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Syrie : l'échec du plan Annan
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Syrie : l'échec du plan Annan

La situation est au point mort en Syrie. L’échec du plan Annan pourrait conduire à l’installation durable d’un conflit de basse intensité, qui servirait d’exutoire aux djihadistes du monde entier, bientôt privés de leur terrain de jeu afghan.

Frédéric Pichon

Frédéric Pichon

Frédéric Pichon est diplômé d’arabe et de sciences-politiques. Docteur en histoire contemporaine,  spécialiste de la Syrie et des minorités, il est chercheur associé au sein de l'équipe EMAM de l'Université François Rabelais (Tours).

 Il est également l'auteur de "Syrie : pourquoi l'Occident s'est trompé" aux éditions du Rocher,  "Voyage chez les Chrétiens d'Orient", "Histoire et identité d'un village chrétien en Syrie" ainsi que "Géopolitique du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord".

Il anime en parallèle le site Les yeux sur la Syrie.

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Le plan Annan est entré en vigueur officiellement le 12 avril dernier. On ne peut pas dire qu’il ait bénéficié d’emblée de l’empathie des grands pays occidentaux, ni des Arabes qui dès avant sa mise en place avaient déjà prophétisé son échec. Le 17 avril, l’émir du Qatar évaluait à 3% (sic) ses chances de réussite et le 25 avril Alain Juppé déclarait : « Les choses ne se passent pas bien, le plan Annan est fortement compromis. » Et pourtant, le 4 mai dernier, Kofi Annan, par la voix de son porte-parole Ahmad Fawzi déclarait que de « petits signes » de respect du plan de paix étaient en cours en Syrie.

Retour sur trois semaines confuses…

Le plan Annan prévoit la cessation de la violence de la part de toutes les parties. Une évolution notable par rapport aux tentatives de résolutions de l’automne précédent, que la Russie et la Chine avaient repoussées au prétexte qu’elles n’évoquaient pas le caractère militarisé de l’opposition. La communauté internationale semble ainsi enfin admettre que l’opposition s’est déplacée sur le terrain militaire. Un des espoirs du plan est de tenter de faire retomber la violence et de favoriser une contestation pacifique.

Mais il faut bien admettre que depuis le 12 avril, si les violences ont baissé en intensité, les opérations de répression et les attaques de groupes armés n’ont pas disparu. Le plan Annan, qui prévoit le retrait de l’armement lourd et des blindés, n’est pas intégralement appliqué. Mais en vérité on se demande comment il pourrait en être autrement. En effet, aussi étonnant que cela puisse paraître, qui a vraiment intérêt à la fin des combats sinon le régime lui-même ? Ce dernier dispose d’une puissance de feu bien supérieure aux opposants, dont le principal handicap tient à leur absence de commandement unifié et à la dissymétrie des forces.

En revanche sur le long terme, le succès de l’opposition armée pourrait venir du combat asymétrique qu’elle mène, jouant sur le tableau médiatique des opinions occidentales promptes à se porter au secours d’ « islamo-progressistes » bon teint, comme on disait au temps de la guerre civile libanaise, mais ne répugnant pas à utiliser les techniques de l’attentat suicide et du harcèlement… A ce jeu-là, la victoire est certaine sur le long terme, à condition d’entretenir un conflit de basse intensité durable : par conséquent le plan Annan ne fait pas l’affaire des insurgés.

Il faut redire ici que l’ASL (ndlr : l'Armée syrienne libre) n’est qu’une organisation aux contours très flous, contestée même par différents groupes armés comme l'Armée syrienne de libération, le Mouvement pour le changement ou encore l'Armée patriotique, qui lui reprochent de surcroît d’avoir accepté le plan Annan… Des combats fratricides ainsi que des exactions envers la population ont d’ailleurs été signalés. Pour la majorité de ces groupes rebelles, l’important actuellement est de se faire reconnaître et financer par les généreux donateurs du voisinage, Qatar et Arabie Saoudite en tête. L’affiliation religieuse, wahhabite ou salafiste, est devenue la règle, sans compter les centaines de djihadistes étrangers qui affluent en Syrie. On a ainsi appris la mort le 20 avril dernier de l’homme le plus recherché du Liban, Abdelghani Jawhar (1).

Ainsi, et à rebours des surenchères qui évoquent une montée en puissance dans l’action internationale, c’est-à-dire une intervention militaire que personne ne prendra le risque d’engager, l’échec du plan Annan pourrait bien signifier l’installation durable d’un conflit de basse intensité en Syrie, sur le modèle de la guerre civile libanaiseet qui servirait d’exutoire aux djihadistes du monde entier, bientôt privés de leur terrain de jeu afghan. La solution la plus raisonnable semble donc être celle d’une diplomatie secrète de l’Occident, loin des errements de l’année écoulée, diplomatie déjà à l’œuvre selon Kofi Annan évoquant un « effort de médiation conduit à l'abri des regards ».

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Notes

(1) Près de Homs, alors qu’il manipulait des explosifs. Ce salafiste affilié au groupe Fatah el Islam, milice qui avait causé en 2007 la mort de 163 soldats libanais dans des combats au nord du Liban, était parvenu à s’échapper du camp de Nahr el Bared. Il était depuis recherché par la justice libanaise pour l’organisation d’un attentat à la bombe qui avait coûté la vie à 14 soldats libanais en 2008, pour la tentative d'assassinat du chef d’état-major de l'armée libanaise Jean Kahwaji, et pour le meurtre d’un commerçant qui vendait de l’alcool. C’est évidemment un cadavre bien encombrant pour les opposants qui semble ainsi accréditer la version du régime qui dit avoir affaire uniquement à des « gangs terroristes ».

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