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Soudan : sanglante et peu efficace, cette ruée vers l'or censée pallier la perte des revenus de l’or noir
©REUTERS/Mohamed Nureldin Abdallah

La richesse, mais à quel prix?

Soudan : sanglante et peu efficace, cette ruée vers l'or censée pallier la perte des revenus de l’or noir

L’or, ce nouveau pétrole ? C’est en tous ce qu’espèrent les autorités soudanaises. Mal en point, avec une économie exsangue, le pays veut passer de l’or noir à l’or tout court.

Il y a peu, le Soudan, pays d’Afrique du Nord d’environ 40 millions d’habitants, indépendant depuis 1956, était porté par une croissance à faire pâlir d’envie n’importe quel pays industrialisé. Environ 8% de hausse chaque année durant les années 2000 et des millions de pétrodollars en forme de cache-misère.

Mais en 2011, le Soudan du Sud fait sécession. Conséquence immédiate : 75% des réserves nationales de pétrole disparaissaient du jour au lendemain. Une catastrophe économique (et politique) dont le pays peine à se relever. L’or noir a en effet représenté 92 % des recettes d’exportation et le tiers des revenus cet Etat africain, qui souffre encore des sanctions économiques décrétées par les Etats-Unis en 1977. En 2014, l’inflation atteint 29 %.

Pour tenter de redonner un coup de fouet à son économie locale, les dirigeants soudanais veulent désormais diversifier la production du pays. Mais surtout miser sur un bien précieux : l’industrie aurifère.  En quelques mois, des pans entiers du pays ont été ouverts à des centaines d’entreprises (essentiellement locales) de prospection minière. Selon le gouvernement de Khartoum, près d’un million de personnes travaillent dans ce secteur encore en construction. L’or représente désormais plus de 70 % des exportations, contre 10 % avant 2011.

(Reuters)

Les autorités du pays ont abondamment communiqué sur ce virage, cherchant à attirer les entrepreneurs internationaux et les grosses entreprises minières, clamant haut et fort leur volonté de devenir le troisième exportateur aurifère du continent (derrière les intouchables Sud-Africains et Ghanéens).

Mais plusieurs points posent problème. D'abord, l'aura sulfureuse d’Omar al-Bashir, le président soudanais recherché pour crimes de guerre par la CPI et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, rend méfiant les investisseurs étrangers.

Par ailleurs, mettre au point un complexe minier à grande échelle coûte beaucoup d’argent, et les banques occidentales seraient relativement frileuses sur le sujet. "Beaucoup de banques européennes sont sous pression pour rester en dehors de tout contact avec le Soudan", explique Hugh Stuart, PDG de Orca Gold. Cette entreprise canadienne est une des rares à avoir sauté le pas au Soudan. Délaissé par les occidentaux, elle compte sur les banques du Golfe pour mener à bien son projet.

Par ailleurs, un autre problème peut inciter les investisseurs à la réserve. Le gouvernement soudanais insiste sur le fait que tout l'or vendu par sa banque centrale. "Pour les sociétés étrangères, le problème n’est pas de faire du profit au Soudan, mais de sortir ces profits du pays, et cela peut être un casse-tête décourageant", note un homme d’affaires.

(Capture d'écran du site Quartz)

Le pays peine à donc récolter les fruits de cette communication. "Nous percevons l’environnement comme étant à haut risque", confirme un expert aurifère. Alors pour le moment, c'est essentiellement des acteurs locaux qui participent à cette ruée vers l'or.

Et la face cachée de cette industrie est moins dorée que le métal précieux qu’elle tente d’extraire. Appâtés par la promesse d’un gain rapide, les jeunes des villages délaissent l’agriculture pour tenter leur chance en tant que prospecteurs. Mais le retard dans les soins médicaux qui frappe le pays laissent ces personnes en première ligne face aux maladies. Selon plusieurs activistes, les taux de cancer se sont envolés, notamment du fait de l’ingestion de cyanure et de la fumée de mercure.

Les connaissances géologiques des entreprises locales sont encore trop faibles, tout comme les infrastructures. Les ouvriers sont peu qualifiés : formés aux techniques traditionnelles, ils ont du mal à intégrer les méthodes modernes qui permettraient de mécaniser la production. Des lacunes multiples, sans parler de la sécurité toujours instable dans la région....

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