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Une dose de vaccin contre la Covid-19.
Une dose de vaccin contre la Covid-19.
©JOEL SAGET / AFP

Progrès majeurs

Santé : ces 10 avancées scientifiques majeures que le Covid-19 a masqué

Alors que la lutte contre la pandémie de Covid-19 a mobilisé le monde scientifique ces derniers mois, des chercheurs ont également réalisé des avancées révolutionnaires dans d'autres domaines.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Pendant la pandémie, le monde scientifique et médical a fait autre chose que de s’occuper de la CoVid-19. Il y a eu des avancées scientifiques et sur le plan de la santé qui ont été un peu oubliées pendant cette période : en particulier, dix progrès majeurs.

1. Le succès du vaccin R 21 contre le paludisme au Burkina Faso

Le paludisme, également appelé malaria, est une maladie infectieuse due à un parasite microscopique, un protozoaire (parasite unicellulaire qui parasite les hématies ou globules rouges), le plasmodium, dont quatre espèces sont spécifiques de l’Homme (falciparum, la plus dangereuse ; vivax ; malariae ; ovale).

On l’ignore souvent, c’est la maladie infectieuse la plus meurtrière à l’échelle mondiale. On estime que le paludisme est responsable annuellement de la mort de 400 000 personnes sur l’ensemble du continent africain, principalement des enfants. Cela fait des années que l’on cherche à mettre au point un vaccin.

Dans une étude portant sur 450 enfants au Burkina Faso, publiée dans The Lancet en avril, des chercheurs ont indiqué qu'un nouveau vaccin contre le paludisme, appelé R 21, était efficace à 77 % ; mais le nombre de sujets est relativement faible et ils n’ont été suivis que pendant 12 mois. Néanmoins, c’est prometteur.

2. La greffe réussie du visage et des deux mains au centre hospitalier NYU Loangone Health

En matière de greffe ou transplantation, il faut distinguer les organes qui ont une innervation essentiellement neurovégétative ou autonome - ce sont les viscères (cœur, poumons, foie, reins…), de ceux qui ont une innervation motrice volontaire et une innervation sensitive. Dans le second cas, l’une des difficultés essentielles réside dans les connexions nerveuses qui sont un vrai casse-tête.

Au cours de l'été 2020, une équipe de 16 chirurgiens et de 80 membres du personnel de la salle d'opération du NYU Langone Health a réalisé la première transplantation réussie au monde d'un visage et des deux mains, terminant l'intervention en seulement 23 heures. Le bénéficiaire était Joe DiMeo, âgé 22 ans, de Clark, N.J., qui a subi des brûlures au troisième degré sur 80 % de son corps, dans un accident de voiture en 2018. L’apport de la modélisation informatique a été considérable dans ce succès. Après plus de neuf mois, monsieur DiMeo continue de se rétablir. C’est une prouesse assez exceptionnelle, porteuse d’espoirs.

3. Le sémaglutide, un médicament qui prouve son efficacité contre l'obésité

L’obésité ou sa forme mineure le surpoids, est une pathologie devenue fréquente aujourd’hui. Faut-il parler de maladie ? C’est plutôt un trouble métabolique qui constitue un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies (hypertension artérielle, diabète de type 2, cancers, arthrose, certaines maladies neurodégénératives…). Elle a des causes génétiques et comportementales. Les régimes réussissent peu souvent et beaucoup de personnes ont recours à la chirurgie digestive, qui n’est pas anodine.

Une étude publiée en mars dans The New England journal of medicine a montré que le médicament sémaglutide (utilisé pour traiter le diabète de type 2) pouvait avoir un puissant effet sur la perte de poids. 1961 personnes ayant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 30 (la valeur normale est inférieure à 25) ont reçu, soit 2,4 mg de sémaglutide par semaine, soit un placébo, couplé dans les deux cas à une correction du mode de vie (régime alimentaire et exercice physique). Au bout de 68 semaines, le groupe sémaglutide a perdu en moyenne 14,9 % de son poids, contre seulement 2,4 % pour le groupe placebo.

4. Une nouvelle étude établit un lien clair entre le sommeil et la démence

Le sommeil est un processus complexe qui n’est pas encore complètement élucidé. On sait que son rôle est vital. Les phases de sommeil souvent appelées lentes (ondes électriques lentes) sont réparatrices. Pendant le sommeil lent, le corps se refroidit, la respiration se ralentit, les muscles volontaires sont au repos et le métabolisme est minimal. Le corps utilise son énergie pour se nettoyer (élimination des déchets du métabolisme cellulaire) et se réparer (des dégâts tissulaires surviennent inéluctablement pendant l’activité de veille). L’expression familière de sommeil réparateur n’est pas vaine. Ce nettoyage et cette réparation sont particulièrement importantes dans le cerveau qui est un organe d’une grande intensité de fonctionnement. Un sommeil insuffisant en quantité et en qualité favorise les désordres cérébraux.

Dans une étude publiée en avril dans Nature communications, 7959 personnes ont fait l'objet d'un suivi de leur santé et de leurs habitudes de sommeil. Les résultats sont éloquents : celles qui dormaient au maximum six heures par nuit avaient un risque de démence 30 % plus élevé que celles qui dormaient au moins sept heures. Les chercheurs ont émis l'hypothèse qu'un manque de sommeil pouvait favoriser la neuro-inflammation, l’altération des artérioles cérébrales et une mauvaise élimination de la protéine amyloïde (en cause dans la maladie d’Alzheimer).

5. La polio a été chassée d'Afrique

La poliomyélite antérieure aiguë est une maladie virale aiguë épidémique due à un petit virus à ARN sans enveloppe, qui est résistant dans l’environnement (on le retrouve en particulier longtemps dans l’eau). La France a connu plusieurs épidémies de polio qui ont entraîné beaucoup de paralysies (la poliomyélite antérieure doit son nom au fait que le virus infecte les cellules nerveuses motrices de la corne antérieure de la moëlle épinière ; polios signifie gris et myelos signifie moëlle : la partie grise de la moëlle épinière est celle qui contient les corps cellulaires des neurones, en l’occurrence ici des neurones moteurs). La prévention de la polio passe par la vaccination et l’assainissement de l’eau (les virus sont éliminés en grande quantité avec les matières fécales et rejoignent les eaux usées où ils persistent longtemps).

Dans les années 1990, on estimait à 75 000 le nombre d'enfants paralysés par la polio chaque année en Afrique. En 2020, le Nigeria (dernier pays du continent africain à avoir signalé un cas de polio) a été déclaré exempt de cette maladie. Cette avancée est le résultat de la campagne lancée en 1996 par le Rotary International, en collaboration avec l'UNICEF, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), entre autres. Il faut savoir que la polio a été éliminée dans tous les pays du monde, sauf deux : l’Afghanistan et le Pakistan.

6. La psilocybine et la MDMA (méthylènedioxy-méthylamphétamine) prouvent leur valeur thérapeutique

Au cours de l'année 2020, des substances psychoactives, qui étaient jusque-là surtout utilisées comme drogues récréatives, ont commencé à s'imposer comme traitements pour la santé mentale. Dans une étude publiée en avril dans The New England journal of medicine, 59 patients souffrant de dépression ont reçu, pour moitié de la psilocybine (extraite des fameux champignons psychédéliques), pour moitié de l'escitalopram (antidépresseur inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine) associé à une dose plus faible de psilocybine. Les deux groupes ont également suivi une thérapie. Au bout de six semaines, les participants du groupe psilocybine seule ont obtenu de meilleurs résultats à un questionnaire d'auto-évaluation de la dépression que ceux recevant l'escitalopram. Dans une étude publiée en mai dans Nature medicine, 90 personnes souffrant de syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ont reçu, pour moitié trois doses de MDMA (le principe actif de l'ecstacy), pour moitié un placébo. Les deux groupes ont bénéficié d’une thérapie par la parole. 67 % des personnes qui avaient pris de la MDMA ne répondaient plus aux critères de diagnostic du SSPT, contre 32 % dans le groupe placebo. L’intérêt thérapeutique de ces deux drogues récréatives est à rapprocher de l’utilisation médicale d’extraits de cannabis.

7. La première chimère homme - singe

Dans une étude publiée en avril dans la revue Cell, le professeur Juan Carlos Izpisua Belmonte a créé une chimère embryonnaire combinant des cellules de primate, les unes humaines et les autres non humaines, conçue uniquement à des fins de recherche et incapable de dépasser le stade embryonnaire. Cette recherche a deux objectifs. Le premier est d'étudier le processus complexe connu sous le nom de gastrulation (la phase embryologique où les cellules embryonnaires commencent à se différencier en plus de 200 types de cellules). Le second est d'aider les scientifiques à mettre au point de meilleurs systèmes pour permettre la croissance des cellules embryonnaires, afin d’améliorer les tissus et organes des animaux (comme les embryons de porc, moins controversés et plus accessibles) destinés à être transplantés chez l'homme.

8. Un contrôle intestinal sur le risque d'Alzheimer

La maladie d’Alzheimer n’est pas exactement une démence, car la capacité de réfléchir et de raisonner est en général plus ou moins conservée. C’est essentiellement une perte de la mémoire pour les faits d’abord récents, puis anciens. Le microbiote intestinal a le vent en poupe, il fait l’objet de nombreux titres de journaux. C’est une population microbienne (essentiellement bactérienne) gigantesque d’un à deux kilos chez l’adulte, qui est physiologique et intervient dans le fonctionnement de plusieurs glandes notamment endocrines (hormones) et le fonctionnement du système nerveux végétatif autonome.

Le microbiote intestinal a donc des effets profonds sur l'état général de l'organisme. On sait à présent qu’il joue un rôle dans la maladie d'Alzheimer. Dans une étude conduite par des chercheurs de l'Istituto Centro San Giovanni di Dio Fatebenefratelli en Italie, on a examiné des molécules (lipopolysaccharides) présentes sur les membranes des bactéries intestinales et qui provoquent des inflammations, ainsi que d’autres molécules (acides gras à chaîne courte) dont les unes ont des effets neuroprotecteurs, les autres des effets néfastes. Chez 89 personnes âgées de 65 à 85 ans, les chercheurs ont constaté une fréquence plus élevée de plaques amyloïdes dans le cerveau des personnes ayant des taux sanguins élevés de lipopolysaccharides et de mauvais acides gras. Au contraire, moins de plaques ont été trouvées chez celles qui avaient des acides gras protecteurs. Il sera donc peut-être possible de modifier le microbiote pour prévenir la maladie d'Alzheimer.

9. La greffe de moelle osseuse prometteuse dans le traitement du VIH

L’infection par le virus VIH est une maladie infectieuse virale chronique qui dure des mois et des années. L’essentiel de la pathogénicité des virus VIH-1 et VIH-2 passe par la dégradation de certains leucocytes (globules blancs) du système immunitaire, en particulier les lymphocytes T de type CD4 qui jouent un rôle clef dans la coordination et l’activation de l’ensemble de l’immunité.

Pour les patients atteints d'un cancer du sang qui ne répond pas à la chimiothérapie, une greffe de moëlle osseuse est parfois une option. Et au Royaume-Uni, cette greffe s'est avérée être un traitement efficace pour le sida. Un patient a reçu de la moëlle osseuse d'un donneur qui avait une mutation du gène CCR5, celle qui empêche le VIH d’adhérer aux cellules. Après la greffe, le virus VIH circulant a disparu du sang du patient receveur. Et 18 mois après que ce patient ait cessé de prendre son traitement antirétroviral, le virus n'était toujours pas réapparu. Mais les médecins insistent sur le fait qu’une transplantation de moëlle osseuse comporte de gros risques.

10. Arrêter la dengue à la source est dorénavant possible ?

La dengue est une maladie virale de type arbovirose, c’est-à-dire que son virus est transmis par un arthropode, essentiellement un insecte de type moustique (Aedes aegypti).

Il n'existe pas de vaccin ni de traitement efficace contre cette maladie qui infecte 50 millions de personnes chaque année dans le monde. Dans le contexte de réchauffement climatique, Aedes aegypti gagne du terrain : l'aire de répartition de ce moustique s'étend à de nouvelles régions. Une étude menée par le Programme mondial des moustiques est porteuse d’espoir : elle consiste à infecter ces moustiques avec un autre microorganisme, la bactérie Wolbachia. Les moustiques infectés par cette bactérie non pathogène pour l’homme ne peuvent plus inoculer le virus de la dengue. Lors d’un essai de 27 mois, des moustiques infectés par Wolbachia ont été lâchés dans la ville indonésienne de Yogyakarta. Le résultat a été une réduction de 77% de l'incidence de la dengue. De plus, les moustiques ainsi infectés peuvent propager cette bactérie via leurs œufs lorsqu'ils se reproduisent. Les chercheurs pensent que cette stratégie pourrait être également efficace pour prévenir d'autres maladies virales transmises par les moustiques, notamment le Zika, le chikungunya et la fièvre jaune.

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