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Taisez-vous, nous débattons
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Editorial

Taisez-vous, nous débattons

Aujourd'hui tout le monde veut communiquer, donner son avis sans écouter celui de son interlocuteur parfois dans la cacophonie. L'époque est à la radicalisation et à l’opposition. Les préjugés ont le vent en poupe et les débats, trop chronophages, se font rares.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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Jamais il n’a été si facile de se faire entendre, mais il est dans certains cas bien difficile d’être entendu. Qu’il s’agisse de l’islam, du mariage homosexuel, du gaz de schiste, des syndicats, des patrons, des médias… il y a des opinions de bon ton, et d’autres d’emblée bannies, censurées, caricaturées. Il y a des pensées impensables, inaudibles.

L’époque est à la radicalisation et à l’opposition, de plus en plus dogmatique. On respecte l’avis d’autrui… surtout lorsqu’il est d’accord. Dans le cas contraire, au mieux il a tort, le plus souvent il le fait exprès, « il ment », ou il est incompétent, fait preuve d’obscurantisme lorsqu’il ne s’agit pas de révisionnisme, ou tout simplement est agent de propagande, manipulateur d’informations, qui instrumentalise l’opinion. Etre accusé de démagogue paraît finalement bien doux aujourd’hui.

Les patrons sont forcément des exploitants voyous, les islamistes des extrémistes (pour ne pas dire autre chose), ou, mieux, des « présumés islamistes », les catholiques de rigides réactionnaires, les écolos des gauchistes, les syndicats des communistes qui s’interdisent d’être d’accord, les banquiers des voleurs, les politiques… des politiciens, etc. La liste est longue, je vous laisse compléter ce catalogue des stéréotypes et des idées reçues… pas totalement infondées pour certaines ! (je plaisante, quoique…)

Le temps est à la caricature, au bashing, à l’expression rapide. Les insultes et les dénigrements l’emportent sur les argumentations et les démonstrations. Il suffit pour cela de regarder sur des sites d’informations les commentaires à des articles un peu clivants, ils tournent assez vite à des échanges d’insultes, avec la violence que semble faciliter l’échange à distance, et souvent anonyme.

Les propos se concentrent, se compriment, comme le temps, que nous n’avons plus, que nous ne nous donnons plus, pour approfondir, discuter, débattre, vraiment. Débattre sur des enjeux devenus tellement complexes et interconnectés que tout résumer est réducteur.

Pourtant la pensée contraire, opposée, est un stimulateur d’arguments, de raisonnements, de démonstrations. Elle pousse à raisonner parfois l’intuition, à convaincre, et donc à faire adhérer. C’est toute la vertu du débat contradictoire, plus intéressant que le dialogue participatif où on laisse tout le monde s’exprimer sans que personne ne s’écoute ou avec des conclusions prédéfinies.

Mais ce débat contradictoire est un processus qui aujourd’hui rencontre une autre limite, celle de s’autoriser à être d’accord avec son opposant, à changer d’avis sans perdre la face, à revoir ses arguments voire des convictions, à apprendre de l’autre. C’est là tout le paradoxe, tout le monde s’exprime, cherche à faire valoir son point de vue en s’interdisant d’en changer. Tout le monde cherche à parler et à émettre davantage qu’il n’écoute et ne reçoit.

Nous dialoguons en silos, en communautés d’accord, sur des autoroutes d’informations certes, mais qui circulent à sens uniques, ne se croisant que de part et d’autre du parapet de l’ignorance et du dédain.

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