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La prochaine sortie du film d'animation "Tante Hilda !" s'attaque aux OGM.
La prochaine sortie du film d'animation "Tante Hilda !" s'attaque aux OGM.
©Muffet

Bourrage de crâne

Tante Hilda, le film d’animation qui compte convertir les enfants à l'idéologie anti-OGM

La prochaine sortie du film d'animation "Tante Hilda !" devrait susciter la polémique : destiné aux enfants, il consiste en une attaque portée contre les OGM et, par extension, contre l'industrie agroalimentaire et les agriculteurs.

Eddy Fougier WikiAgri

Eddy Fougier WikiAgri

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire analytique de l’altermondialisme (Ellipses, 2006), L’Altermondialisme (Le Cavalier bleu, 2008).

Plus récemment, il a publié Thèmes essentiels d’actualité en QCM (2000 QCM) aux éditions Ellipses (2012) ou encore Parlons mondialisation (La Documentation française, 2012)

Eddy Fougier est chargé d’enseignement dans plusieurs écoles, notamment Audencia Nantes – Ecole de management, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, l’Institut européen des hautes études internationales (IEHEI, Nice) et l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

WikiAgri est un pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Il a pour philosophie de partager, avec les agriculteurs, les informations et les réflexions sur l’agriculture. Les articles partagés sur Atlantico sont accessibles au grand public, d'autres informations plus spécialisées figurent sur wikiagri.fr

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Le 12 février prochain, soit dix jours avant l’ouverture du Salon de l’agriculture 2014, sortira sur les écrans français un film d’animation intitulé Tante Hilda !, qui se présente comme une « fable écologique ». Il devrait susciter un certain émoi dans le secteur agroalimentaire et les milieux agricoles en donnant quelque peu l’impression aux agriculteurs et aux industriels d’être les héros malgré eux d’une sorte de remake de Moi, moche et méchant, autre film d’animation récent… L’histoire du film est, en effet, la suivante : « Tante Hilda, amoureuse de la nature, conserve dans son musée végétal des milliers de plantes du monde entier. Beaucoup sont en voie de disparition. Parallèlement, une nouvelle céréale, Attilem, mise au point par des industriels, se cultive avec si peu d’eau, sans engrais, et produit des rendements si prodigieux, qu’elle apparaît comme la solution miracle pour enrayer la faim dans le monde et prendre le relais du pétrole dont les réserves s’épuisent. Mais la catastrophe n’est pas loin… ». Dans la note d’intention du réalisateur Jacques-Rémy Girerd, que l’on peut retrouver dans le dossier de presse du film, Tante Hilda est présentée comme l’« archétype de l’écolo-bobo : pull-over tricoté à la main, jupe longue et certitudes enflammées ». Elle s’oppose à sa sœur, la méchante Dolorès, décrite comme « PDG cruelle et cupide à la tête d’un groupe agro-alimentaire tentaculaire », qui s’appelle Dolo dans le film et dont l’activité principale consiste à fabriquer une plante génétiquement modifiée qui s’appelle NGO. Celle-ci fait bien entendu référence aux OGM.

Le réalisateur du film, Jacques-Rémy Girerd, se défend dans une interview pour Consom’action (n°73) d’être un « donneur de leçons » ou explique dans le dossier de presse ne pas avoir souhaité faire un « film à thèse » ou didactique. Il s’agit néanmoins d’un film ouvertement militant, qui tend à véhiculer trois types de critique écologiste somme toute assez classiques : une critique des dérives supposées de la science et du progrès, notamment à travers la question des OGM, de l’industrie agroalimentaire, et de l’agriculture intensive ou industrielle. Dans un entretien accordé début janvier à Agra presse, Jacques-Rémy Girerd dénonce ainsi une « science sans conscience » et une « fuite en avant » : « aujourd'hui on a l'impression que tout est possible. On invente une solution qui a une faille. Alors on invente quelque chose pour combler la faille. Et ainsi de suite. On est dans une fuite en avant où la science, la recherche, le génie humain doit tout résoudre. Alors qu'il faudrait parfois revenir un peu en arrière pour prendre une autre direction. »

Un point de vue militant

Le dossier de presse du film explique également que « le film milite contre le cynisme des grandes multinationales ». L’actrice Josiane Balasko, qui prête sa voix à Dolorès, explique de son côté que « la culture des OGM est une forme de diktat, et la situation ne fera qu’empirer à long terme. Je suis entièrement d’accord avec le combat d’Hilda. […] il est essentiel qu’on se mobilise contre l’obligation d’acheter des plants génétiquement modifiés. Les gens qui vont arracher les champs d’OGM, et qui risquent la prison, sont très courageux ; ils se sentent investis d’une mission pour protéger la diversité biologique et écologique ». Enfin, dans le même entretien accordé à Agra presse, Girerd expose sa vision de l’agriculture actuelle, qui est forcément critique : « Je n’ai pas une vision noire de l’agriculture, mais une vision critique de certains choix d’une agriculture qui a voulu être hyperproductive, et de ce que l’industrie agroalimentaire fait subir aux agriculteurs ». Il défend en toute logique un autre modèle agricole : « Alors comment je vois l’agriculture ? Je pense qu’il y a vraiment un modèle à revoir. Je vois qu’il faut rompre avec l’intensité extrême. Car ça va dans le mur : regardez la Bretagne ! Je pense que les grandes exploitations, ça na pas de sens, il faut revenir à une agriculture plus humaine. […] Avec l’agriculture industrielle tout devient abstrait. Et personne n’y trouve son compte, à part les intermédiaires et les financiers. Ce n’est pas normal. Il faut moraliser tout ça absolument ». Ces critiques sont bien entendu loin d’être nouvelles. Cependant, la particularité de ce film est qu’il s’adresse avant tout aux enfants.

Le film, qualifié par le site d’information grenoblois Place Gre’net de « véritable plaidoyer contre les OGM », a été par conséquent salué et même soutenu par de nombreuses organisations écologistes. Le salon Vivez nature s’est ainsi associé au lancement du film, tout comme Biocoop, le premier réseau de magasins bio en France, qui est partenaire du film. Ce dernier affirme soutenir le film car « Biocoop s’oppose à la culture des OGM représentant des risques non maîtrisés pour l’environnement et la santé » et « pour la biodiversité à sauvegarder, ce à quoi l’agriculture biologique contribue très activement ». Il est également soutenu par la marque bio Priméal.

Le film a été présenté dans plusieurs festivals de films spécialisés dans l’écologie et l’environnement : le festival international du film nature et environnement de Grenoble organisé par la Fédération Rhône-Alpes de la protection de la nature (FRAPNA) qui s’est déroulé du 28 novembre au 7 décembre, festival dont le réalisateur Jacques-Rémy Girerd a d’ailleurs été le parrain de l’édition 2013 ; en ouverture du Festival international du film d’environnement (Fife) organisé par la région Île-de-France du 4 au 11 février ; ou encore lors des Rencontres Rhône-Alpes de l’Ecologie 2014 organisées dans la Drôme du 23 janvier au 3 février, département dans lequel le réalisateur réside et dans lequel se trouve le studio Folimage qui a produit le film et dont Girerd est le fondateur.

Jacques-Rémy Girerd est un artiste reconnu dans sa profession – ses films ont obtenu de nombreux prix, dont un César du meilleur court métrage d’animation en 1988 et un Cartoon d’or en 1998, sorte d’oscar européen du film d’animation –, mais aussi par le public, puisque, par exemple, l’un de ses films précédents, La Prophétie des grenouilles, a remporté en 2003 un important succès avec plus d’un million d’entrées en France. Il est néanmoins aussi un artiste-militant qui cherche à sensibiliser les spectateurs, en particulier les plus jeunes d’entre eux, et à susciter une réaction chez eux. Il explique ainsi dans une interview pour Place Gre’net que son œuvre est en grande partie un travail de sensibilisation à l’écologie : « L’écologie n’est pas en capacité d’être très visible car les conditions font que les écologistes sont moins écoutés. On fait donc un travail de sensibilisation à notre niveau ». Dans un autre entretien, pour Consom’action, il expliquait que ce travail visait en particulier les enfants : « A-t-on le droit de faire n’importe quoi, au nom de la science ou du progrès ? Les OGM m’ont semblé être une synthèse intéressante pour aborder la problématique, un élément fort pour raconter une histoire, avec de la magie, de la poésie… et de vraies questions. Dans le département où j’habite, la Drôme, les élus ont pris position contre les OGM, ils luttent. Tout le monde doit s’y mettre ! En tant qu’artiste, je sensibilise le grand public, notamment les enfants ». Cette activité de sensibilisation vise ainsi selon lui à susciter des réactions chez le spectateur. C’est notamment le cas de Tante Hilda ! car, d’après , lui, « Cette comédie permet de dire les choses graves de façon légère et décalée pour provoquer des réactions chez les téléspectateurs » (entretien pour Place Gre’net).

Outils pédagogiques

Cette activité de sensibilisation du public jeune passe plus largement par différents canaux. Outre les longs-métrages d’animation, Girerd a également écrit des romans, réalisé une série de courts-métrage de 5 minutes pour la télévision sur l’éducation à l’environnement à destination des enfants (dès l’âge de 5 ans) intitulée Ma petite planète chérie, complétée par un site internet d’« accompagnement pédagogique du film ». Il est également l’auteur d’une série de programmes courts de 2 minutes 30 secondes intitulée C’est bon consacrée à l’« alimentation saine » qui sera prochainement diffusée par France 3. On retrouve d’ailleurs une telle panoplie d’« outils de sensibilisation » à destination des enfants à l’occasion de la sortie de Tante Hilda ! puisque celle-ci est accompagnée de la parution de trois ouvrages aux éditions Flammarion – un album (dès l’âge de 6 ans), un roman écrit par le réalisateur lui-même (dès 10 ans), et un ouvrage « pédagogique » destiné aux enfants dès 8 ans, intitulé La biodiversité et les OGM en questions –, ou encore de la création d’une page Facebook et même d’une entrée Wikipedia. Cette panoplie comprend aussi un site internet qui s’adresse aux élèves d’écoles primaires pour « apprendre la biodiversité en classe » sur la base du film. Il contient des fiches pédagogiques pour les enseignants à destination des classes de CE2-CM1-CM2, notamment sur la thématique « Les OGM, attention danger ? ». Cette dernière prévoit trois activités : une introduction aux OGM et aux biotechnologies, un débat pour ou contre les OGM en s'« aidant du film », et enfin des « ateliers d’écriture » au cours desquels « l’enseignant propose aux élèves d’écrire une lettre au maire pour demander de respecter la biodiversité de notre ville ou de notre village : […] ne pas utiliser (ou très peu) de pesticides et d’insecticides pour les plantations de la mairie, etc. Demandons-lui un entretien afin d’avoir son avis, et discuter avec lui, sur les OGM ».

En clair, si la théorie du genre n’est pas enseignée à l’école, en revanche il semble bien que la théorie anti-OGM et le militantisme écologique le soient en toute impunité, et ce, sous l’auspice de cette nouvelle Madame sans gènes qu’est cette chère tante Hilda…

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