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Suite à la canicule de 2003, il ne faut pas se reposer sur nos lauriers : la prochaine risque bien de nous surprendre et démontrer que nous ne sommes toujours pas préparés
©Reuters

Bonnes feuilles

Suite à la canicule de 2003, il ne faut pas se reposer sur nos lauriers : la prochaine risque bien de nous surprendre et démontrer que nous ne sommes toujours pas préparés

Ce livre revient sur les plus importants accidents climatiques survenus en France, et sur les conséquences de la chaleur et du froid en matière de morbidité et mortalité. Il offre des pistes de réflexion, passe en revue les modalités de défense dont nous disposons pour y faire face. Qu'il s'agisse de moyens artificiels ou naturels. Ce livre a une double ambition : ne plus tolérer un seul décès dû à une chaleur estivale inhabituelle, ne plus admettre notre passivité collective devant la paisible surmortalité hivernale. Extrait de "Canicule et froid hivernal - Comment se protéger ?", du Professeur Jean-Louis San Marco, aux éditions du Rocher 2/2

Jean-Louis San Marco

Jean-Louis San Marco

Jean-Louis San Marco est professeur de Médecine à l’université d’Aix-Marseille, ancien président de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé.

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Les prochains accidents caniculaires

La gestion des prochaines canicules ne peut pas être aussi catastrophique que celle de 2003. Nous avons tiré les conséquences de notre impréparation. Le danger est connu, les personnes exposées sont identifiées et la plupart des bons gestes sont maintenant acquis. Il reste quelques doutes, entre autres l’acceptation de précautions de bon sens par les sportifs amateurs. On voit encore des cadres supérieurs pratiquer leur jogging au mois d’août, à 14 heures, midi solaire! Mais il y a d’autres erreurs persistantes. Nombre de personnes interrogées disent encore aujourd’hui qu’il n’y a qu’un geste à faire pour protéger tout le monde: boire abondamment !

Il ne faut donc pas nous endormir sur nos lauriers : la prochaine canicule risque de prendre une dimension à laquelle nous ne sommes pas préparés. Quels nouveaux alliés pourraient-ils lui redonner sa puissance antérieure ?

Trois scénarios peuvent être envisagés, mais il pourrait y en avoir d’autres :

1) Le "Big one", en référence au tremblement de terre attendu à San Francisco après celui de 1906 : soit une canicule pendant plus de 30 jours, avec 45 °C le jour, et plus de 30 °C la nuit, cela sur la plus grande partie du pays et sans période de détente. Une telle agression ne se limitera pas à ses effets directs. Il faut essayer d’envisager les complications qu’elle pourrait déclencher et les précautions à prendre.

Les relations ferroviaires seront rapidement interrompues. La dilatation des rails sous l’effet de la chaleur interdisant tout trafic. D’ailleurs la distribution d’électricité sera régulièrement interrompue, plusieurs heures par jour, bloquant les trains en rase campagne, sans climatisation. Cette interruption pourra être totale dans certaines régions, pendant plus d’une semaine. Le débit des fleuves et la température de l’eau obligeant à l’arrêt de plusieurs centrales nucléaires, alors que la production hydraulique sera réduite au minimum, du fait du bas niveau des fleuves. Une énorme pollution atmosphérique frappera l’Europe en raison de l’anticyclone fixé sur la région et interdira l’usage des centrales électriques allemandes à charbon, qui ne pourront suppléer notre propre production. La production d’électricité d’origine éolienne sera totalement nulle en raison de l’absence de vent. La circulation fluviale sera ralentie par la baisse du niveau d’eau, voire interrompue sur plusieurs fleuves par le blocage des écluses, privées d’électricité. Un certain nombre de prisons seront le siège de révoltes des détenus. La production agricole sera fortement perturbée: des élevages de poulets décimés. Des carences importantes de fruits et légumes. La distribution d’eau dans tout le centre de la France, basée sur des châteaux d’eau alimentés électriquement, sera interrompue, pour une durée indéterminée. Chômage technique dans tous les centres de décision sur l’ensemble du territoire. Suppression de la circulation des métros, des tramways, du RER…

Dans la France entière, tous les systèmes de climatisation seront mis hors de service. Parmi les ventilateurs, ne subsisteront que les petits appareils à piles indépendants du circuit électrique.

Les volets roulants commandés électriquement seront bloqués: selon l’heure de survenue de cet incident une partie des gens vivront dans le noir, les autres seront exposés directement au soleil, à une chaleur intense et à un risque de cambriolage qui leur interdira de quitter un logement pourtant devenu insalubre.

Mais personne ne saura exactement ce qui se passe sur le reste du territoire. Car la circulation de l’information sera interrompue: les téléphones portables ne fonctionneront plus, pas plus que les téléviseurs. Ne seront utilisables que les postes de radio à piles, mais ils se révéleront un avantage illusoire car la plupart des émetteurs seront à l’arrêt. La France revivra la Débâcle.

Il faudra une gestion parfaite d’une situation aussi chaotique. Si une information sereine des risques encourus et des moyens d’y faire face n’est pas mise en place, et pour cela anticipée, on pourrait vivre une catastrophe rappelant les drames du XVIIe siècle.

2) L’interruption de la distribution d’électricité à la suite de la fermeture de plusieurs centrales nucléaires.

L’eau de rivière qui les refroidit en permanence devient trop rare et trop chaude. La fermeture est une mesure de sécurité impérative. Elle a déjà été envisagée en 2003. On ne peut rien espérer dans le même temps des centrales hydroé- lectriques qui fonctionnent déjà a minima. Les éoliennes sont au repos…

Ce risque impose des moyens de défense autonomes. Il est plus vraisemblable que le scénario catastrophe évoqué plus haut.

3) Un attentat ou un incendie détruit le câble fournissant l’électricité du grand Sud-Est.

Ou arrêt de plusieurs centrales nucléaires: eau trop rare, et/ou trop chaude pour les refroidir.

Plus de climatiseurs, plus de ventilateurs, ni réfrigérateurs ni congélateurs, volets roulants électriques bloqués.

La distribution d’eau peut être interrompue: plus de générateur pour pomper l’eau dans les châteaux d’eau.

Il faut savoir refroidir son logement de façon artisanale, disposer du « kit de survie canicule » : brumisateurs, ventilateurs à piles et éventails en nombre suffisant (un par personne).

Suppression de la distribution d’eau potable: une alimentation indisponible, des réserves à prévoir.

Dans les zones où l’alimentation en eau est faite par des châteaux d’eau, qu’ils soient aériens et gravitaires ou enterrés et nécessitant des compresseurs, une interruption du réseau électrique entraîne plus ou moins vite une disparition de la distribution d’eau.

C’est là que les plans nationaux donneront la preuve de leur efficacité. L’armée organisera à la fois la sécurité du territoire et assurera la distribution d’eau et d’aliments à la population. On sera au niveau de risque maximal.

Mais on voit bien comment une population clairement informée sera capable de traverser sans danger sanitaire réel une telle situation climatique. Ce scenario ne manquera pas de se réaliser, avec des nuances imprévisibles, et avec un calendrier inconnu. Mais les températures moyennes élevées de décembre 2015, un phénomène d’El Niño qui semble encore plus important qu’il ne l’était en 1982 et 2002 laissent augurer un été 2016 caniculaire. Il faut que notre population soit prête à se défendre et que chacun assure la protection de ses proches les plus fragiles.

Extrait de "Canicule et froid hivernal - Comment se protéger ?", du Professeur Jean-Louis San Marco, publié aux éditions du RocherPour acheter ce livre, cliquez ici

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