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La crise économique qui secoue l'Europe a relégué les préoccupations environnementales au second plan
La crise économique qui secoue l'Europe a relégué les préoccupations environnementales au second plan
©Flickr / Cacahouette

Ca chauffe !

Secteur des énergies renouvelables : l'Europe à la traîne de l'Asie-Pacifique ?

Alors que la Corée du Sud a annoncé l'instauration d'un marché pour les émissions de C02, la Chine devrait elle aussi suivre et rejoindre ainsi la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Avec la crise qui secoue le continent européen, la lutte contre le changement climatique a été reléguée au second rang. Mais le vieux continent ne rate-t-il pas le train de ce secteur porteur ?

Maïté Jaureguy-Naudin

Maïté Jaureguy-Naudin

Maïté Jaureguy-Naudin Directrice du Centre Energie de l'Ifri

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Atlantico : La Corée du Sud a annoncé l'instauration d'un marché pour les émissions de C02. La Chine devrait elle aussi suivre et rejoindre ainsi la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Avec la crise qui secoue le continent européen, la lutte contre le changement climatique a été reléguée au second rang. Outre l'aspect purement environnemental, quels sont les risques à ce que l'Europe prennedu retard en matière environnementale sur le plan industriel et économique ?

Maïté Jaureguy-Naudin : L’Union européenne a été la première à mettre en place un marché des droits d’émission dès 2005, l’EU ETS. On constate aujourd’hui l’émergence d’un marché du carbone fragmenté au travers d’initiatives en Amérique du nord, en Nouvelle-Zélande, en Australie, au Japon, en Chine et en Corée du Sud. L’objectif de ces outils de marché est, en conférant une valeur aux émissions de gaz à effet de serre (GES), de stimuler les investissements vers des technologies dites « bas-carbone » et donc de réduire les émissions de GES. C’est donc plutôt une bonne chose de voir de nombreux pays adopter cet outil qui s’inscrit dans la lutte contre le changement climatique. L’EU ETS constitue à ce jour, et de loin, la première plateforme d’échanges de droits d’émission. Néanmoins, l’expérience montre que l’outil est perfectible et que donner un signal prix de long terme (la valeur du crédit de CO2), indispensable aux investisseurs pour orienter leurs choix, se révèle plus difficile que prévu.

Par ailleurs, certaines industries européennes très consommatrices d’énergie (chimie, aluminium, acier, ciment) n’ont pas forcément la possibilité de réduire leurs émissions. Dans ce cas, elles doivent acheter des quotas sur le marché européen du carbone pour respecter leurs engagements. Cela peut se traduire par une perte de compétitivité, d’autant plus dommageable que ces industries sont souvent exposées à la concurrence internationale. Le risque est alors de voir ces compagnies délocaliser leurs activités dans des pays où la contrainte environnementale est moins forte. Il est donc particulièrement bienvenu de voir s’élever le niveau des contraintes sur les émissions, en particulier dans les pays émergents. Reste à connaître le périmètre des marchés du carbone à venir dans ces pays pour voir si réellement l’instauration de ces nouveaux marchés amènera à plus d’équité. L’idéal serait bien sûr l’émergence d’une contrainte carbone globale, mais on est encore loin du compte. Au mieux, nous pouvons imaginer des passerelles entre ces différents marchés.

La crise qui secoue l’Europe a évidemment modifié les priorités des preneurs de décisions. L’emploi et l’économie sont devenus bien plus importants dans les agendas politiques et pour les citoyens européens. D’un autre côté, la lutte contre le changement climatique est un chantier qui doit être entrepris dès aujourd’hui si l’on veut limiter les effets du réchauffement qui ne seront vraiment visibles que dans deux générations. Il faut donc définir une stratégie au niveau européen qui permette de déclencher les investissements nécessaires tout en maîtrisant les coûts. Cela passe par beaucoup plus de coordination des politiques énergétique et climatique des États membres.

La réglementation environnementale est souvent perçue comme un coût supplémentaire à la charge des entreprises. Quels peuvent en être les bénéfices pour celles-ci ? Le secteur écologique ne représente t-il qu'une "niche" ?

La protection de l’environnement dépend d’un grand nombre de facteurs complexes et l’addition de toute contrainte, dont on attend des bénéfices pour la collectivité, se traduit inévitablement par un coût supplémentaire pour certains secteurs. Il s’agit donc de positionner le curseur de manière à établir les politiques les plus efficaces et équitables possibles.

Il est beaucoup question aujourd’hui des « emplois verts », ces métiers qui viseraient à transformer les modes de production en les rendant moins énergivores ou moins polluants. Le danger d’aborder la question du développement durable ou de la lutte contre le changement climatique par ce seul biais est d’oublier la complexité du système énergétique et de mettre en avant des filières qui répondent davantage à des objectifs de politique publique sans pour autant qu’elles soient porteuses d’emplois ou bénéfiques à l’environnement. Il est par exemple utile de rechercher des solutions alternatives au pétrole dans le secteur des transports et à ce titre, beaucoup d’efforts sont placés dans le développement des agro-carburants. Il faut toutefois s’assurer que les fertilisants et pesticides utilisés pour leur croissance et que le changement d’affectation des sols qui pourrait y être associé, n’ont pas au final un impact négatif sur l’environnement.

Autre exemple : les subventions publiques ont encouragé le large déploiement des panneaux photovoltaïques tablant sur des économies d’échelle, alors que la baisse du coût des panneaux photovoltaïques a essentiellement résulté des ruptures technologiques. Il est certes facile d’analyser les échecs a posteriori mais on peut s’interroger sur le montant des subventions allouées jusqu’ici et qui ont bénéficié en grande partie à l’industrie chinoise, aujourd’hui leader dans ce secteur

Comment expliquer que la région Asie-Pacifique soit en tête en matière de régulation environnementale ? Cela a t-il permis de créer des emplois ? L'Europe a-t-elle les moyens de combler son retard ?

 Je ne crois absolument pas que la région Asie-Pacifique soit en tête en matière de régulation environnementale. Ce sont bien des contraintes environnementales plus fortes dans les pays de l’OCDE qui les ont poussés par exemple à fermer l’extraction des terres rares et permis à la Chine de détenir aujourd’hui 97% du marché, alors que les ressources sont relativement bien distribuées.

Par ailleurs, les engagements climatiques pris par les pays européens ont permis à la Chine de développer une expertise dans le secteur des énergies vertes, en particulier l’éolien et le photovoltaïque, pour une production en grande partie destinée au marché européen. Les entreprises européennes perdent du terrain année après année. Vestas, entreprise danoise longtemps leader de la fabrication de turbines éoliennes, a licencié 2000 personnes en 2012 et délocalise certains bureaux en Chine. Cela ne veut pas dire pour autant que certaines niches ne sont pas à développer le long de la chaîne de valeur de ces filières. Il faut noter aussi qu’éoliennes et panneaux photovoltaïques nécessitent peu de maintenance.

Par ailleurs, certains emplois dits verts sont plus solides que d’autres. Je pense par exemple aux emplois qui pourraient résulter du développement de l’amélioration de l’efficacité énergétique. Il s’agit là d’emplois non délocalisables et de long terme. Encore faut-il que le coût des mesures d’efficacité énergétique soit inférieur au coût de la consommation d’énergie évitée. On voit bien que les horizons de temps sont importants et que la cohérence de l’approche du problème dans son ensemble est primordiale.

Alors que l’Europe fait face à une crise économique sans précédent, il faut que le chemin qui l’amènera vers une économie sobre en carbone soit lui-même « soutenable ». Deux objectifs doivent demeurer prioritaires : la lutte contre le changement climatique et la maîtrise des coûts. La définition d’une stratégie énergétique au niveau communautaire est plus que jamais nécessaire mais ne pourra s’affranchir d’une discussion sur la place du nucléaire dans le mix énergétique européen.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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