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EDITORIAL

Parce qu’on aime bien les emmerdeurs...

Les sondages ont finalement été plutôt justes dans leurs mesures sur la primaire, mais au delà des scores, il faut surtout voir la confirmation de la radicalisation de l'envie de changement.

Alain Renaudin

Alain Renaudin

Alain Renaudin dirige le cabinet "NewCorp Conseil" qu'il a créé, sur la base d'une double expérience en tant que dirigeant d’institut de sondage, l’Ifop, et d’agence de communication au sein de DDB Groupe.

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Le paradoxe démocratique, c’est se féliciter de la mobilisation électorale quand ce sont les positions extrémistes qui la créent. Tout comme il avait été difficile en 2002 de pronostiquer la présence de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour (même si tout le monde a posteriori explique que les courbes l’annonçaient), Arnaud Montebourg a lui aussi été sous-estimé par les sondages sur la primaire socialiste. Pour le reste, les Instituts sortent plutôt vainqueurs de leur difficile exercice, modestement mais vainqueurs quand même. Le deuxième tour aura bien lieu entre François Hollande et Martine Aubry, même si l’avance du premier est importante mais moins flagrante que « prévu ».

Même si on regarde davantage le dernier chiffre que la forme de la courbe, les enquêtes ont également bien révélé la dynamique positive concernant Arnaud Montebourg et négative pour Ségolène Royal, au point de mesurer effectivement un rang de troisième pour le député de Saône-et-Loire. L’intérêt pour cette primaire et ses « débats » a aussi été plutôt bien mesuré dans les sondages, comme les audiences le montraient également bien sûr.

Finalement, même la nouveauté peut être mesurée et appréhendée, au moins approchée, car c’était bien là l’argument le plus extravagant : « c’est nouveau donc on ne peut pas savoir ». Tout ne serait qu’affaire de mesures empiriques, on ne pourrait prévoir que sur la base de la reconduction des modèles existants. C’est d’ailleurs sans doute là notre drame, cette difficulté à appréhender le nouveau, à être rassurés par de vieilles recettes pourtant déjà expérimentées et peu concluantes. Certes, ce qui est nouveau est plus difficile à mesurer, mais à ce compte là l’homme n’aurait jamais marché sur la Lune ! Il ne faut pas non plus oublier qu’une partie importante du métier des Instituts de sondage consiste à essayer d’anticiper, de prévoir même, des volumes de vente, des « intentions d’achat », pour de nouvelles offres. Là est vraiment la difficulté, que l’on soit dans le cadre d’une primaire, d’une présidentielle, ou d’un lancement de produit, c’est l’offre qui fait la différence. La difficulté ne venait pas tant du fait que la primaire était ouverte à tous, mais de la capacité à mesurer l’attractivité et la crédibilité électorale d’un concept comme la démondialisation et du changement de modèle qu’elle prône.

Montebourg, l’empêcheur de tourner en rond

Là est le véritable enseignement, non pas révélé, mais confirmé par cette dernière séquence politique. Cette aspiration au protectionnisme, au repli sur soi diront certains, au changement de modèle, est très forte. Forte ici, dans les pays dits développés, car les pays en développement sont eux favorables à une mondialisation dont ils tirent parti, tout comme nous trouvions peu à redire lorsque la mondialisation s'appelait colonialisme. Comme en matière de sondage, nous devenons contre le modèle lorsqu’il devient défavorable.

Si les extrêmes sont difficiles à mesurer, ils sont surtout difficiles à entendre. Difficilement audibles car nous avons tout simplement beaucoup de mal à imaginer les alternatives. Et lorsque le phénomène se révèle il est souvent sur-pondéré, à l’instar des médias qui aujourd’hui parlent davantage du troisième à 17% que des deux premiers au double de score et donc, a priori, de soutien démocratique. C’est finalement le perdant en demi-finale qui devrait être le sélectionneur des deux équipes finalistes ? La politique est une affaire de conviction, de choix stratégiques assumés, affirmés, démontrés, pas d’eau tiède et d’aménagements circonstanciels.

Mais on aime cette idée du trouble-fête, on préfère les challengers aux leaders, les arbitres, les troisièmes hommes. On aime cette idée du contre-pouvoir, de l’empêcheur de tourner en rond, du poil à gratter. Depuis Jacques Brel, on aime les emmerdeurs.

En 2007, c’était François Bayrou qui incarnait cette envie de changement de modèle, une alternative « raisonnable » de compromis entre formations politiques historiques. Ce qu’il faut retenir de ce début de campagne présidentielle, et la primaire socialiste l’a encore démontré, c’est que cette envie d’alternative se radicalise, à gauche comme à droite.

La primaire socialiste n’a pas révélé Arnaud Montebourg, elle a confirmé la radicalisation de cette aspiration au changement. Une aspiration peut-être dogmatique ou utopique si vous voulez, mais une aspiration forte, qu’il faut entendre, qui ne pourra peut-être pas s’exprimer majoritairement dans les urnes, mais qui demeurera et ne trouvera pas ses réponses dans les ajustements marginaux.

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