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Somalie : quand un pays meurt
dans l'indifférence...
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Sécheresse, famine et crise politique

Somalie : quand un pays meurt dans l'indifférence...

Après avoir décrété l'état de famine dans deux régions du Sud de la Somalie, l'ONU a été forcée de retirer le personnel de ses agences, en dépit de la crise humanitaire terrible. La faute à l'instabilité politique liée à la guerre civile qui dure depuis maintenant vingt ans entre un État impuissant et les milices islamistes.

Patrick Ferras

Patrick Ferras

Patrick Ferras est directeur de l’Observatoire de la Corne de l’Afrique.

 

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Atlantico : Le coup de projecteur brutal de l'ONU ne masque-t-il pas en fait une situation catastrophique qui dure depuis déjà bien longtemps?

Patrick Ferras : Depuis bientôt vingt ans, la population somalienne est régulièrement touchée par des catastrophes naturelles ou des conflits. En ce qui concerne la sécheresse et ses conséquences en termes de famine, cela faisait déjà plusieurs mois que les Nations Unies tiraient la sonnette d’alarme, à cause du manque de fonds nécessaires pour lutter contre cette catastrophe humanitaire. Les données de l’ONU parlent d’environ 12 millions de personnes touchées en Somalie, en Ethiopie, à Djibouti et au Kenya. La sécheresse provoque de nombreux déplacements de population.

Une réunion d'urgence internationale se tiendra lundi 25 juillet à Rome pour faire un point sur la crise qui s'aggrave dans la Corne de l'Afrique et tenter de mobiliser l'aide à l'échelle mondiale.

L'instabilité politique somalienne est-elle responsable de cette situation ?

Oui, la sécheresse est aggravée par les difficultés liées à l’instabilité politique, voire l'inexistence de cet État. Sans stabilité politique, sans paix à l’intérieur de ses frontières, la Somalie ne peut faire face à ce type d’événements, ni tenter de l’anticiper.

On estime aujourd'hui que 25 % des Somaliens [sur une population de 7 à 8 millions de personnes, ndlr] sont aujourd’hui déplacés (à l’intérieur du territoire national) ou réfugiés (hors du territoire national). Le plus grand camp de réfugiés au Kenya (Dadaab), créé en 1991 pour moins de 100 000 personnes, en compte à ce jour 405 000. Ces mouvements sont bien sûr lourds de conséquences pour la population, mais aussi pour les États voisins de la Somalie.

Depuis la chute du président Syad Barré en 1991, la Somalie est devenue un État dit « failli ». La guerre civile perdure et de nombreuses tentatives d’accords de paix ont échoué.

L’accord de 2004 prévoyait des institutions fédérales de transition pour cinq ans. Elles n’ont jamais pu véritablement diriger le pays et, depuis 2006, elles ont dû faire face à une opposition armée et violente qui est représentée aujourd’hui principalement par les milices Al Shabaab. A la demande du gouvernement fédéral de transition, l’armée éthiopienne était intervenue entre décembre 2006 et janvier 2009. Parallèlement, l’Union africaine a mis en place une opération de paix (AMISOM) depuis 2007.

Faute de résultats, les institutions de transition ont été prolongées pour deux ans. L’accord de Kampala (Ouganda), conclu en juin 2011, vient de mettre fin à plusieurs mois d’instabilité politique et surtout de rivalités entre le président de la République Sharif Sheikh Ahmed et le président du Parlement Sharif Hassan Sheikh Aden. Un nouveau Premier ministre, Abdiweli Mohamed Ali, a été désigné le 19 juin dernier. Sa tâche s’annonce très difficile tant la situation est fragile. Les institutions de transition ont été une nouvelle fois prolongées d'un an. Il faudra donc attendre 2012 pour voir la Somalie quitter cet « état de transition ».

Les milices [islamistes, ndlr] Al Shabaad luttent toujours contre les institutions fédérales et tentent de prendre le pouvoir, même si ces derniers mois, les forces de l’AMISOM (8 400 hommes) ont remporté quelques succès et regagnent du terrain.

Nous avons donc d'un côté des institutions fédérales qui gouvernent sur une petite partie du territoire somalien et tentent d’étendre leur autorité ; de l’autre, des milices à la recherche du pouvoir et qui ajoutent à l’instabilité du pays.

Le travail des agences humanitaires est particulièrement difficile en Somalie, où les déplacements sont limités à cause de la situation. L’annonce par les milices Al Shabaad de la réouverture aux opérations humanitaires des zones sous leur contrôle pourrait permettre une lutte plus efficace contre les conséquences de la sécheresse. Il faudra en effet convoyer toute l’aide dans des régions parfois éloignées.

La communauté internationale intervient-elle dans le pays ?

Lutter contre une sécheresse importante nécessite en effet des moyens de la Communauté internationale, mais les interventions sont compliquées quand l’État ne contrôle pas son territoire. C'est en ça que la situation en Somalie est particulièrement catastrophique.

Toutefois, la Communauté internationale a quand même quelques succès à son crédit :

  • L’ONU a permis la signature de l’accord de Kampala en juin de cette année.
  • L’Union africaine a mis en place une opération de paix en 2007 pour aider les institutions fédérales à assurer leurs fonctions.
  • L’Union européenne participe à la lutte contre la piraterie maritime avec l’opération Atalante et à la formation de la future armée somalienne en Ouganda.
  • L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), les agences humanitaires et les ONG travaillent dans des conditions particulièrement difficiles. N’oublions pas qu’un otage français est toujours détenu en Somalie et que le ministre de l’intérieur somalien a été assassiné en juin 2011.

Mais une fois la sécheresse passée, l’aide internationale organisée, livrée, que restera-t-il ? Les Somaliens sont encore bien loin d’une solution pour la Somalie.

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