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e mouvement "Soulager mais pas tuer" lance une grande campagne pour mobiliser les opposants à l'euthanasie.
e mouvement "Soulager mais pas tuer" lance une grande campagne pour mobiliser les opposants à l'euthanasie.
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Une question d'éthique

Soulager mais pas tuer : l’opinion française s’est fait piéger par la crainte véhiculée de l’acharnement thérapeutique

Alors que Manuel Valls a récemment annoncé que l’exécutif se penchait sur une révision de la loi Leonetti, le mouvement "Soulager mais pas tuer" lance une grande campagne pour mobiliser les opposants à l'euthanasie.

Tugdual Derville

Tugdual Derville

Tugdual Derville est l’un des porte-parole nationaux de Soulager n’est pas tuer. Il est également l'auteur de La Bataille de l’euthanasie aux éditions Salvator, en 2012. 

 

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Atlantico : Vous êtes l’un des initiateurs du mouvement "Soulager mais pas tuer". Pour quelles raisons avez-vous choisi de le lancer actuellement ?

Tugdual Derville : Il y a urgence : le Premier ministre a annoncé une loi fin de vie "consensuelle". Réviser la loi Leonetti, c’est pourtant risquer, par amendements, l’euthanasie et le suicide assisté. Le président de l’Assemblée nationale y est favorable. Le député PS Alain Claeys, qui rendra son rapport – négocié avec l’UMP Jean Leonetti – le 10 décembre prochain, vient de se dévoiler : il veut légaliser ce qu’il nomme l’"aide à mourir" par la "sédation profonde et terminale jusqu’au décès dans un délai non déraisonnable", c'est-à-dire rapidement. Il s’agirait ni plus ni moins de légaliser l’euthanasie, une euthanasie masquée derrière l’expression "aide à mourir".

Nous lançons donc aujourd’hui un grand mouvement unitaire d’information et de mobilisation contre l’euthanasie, sous toutes ses formes, et contre le suicide médicalement assisté.

L’exécutif veut absolument éviter un mouvement social contre l’euthanasie. Alors, on contourne ce mot. Alain Claeys l’a avoué en affirmant ne pas s’intéresser au critère d’intentionnalité du geste provoquant la mort. C’est pourtant celui qui permet de distinguer une juste sédation en phase terminale, pratique exceptionnelle qui a pour but de soulager un patient, quitte à assumer un risque que la mort en soit accélérée, d’une sédation euthanasique qui a pour objectif assumé de faire mourir…

L’interdit de tuer demeure au cœur de notre contrat social et de la confiance entre soignants et soignés. Soulager mais pas tuer rassemble des usagers de la santé, des soignants et des personnes concernées par le handicap ou la maladie. Nous sommes unis pour récuser à la fois acharnement thérapeutique et euthanasie, et pour demander la généralisation de la culture palliative. Car le président de la République n’a pas tenu cette promesse.

Quel diagnostic faîtes-vous du débat autour de la fin de vie actuellement en France comme en Europe ?

La question de l’euthanasie n’en finit pas de biaiser ce débat essentiel. La priorité, pour les Français, c’est d’être pris en charge de façon compétente et humaine. Les soins palliatifs doivent être accessibles partout, à l’hôpital, en maison de retraite et à domicile. Grâce au magnifique mouvement des soins palliatifs, de grands progrès sont faits dans la lutte contre la douleur et l’accompagnement des personnes malades et de leurs proches. Mais comment faire le poids face au lobby de l’euthanasie ? Pendant que les uns écoutent et prennent soin en toute discrétion, les autres jettent de l’huile sur le feu.

Les Français finiraient par croire que mourir sans être tué est ingérable ! Bien sûr, il reste de l’acharnement thérapeutique, et des scandales. Mais l’euthanasie ou le suicide assisté – on le voit en Belgique, en Hollande et en Suisse – sont causes de scandales multiples, selon le principe de la pente glissante. Leur légalisation s’est accompagnée d’une explosion d’euthanasies clandestines et de la dénaturation des soins palliatifs…

Le "modèle belge" fait désormais figure de repoussoir, avec l’euthanasie d’enfants, de personnes démentes, et récemment d’un détenu souffrant… de son incarcération ! N’oublions pas que tout a commencé par une porte entrouverte : quand il s’agit de l’interdit du meurtre, l’exception ruine la règle. Comme Damien Le Gay dans son récent livre Le Fin mot de la vie, je pense que c’est l’externalisation de la mort à l’hôpital, loin des lieux de vie, qui explique l’angoisse des Français. Il faut oser "parler la mort", la rendre familière, et ne plus compter sur les seuls experts pour recueillir les dernières paroles de ceux qui nous quittent. La mort, notre point commun à tous, fait partie de la vie. Elle nous fait ressentir la fraternité universelle. C’est un appel à la solidarité. Voilà le vrai sujet occulté par le fantasme de l’euthanasie et du suicide, morts violentes s’il en est.

Quel est votre objectif, et comment comptez-vous rassembler suffisamment de voix ?

En même temps que 60 conférences de presse simultanées, nous lançons une pétition sur Internet qui comptera nos soutiens. C’est dans la rue que Soulager mais pas tuer va poursuivre son élan, derrière Philippe Pozzo di Borgo dont l’histoire a inspiré le film Intouchables et qui parraine notre mouvement. Nous allons informer les Français sur le choix truqué qu’on leur impose en leur faisant croire qu’il faudrait choisir entre "mourir sans souffrir" et des "souffrances insupportables". Nos porte-parole concernés par le handicap, soignants en soins palliatifs, personnes gravement accidentées s’adressent à la fois au cœur et à l’intelligence. Nous mobilisons contre une culture de l’euthanasie poussant les fragiles à l’auto-exclusion. Pour ne pas laisser penser qu’il y a des vies indignes, des suicides à ne plus prévenir…

Quant au gouvernement, à lui de voir s’il veut faire descendre dans la rue, demain, d’immenses foules.

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