Si vous vous demandiez combien de temps le café peut vous permettre de combattre les effets du manque de sommeil, les scientifiques ont maintenant une réponse précise | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Santé
Si vous vous demandiez combien de temps le café peut vous permettre de combattre les effets du manque de sommeil, les scientifiques ont maintenant une réponse précise
©Reuters

Tasse après tasse

Si vous vous demandiez combien de temps le café peut vous permettre de combattre les effets du manque de sommeil, les scientifiques ont maintenant une réponse précise

Selon une étude réalisée par l'Institut de recherche Walter Reed Army en 2016, la caféine ne serait efficace contre le manque de sommeil qu'à très court terme (3 jours maximum), sans pouvoir apporter d'effets durables sur la performance, le niveau d'alerte, et l'humeur.

Astrid Nehlig

Astrid Nehlig

Astrid Nehlig est directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à Strasbourg.

Voir la bio »

Selon une étude réalisée par l'Institut de recherche Walter Reed Army en 2016, la caféine ne serait efficace contre le manque de sommeil qu'à très court terme (3 jours maximum), sans pouvoir apporter d'effets durables sur la performance, le niveau d'alerte, et l'humeur. Comment expliquer ce phénomène ?

Astrid NehligCe travail est la première observation réalisée sur une durée assez longue dans des conditions de dette de sommeil. C'est aussi, à ma connaissance la première fois qu'on montre que dans des conditions où la vigilance est amoindrie parce que l'organisme n'a pas eu un repos suffisant, la caféine n'est efficace que sur une durée réduite, 3 jours et qu'au delà elle n'exerce plus ses fonctions habituelles sur l'amélioration de la vigilance et des performances. Le problème posé par ces découvertes est complexe car il combine à la fois les effets de la dette de sommeil et ceux de la consommation chronique de caféine. 
On ne sait pas beaucoup de choses sur ces deux phénomènes. Ce qu'on a pu montrer c'est que la consommation régulière de caféine agissait sur une cascade moléculaire (au niveau d'un facteur appelé DARPP32) activée par la liaison de la caféine à sa cible, les récepteurs A2A de l'adénosine mais sans modifier ni le nombre ni les propriétés de ces récepteurs. Je ne connais pas les effets moléculaires de la dette de sommeil et je ne sais pas du tout s'ils ont été étudiés. Il n'est pas exclu que les conséquences de la dette de sommeil puissent influer sur la liaison de la caféine aux récepteurs A2A ou sur la cascade moléculaire qui s'en suit mais avant de pouvoir affirmer la nature des effets obtenus dans cette étude strictement observationnelle, il faudra beaucoup d'expérimentation complémentaire.

Cette étude mentionne l'idée d'une "dette de sommeil", en évoquant les limites du café à "bloquer " l'adénosine. Comment fonctionne ce processus ? Dormir est-il le seul moyen de lutter contre notre dette de sommeil ?

Je ne suis pas capable de répondre à cette question. Les auteurs observent des effets limités dans le temps mais n'ont étudié aucun mécanisme donc à ce stade il est impossible de donner plus d'informations qui ne soient pas purement spéculatives.

Quels sont les risques pris par les personnes qui cherchent, sur le long terme, à contrecarrer leur manque de sommeil par des prises importantes de café ?
Le métabolisme de la caféine varie énormément en fonction des individus et tout un tas de facteurs y compris génétiques contribuent à cette variabilité. Il est donc difficile de répondre à cette question car la prise individuelle de caféine varie beaucoup en fonction de la vitesse à laquelle chaque individu élimine la caféine.
La plupart des individus sont tout à fait capables d'ajuster leur consommation de caféine à leurs besoins quotidiens sans dépasser un certain dosage. En effet, la caféine a cet avantage par rapport aux autres psychostimulants de permettre aux individus de réguler leur consommation. Si un jour donné le besoin se fait sentir, ils consommeront plus de caféine car ils ont besoin d'être plus concentrés et plus productifs. En général le week end la consommation baisse.
Il n'y a pas vraiment d'effets à long terme de trop grosses doses de caféine car, à l'exception de quelques individus, les effets négatifs de toute surdose sont ressentis quasi immédiatement et provoquent des tachycardies, des tremblements, du stress, de l'anxiété et sauf dans des situations extrêmes, les individus réduisent rapidement leur consommation pour revenir à un juste équilibre entre les effets positifs et les effets potentiellement négatifs ressentis. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !