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Singapour, seul pays à trouver le bon équilibre face au variant Delta ?
©Roslan RAHMAN / AFP

Les solutions existent

Singapour, seul pays à trouver le bon équilibre face au variant Delta ?

En continuant à tester sa population et à isoler les personnes atteintes du Covid, la cité-État est l'un des seul pays au monde à avoir su contrôler le variant Delta. Analyse d'un succès.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Malgré une légère hausse des contaminations en juillet et août, Singapour semble juguler la vague causée par le variant delta. Comment réussit-il à maintenir sous contrôle le variant delta ? 

Professeur Antoine Flahaut : Singapore, ville-État de 5 millions d’habitants, dotée d’un très haut niveau de vie et d’un système d’assurance sociale très développé, a cependant un régime politique très autoritaire (le parti au pouvoir l’a gardé depuis l’indépendance). Contrevenir aux mesures sanitaires y est très sévèrement puni. Ils ont vacciné entièrement (2 doses) 73% de la population et 81% a reçu au moins une dose. Grâce à sa couverture vaccinale, l’une des plus élevée au monde, Singapour a traversé la vague due au variant Delta sans trop de difficultés, confirmant la très grande efficacité des vaccins sur le variant, vis-à-vis du risque de complications restées très rares chez les vaccinés. Des études conduites à Singapour ont récemment montré que le portage du variant Delta chez les patients entièrement vaccinés était de durée plus courte que chez les non vaccinés, ouvrant la voie à des périodes d’isolement plus courte chez les vaccinés positifs au virus. Singapour a instauré un passe sanitaire proche de celui des Français, pour entrer dans les restaurants ou participer à tout événement culturel ou festif.

Est-il le seul pays qui réalise cet exploit actuellement ?  

Les pays où la couverture vaccinale est très élevée semblent pour le moment contrôler la vague pandémique au variant Delta, au moins en évitant une trop grande saturation de leurs hôpitaux, notamment les services de soins intensifs. Aux USA, il se fait une distinction entre les États à forte couverture vaccinale et ceux à plus faible taux de vaccination, qui sépare ceux qui réussissent à juguler la vague et ceux qui sont dépassés par elle. Les départements d’outre-mer en France, très peu vaccinés, vivent la même expérience en ce moment même. Mais la seule couverture vaccinale élevée semble ne pas suffire et demande l’addition des mesures, comme le font la plupart des pays désormais, à part peut-être le Royaume-Uni dont on craint qu’il ne s’enfonce à nouveau dans un rebond épidémique. Les autres pays combinent à la recherche d’un niveau élevé de couverture vaccinale, le maintien du port du masque en milieu intérieur, l’usage étendu du passe sanitaire, l’isolement strict des malades contagieux, le contrôle sanitaire aux frontières, la multiplication des tests, la ventilation des lieux clos, la promotion des activités de plein air et le télétravail à chaque fois que c’est possible.

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Les stratégies d’élimination complète de la circulation du virus s’avèrent beaucoup plus difficiles à maintenir avec le variant Delta. Les Vietnamiens, les Australiens, les Chinois en font aujourd’hui l’expérience. Cela-dit, les stratégies de « suppression », c’est à dire de très faible circulation du virus, sont celles qui dans le monde semblent les plus payantes. On peut dire que petit à petit, la plupart des pays s’orientent vers des stratégies visant la plus faible circulation possible du virus. L’usage étendu du passe sanitaire est une politique, en France comme à Singapour, visant à maintenir suffisamment bas la circulation du virus sans refermer tout le pays. Espérons que cette stratégie sera suffisamment efficace pour contrer cette vague liée au variant Delta. 

La France vient de dépasser les 30.000 cas par jour. Y-a-t-il dans l’arsenal de mesures de Singapour, y compris les plus basiques, des outils que l’on pourrait réutiliser actuellement face au variant delta ?

Les autorités de Singapour séquencent et tracent beaucoup mieux les chaînes de contaminations que ne le font les Français. Grâce à cela, ils ont une meilleure maîtrise des foyers épidémiques qu’ils ne laissent pas se déployer sur leur territoire.

Les méthodes d’isolement des malades contagieux semblent plus performantes en Asie et notamment à Singapour qu’en Europe et notamment en France. Si la France réussit son pari d’éviter un engorgement de ses hôpitaux par l’usage étendu du passe sanitaire, alors peut-être n’aura-t-elle pas besoin de ces mesures complémentaires. Sinon elle devra réfléchir à mettre en place de nouvelles mesures qui permettraient d’éviter de nouveaux confinements. 

Enfin, les écoles ne sont pas assez sécurisées dans presque toute l’Europe. Ce n’est pas un problème en pleine vacances d’été, mais cela risque de devenir le problème numéro un dès la rentrée, perturbant de façon majeure la continuité de la scolarité, alimentant tout l’automne et l’hiver les chaînes de contaminations, et causant des conséquences sanitaires encore méconnues chez l’enfant et leurs proches avec le variant Delta. Sécuriser les écoles c’est mieux les ventiler et vérifier la ventilation par des capteurs de CO2. C’est instaurer une norme de concentration de CO2 au-delà de laquelle les regroupements d’enfants seraient interdits. C’est vacciner tous les adultes au contact des enfants. Tout cela manque encore au dispositif français actuellement prévu.

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