tous péri, restent 15 mis en examen, 13 prisonniers et 3 mandats d’arrêt visant les fuyards, Hayat Boumeddiène et les deux frères Mohamed et Mehdi Belhoucine, tous alors réfugiés dans la zone de djihad Irak-Syrie.

Pour le procureur de Paris (d’après son réquisitoire, qui fait 484 pages), c’était « un projet mûrement construit », « un attentat bien planifié, exécuté par une équipe entraînée et déterminée », avec « des préparatifs quasi-militaires… ». On y lisait une « sophistication des modes opératoires », ainsi qu’un « processus complexe de pas‑ sage à l’acte », une longue « coopération avec un donneur d’ordre », et une « concertation d’Amedy Coulibaly et de Chérif Kouachi ».

Reste le point crucial : « Un commanditaire à identifier ». Pour un avocat des victimes ayant lu le dossier et écouté les magistrats : « C’est toute une chaîne qu’on doit comprendre… Toute une équipe amène ces trois-là à tirer ».

Nous sommes ici face à une structure solide capable de planification durable, avec réseau de soutien, groupe d’action, commandite extérieure. On est loin d’une fratrie confuse, agissant sur coup de tête pour « venger le prophète », comme des officiels l’avaient un peu vite énoncé à l’origine.

Bataclan, Zaventem.

Avec prescience, Le Monde observe dès le 11 novembre 2017 :

Loin des récentes et rudimentaires attaques au couteau ou à la voiture-bélier, ces attentats sont le fruit d’une réelle « ingénierie » djihadiste. Le résultat d’un plan type « poupées russes », savamment pensé en amont [nous soulignons] : un grand nombre de kamikazes, « coordinateurs » à distance, une demi-dizaine de planques et soutien de petites mains plus ou moins radicalisées.

De fait, le bilan des attentats de Paris et de Bruxelles Zaventem est terrible : 130 morts à Paris et Saint-Denis, 32 morts à Bruxelles et Zaventem, plus au total 800 blessés entre ces deux métropoles. Déjà en novembre 2017, l’enquête (française) des six juges d’instruction comprend 230 tomes de procédure et 28 000 procès-verbaux. Et quand se tiendra le procès des attentats de Paris, il ras‑ semblera au minimum 1 700 parties civiles et 300 avocats.

On compte encore quatre commandos – peut-être cinq ; au moins un autre attentat envisagé à l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol : pour les experts du terrain, un « tentaculaire réseau djihadiste », est à l’œuvre, derrière lequel se devine « une cellule djihadiste plus importante… avec ramifications à travers toute l’Europe, surtout en Belgique ».

La plupart des attentats se préparent en Syrie ; de là, le réseau se déploie en Turquie, puis à travers toute l’Europe : Grèce, Croatie, Autriche, Allemagne ; à pied d’œuvre, la logistique du réseau multiplie les locations d’« appartements conspiratifs » dans la région bruxelloise (Anderlecht, Bruxelles même, Etterbeek, Jette, Molenbeek, Schaerbeek) et au-delà, Auvelais (Namur), Charleroi, Verviers. Bien sûr, à Saint-Denis, près de Paris.

Là se cachent les artificiers, coordinateurs et logisticiens. Là se fabriquent, dans au moins un atelier spécialisé (Saint-Gilles), ces faux documents permettant aux commandos de circuler en Europe incognito, sous maintes fausses identités. Là se fabriquent l’explosif TATP et les gilets prévus pour les attentats. Là sont dissimulés armes, munitions, téléphones ; de là se louent de multiples véhicules, nécessaires au transport des terroristes et de leur arsenal.

Pendant au moins 17 mois, des dizaines de terroristes agissent ainsi dans toute l’Europe – sans qu’alors, nul dans les services de renseignement des pays en cause ne repère leurs préparatifs ; moins encore dans les coordinations européennes supposées les alerter et les réunir en un commun maillage.

Pourquoi 17 mois ? En juin 2014, les frères el-Bakraoui, que nous retrouvons plus bas, braquent à Auderghem (Belgique) le Crédit Agricole local, acte classé sans suite en décembre suivant par le parquet de Bruxelles ; mais acte destiné à financer les attentats à venir, à Bruxelles et Paris. Juin 2014, novembre 2015 : cela fait bien 17 mois, lors desquels la préparation de la vague terroriste débutant en novembre 2015 va son train.

Extrait du livre de Xavier Raufer, « A qui profite le djihad ? », publié aux éditions du Cerf.

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