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Des membres de l'Armée syrienne libre (ASL).
Des membres de l'Armée syrienne libre (ASL).
©Reuters

Alerte enlèvement

Syrie : que reste t-il de l'opposition laïque ?

Si les Amis de la Syrie sont majoritairement libéraux sur le plan politique, la situation est bien différente sur le terrain, où la rébellion comporte désormais un grand nombre de djihadistes étrangers.

Yves  Bourdillon

Yves Bourdillon

Yves Bourdillon est journaliste aux Echos depuis 1996, en charge de l’Afrique, du Proche Orient et de l’ex URSS.

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Les pays alliés pour renverser Bachar el- Assad (Etats-Unis, Royaume Uni, France, Allemagne, Italie, Turquie, Egypte Jordanie, Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis) ont convenu jeudi à Rome lors du sommet des "Amis de la Syrie" d’accroître leur aide "politique et matérielle" aux rebelles syriens. Si le débat n’est pas tranché, entre pays européens et même au sein de l’administration Obama, sur l’opportunité d’armer les rebelles, encore convient-il de savoir à qui fournir des armes éventuellement. C’est-à-dire comment distinguer les rebelles "acceptables" aux yeux des occidentaux, supposés laïques ou islamistes modérés, de ceux qui ne le sont pas (et qui au demeurant progressent militairement au détriment des premiers), salafistes décidés à instaurer la charia ou émules d’Al-Qaïda tels que le front Nusra.

Or, il règne une confusion certaine sur le terrain, puisque des centaines de groupes de rebelles opèrent dans le pays, tenant parfois seulement une ville, voire un quartier, aux côtés de l’Armée syrienne libre (ASL), laïque et constituée de soldats déserteurs. Une confusion illustrée par le fait que même les pays du Golfe qui financent directement ou indirectement les salafistes hésitent à leur fournir des armes lourdes de peur que ces dernières ne se retrouvent entre les mains de groupes incontrôlés.

En fait, hormis des groupes salafistes très idéologisés, qui, même en tenant compte de l’apport de 4 000 combattants étrangers, ne représenteraient que 10 % tout au plus des 100 000 à 150 000 hommes en armes que compte le pays en ce moment, l’appartenance idéologique des groupes armés n’a pas grand sens, estime Peter Harding, spécialiste du pays à International Crisis group. « On se réclame islamiste ou pas en fonction de qui fournit les munitions et les combattants changent aisément d’unités suivant qui a de l’argent et des armes », souligne-t-il.

Sur le plan politique, les choses sont en théorie plus claires, puisque les Amis de la Syrie (mais évidemment ni l’Iran ni la Russie, alliés de Bachar el Assad) ont reconnu la Coalition d’opposition syrienne, constituée en novembre dernier au Qatar, comme seule représentante légitime du peuple syrien. La Coalition, présidée par l’ancien prêcheur Moaz al Khatib, est en fait une nébuleuse de formations laïques (un concept au demeurant moins tranché en Orient que, par exemple, en France), islamistes et parfois un peu des deux, à l’image de sa principale composante, le Conseil national syrien (CNS), formé à Istanbul en octobre 2011, six mois après le début de la révolte contre Bachar el Assad. Le CNS, censé contrôler l’ASL et qui détient un tiers environ des 60 postes de direction de la Coalition, compte des groupes laïques, libéraux ou nationalistes. Lui sont affiliés les Comités locaux de coordination (LCC), qui fédèrent les mouvements de contestations (non violente) quartier par quartier, des jeunes activistes très actifs sur Facebook ou dans la prise en charge de manifestants blessés. 

La direction du CNS est toutefois réputé être sous l’influence des Frères Musulmans, ce qui a expliqué la création de structures affirmant plus nettement leur laïcité ; le CCCND (Comité de coordination pour le changement national et démocratique), mouvement toléré par le régime et ne plaidant pas ouvertement pour le renversement de Bachar el Assad, est dirigé par Hassan Abdel Azim et regroupe des petits partis nationalistes ou socialistes. A aussi été créée en septembre 2011 à Paris la Coalition des forces laïques et démocratiques (CFLD), constitué essentiellement de membres de la diaspora. Le CFLD regroupe une douzaine de partis kurdes, sunnites ou laïques, telles que l'organisation démocratique Assyrienne, le parti démocratique de Hadatha, le parti Alenfetah (basé à Washington), le mouvement syriaque, le parti démocrate kurde, le mouvement Wifaq, le mouvement kurde Yikiti, le parti de l'union populaire Kurde, la coalition des jeunes Sawa. Le CFLD affichait clairement sa crainte de voir la Syrie post Assad dominée par les islamistes.

Au-delà des tiraillements prévisibles sur leur vision de la Syrie après la chute du dictateur syrien, le problème de la plupart des formations politiques, dont les dirigeants vivent à l’étranger souvent depuis longtemps, est qu’elle dispose au demeurant d’assez peu de légitimité en Syrie même où aujourd’hui cette dernière s’acquiert les armes à la main et sans discours politique très structuré. 

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