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Scores "fleuve", vainqueurs improbables et décisions politiques litigieuses : la drôle d'histoire de la coupe de France sous la collaboration
©AFP

Bonnes feuilles

Scores "fleuve", vainqueurs improbables et décisions politiques litigieuses : la drôle d'histoire de la coupe de France sous la collaboration

La Coupe de France est une compétition qui met en lice chaque année l’ensemble des clubs français, pros et amateurs, et fait vibrer leurs supporters qui défendent corps et âmes leurs équipes de cœur. L’histoire de la Coupe est truffée d’anecdotes, d'exploits inattendus, de héros grandioses ou malheureux. Extrait de "Coupe de France 1917 - 2017, le roman du centenaire" de Chérif Ghemmour, aux Editions Solar (2/2)

Chérif  Ghemmour

Chérif Ghemmour

Chérif Ghemmour est journaliste au magazine So Foot depuis sa création en 2003. Il a par ailleurs collaboré avec RMC (L’After Foot), Europe 1 et Eurosport (Lundi Foot ainsi que le blog « Tac au tacle » sur eurosport.fr). Depuis un an, il commente également les matchs du championnat des Pays-Bas sur Ma Chaîne Sport.

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À partir de 1940‑1941, du fait de la défaite puis de l’Occupation, la Coupe de France, dite « Charles-Simon », se dispute suivant trois zones géographiques qui suivent le découpage du territoire national suivant : la zone occupée (dite ZO, vainqueur : Girondins ASP), la zone non occupée (dite « ZNO », vainqueur : Toulouse FC) et la zone interdite (la « ZI », vainqueur : SC Fives). En finale interzones, ce sont les Bordelais de Girondins ASP qui, après avoir battu Toulouse FC par 3‑1, l’emportent finalement au stade de Saint-Ouen contre les Nordistes du SC Fives (2‑0). C’est le premier titre de Bordeaux dans la compétition. La Coupe Charles-Simon est concurrencée cette saison-là par la Coupe des provinces françaises. Née sous le régime de Vichy et parrainée par le quotidien Paris Soir, cette Coupe connaîtra quatre éditions de 1941 à 1944 et sacrera cinq sélections régionales. Se déroulant en même temps que la Coupe Charles-Simon, cette compétition relevait de la volonté politique du régime vichyste d’affirmer une idéologie régionaliste fédératrice des provinces de France et, surtout, de s’attaquer au professionnalisme honni par le gouvernement de collaboration.

En 1942, selon la même formule de finale interzones, le Red Star l’emporte en battant le FC Sète 2‑0 pour le retour de la Coupe à Colombes (40 000 spectateurs). Cette année-là, le club de Saint-Ouen aligne une grosse équipe avec le gardien Julien Darui (« immense joueur » mesurant 1,60 m et élu gardien de but français du xxe siècle en 1999 par le journal L’Équipe), Helenio Herrera (ex-Charleville passé ensuite par l’AC Roubaix) et Henri Roessler (qui entraîna par la suite le Stade de Reims avec lequel il remporta la Coupe en 1950). La ligne d’attaque est flamboyante, composée de droite à gauche d’Aston, Simonyi, Bersoullé, Joncourt et Vandevelde. Des noms du passé, des noms oubliés… Mais durant cette période noire, les footballeurs sont avec les acteurs et les chanteurs en vogue les rares vedettes à apporter encore un peu de rêve et de plaisir à une France vaincue. Julien Darui est encore une idole de la France du foot, tout comme son pote Alfred Aston qui, sous le maillot vert et blanc, demeure aimé et admiré du grand public qui l’avait rebaptisé « Fred ». Meilleur ailier français des années 1930 et international aux 31 sélections, il n’avait pas son pareil pour déborder sur son aile droite et servir au millimètre son compère franco-hongrois André Simonyi. Superdribbleur surnommé « le Joueur de caoutchouc », ce poids plume fonceur de 1,65 m n’avait peur de rien et s’entraînait quatre fois par semaine après le travail dans la papeterie de son beau-père.

C’est d’ailleurs « Fred » Aston qui plantera le but du 2‑0 final à la 72e contre Sète, à la suite d’un slalom magnifique dont il avait le secret… Le Red Star égale le record de l’OM avec cinq trophées. Comme de coutume depuis les années 1920, les deux équipes finalistes sont conviées à la réception d’après-match offerte par le journal sportif L’Auto. Et malgré la guerre et les restrictions, le Red Star peut sabler le champagne de la victoire. Ce sera la dernière fois… Jamais plus le club audonien ne remportera la Coupe. C’était aussi la dernière finale disputée par le FC Sète. Pour la petite histoire, l’édition 1942 enregistrera la plus large victoire de l’histoire de la compétition : 32‑0 pour le RC Lens face à Auby-Asturies en seizièmes de finale !

En 1943, les finales interzones aboutissent au duel ultime entre l’OM toujours là, même dans les années noires, et les Girondins ASP. La finale s’achève sur un nul au Parc des Princes (2‑2), le 9 mai. Match à rejouer ! Sauf que… l’OM porte réclamation. « L’affaire Nemeur » éclate : la licence de ce joueur nord-africain des Girondins a été enregistrée hors des délais fixés par le règlement de la Coupe. Et comme Gougou Nemeur a joué tous les matchs de Coupe, l’ASP est disqualifiée et Marseille est déclaré vainqueur. Mais le colonel Pascot, ministre des Sports du gouvernement Vichy, décide de lui-même qu’une finale ne peut se gagner que sur le terrain et non sur tapis vert ! Il oblige les deux équipes à rejouer (mais sans Nemeur, pour Bordeaux) et le 16 mai, toujours au Parc, les Marseillais écraseront les Bordelais 4‑0, score record ! Auteur d’un doublé, le capitaine et « canonnier » Emmanuel Aznar entre dans la légende de la Coupe et au panthéon de l’OM en ayant marqué lors de trois finales (1938, 1940 et 1943). Contre Bordeaux, sa puissance dévastatrice sur son premier but a carrément troué les filets (les documents cinématographiques l’attestent) ! Le minot Roger Scotti, qui vient juste de passer son bac à 17 ans et demi, devient, lui, le plus jeune vainqueur de la Coupe de France. Avec six trophées, l’OM est désormais seul à détenir le record dans la compétition…

 

Pour la troisième mi-temps, les Olympiens se rendent dans un grand music-hall parisien où se produit leur « compatriote » Alibert, vedette marseillaise de la chanson popu. Boycottant toutes les manifestations officielles organisées par le colonel Pascot, ils ont préféré exhiber leur coupe en chantant sur scène avec la star du pays et au milieu des danseuses affriolantes… Pour la dernière édition de la Coupe pendant l’Occupation, en 1944, un changement radical bouleverse l’ordonnancement de la compétition. Une nouvelle formule mêle désormais seize équipes fédérales régionales de D1 (et seules autorisées à rémunérer des joueurs professionnels) à toutes les autres équipes amateurs. 

Au total, 772 clubs sont engagés. La Coupe de France redevient réellement une Coupe nationale et le système de zones est aboli : retour à la « zone territoriale unique » et à la formule clas‑ sique (trente-deuxièmes, seizièmes, etc.). Les clubs « fédéraux », ce sont en fait les seize équipes professionnelles des régions créées par le régime de Vichy sans tenir réellement compte parfois de la géographie du foot. Ainsi, l’Équipe fédérale de Nancy-Lorraine a récupéré bon nombre de joueurs du FC Sochaux, dépecé l’année précédente. Grand bien lui fasse ! Ce sont bien les footballeurs de Nancy-Lorraine qui battent en finale au Parc des Princes ceux de la région Reims-Champagne 4‑0, le 7 mai 1944. Grâce aux renforts sochaliens, Nancy inscrira donc pour la première fois son nom au palmarès de la Coupe de France…

Extrait de "Coupe de France 1917 - 2017, le roman du centenaire" de Chérif Ghemmour, aux Editions Solar

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