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Et si DSK, un temps favori dans la course à l'Elysée, avait été élu en 2012, à quoi aurait ressemblé sa présidence ? sa présidence ?
Et si DSK, un temps favori dans la course à l'Elysée, avait été élu en 2012, à quoi aurait ressemblé sa présidence ? sa présidence ?
©Reuters

Politique fiction

Sans Hollande ça aurait été mieux ? A quoi auraient ressemblé les 100 premiers jours de DSK à l’Elysée

Ni hyperprésident, ni hypoprésident, Dominique Strauss-Kahn aurait gouverné dans la tradition de la Ve République : maître de la politique étrangère, avec un Premier ministre fusible pour les affaires intérieures.

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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A (re)lire :

Le premier épisode :  A quoi auraient ressemblé les 100 premiers jours de Ségolène Royal à l’Elysée

Le deuxième épisode :A quoi auraient ressemblé les 100 premiers jours de Martine Aubry à l’Elysée

Atlantico: Un livre-enquête, des romans, un film... la chute expresse de l’ancien patron du FMI suite à un scandale sexuel alimente la chronique. Mais si Dominique Strauss-Kahn, un temps favori dans la course à l'Elysée, avait été élu en 2012, à quoi aurait ressemblé sa présidence ?

David Valence : La particularité de notre exercice du jour, c'est qu'il faut accepter deux hypothèses pour imaginer ce qu'aurait été une présidence Strauss-Kahn : 1) que le double scandale (New York et Carlton de Lille) qui a emporté la carrière politique de DSK n'ait pas éclaté ; 2) qu'il ait été désigné par les socialistes et radicaux de gauche à l'automne 2011. Admettons !

D'abord, il est évident que la "bulle DSK" se serait dégonflée en cours de campagne, et que l'ancien directeur général du FMI aurait été un adversaire plus commode pour Nicolas Sarkozy que François Hollande. Lui, qui aime le luxe et l'argent sans complexe, aurait difficilement pu parler de "présidence normale" ou insister sur sa modestie. Bling-bling lui-même, il n'aurait offert qu'un contraste imparfait avec Sarkozy sur la forme. Il n'aurait pas non plus proposé de "grand soir" aux Français, ni de rupture brutale en matière économique. Il aurait été un adversaire assez proche de Nicolas Sarkozy, le dilettantisme et la compétence économique en plus. L'antisarkozysme n'aurait pas été la seule clef du scrutin du 6 mai. L'élection se serait beaucoup jouée sur la question du "meilleur pilote pour la France par temps de grosse houle". DSK aurait attaqué Sarkozy sur le terrain de la cohérence et de la stabilité. Au final, DSK ne l'aurait, je crois, pas emporté avec une marge plus confortable que François Hollande.

Qui aurait-il choisi comme Premier ministre ?

Son choix aurait été dicté par le souci de pouvoir se consacrer pleinement aux affaires économiques et internationales, en "couvrant" le front de la politique intérieure avec un Premier ministre fort. Martine Aubry aurait eu ce profil, d'autant qu'il existait entre eux un pacte, la première secrétaire du PS s'étant engagée à ne pas être candidate à la primaire si "Dominique" y allait. Elle aurait probablement obtenu Matignon en retour d'ascenseur, avec en perspective un vrai "match" de fortes personnalités au sommet de l'exécutif... Dominique Strauss-Kahn aurait aussi pu nommer François Hollande, Manuel Valls ou même Pascal Lamy à Matignon.

Fabius, qui était prêt à soutenir DSK à la primaire, aurait également obtenu les Affaires étrangères. Le gouvernement aurait peut-être intégré deux ou trois figures de la société civile, mais il n'aurait pas trop "décoiffé" non plus. On aurait eu droit à du classique sérieux. Et pendant les 100 premiers jours, DSK aurait moins consacré de temps à imposer son style que François Hollande. Il aurait endossé avec beaucoup de naturel les habits d'un président maître de la politique étrangère et auquel le Premier ministre sert de fusible pour la politique intérieure. Ni hyperprésident, ni hypoprésident, il aurait gouverné, lui, dans la plus pleine tradition de la Ve République, comme un Giscard ou un Mitterrand.

Son expérience internationale aurait-elle pu être un atout pour gérer la crise ? Aurait-il eu plus de poids que François Hollande face à Angela Merkel ?

DSK n'aurait pas pu renier les politiques d'austérité imposées à la Grèce, par exemple, car il les a défendues comme directeur général du FMI. Mais je crois sincèrement qu'il aurait utilisé son crédit à l'international pour "muscler" la gouvernance économique de l'Europe. Il aurait été, pour Angela Merkel, un partenaire redoutable car respecté, compétent, expérimenté. Je fais le pari qu'il aurait pris, avec la Chancelière et le nouveau gouverneur de la Banque centrale européenne, une grande initiative pour compléter le traité de décembre dernier.

Et c'est lui qui aurait pu poser les termes d'une négociation d'ampleur, sur ce mode : oui à un gouvernement économique de la zone euro, mais avec une BCE plus interventionniste sur les marchés et un plan de relance européen massif, ambitieux, bien au-delà de ce que François Hollande a obtenu, et qui n'est rien d'autre que ce que le Commission proposait timidement en mars 2012. Bref, je pense que DSK aurait utilisé son aura pour ouvrir une nouvelle étape de la construction européenne. Il aurait eu plus de "jeu" pour cela que Nicolas Sarkozy et plus de légitimité que François Hollande.

Sur le fond, DSK est plus ouvertement libéral que François Hollande. Au FMI, il a été à l'origine des premiers plan d'austérité en Grèce. Aurait-il assumé une politique de rigueur de manière plus frontale ?

On se trompe sur les idées économiques de Dominique Strauss-Kahn, et ce depuis longtemps. Certes, il a assumé la responsabilité des mesures de rigueur imposées à la Grèce ; certes, il connaît le monde de l'entreprise mieux que la plupart des dirigeants socialistes et tutoie beaucoup de grands patrons. Mais ça n'en fait pas pour autant un monétariste et un libéral forcené...

Ses options en matière économique sont celles d'un pragmatique, le contraire d'un professeur dogmatique et attaché à une théorie plus qu'à une autre. Un exemple : en 2005 je crois, il avait envisagé l'hypothèse qu'en cas de crise économique dramatique, les États européens puissent prendre des participations dans des entreprises privées, voire nationaliser des banques. À l'époque, l'idée n'était pas du tout à la mode comme elle le fut en 2007-2008, quand General Motors aux États-unis ou Royal Bank of Scotland au Royaume-Uni furent sauvés par la puissance publique. On avait même raillé DSK en lui reprochant de vouloir "gauchir" artificiellement son image pour préparer sa candidature à la primaire de 2006.

Je rappelle également que DSK fut le ministre de l'Economie de Lionel Jospin, à une époque où, malgré une croissance soutenue notamment en 1998 et 1999, le gouvernement de gauche n'a pas souhaité faire du rétablissement des comptes publics un objectif. Concrètement, je pense par exemple que DSK aurait conservé la TVA anti-délocalisations votée sous Nicolas Sarkozy, et que la gauche vient d'abroger pour des raisons de petite politique. Il aurait probablement cherché à trouver des marges de manœuvre budgétaires en lançant l'idée d'un grand emprunt européen pour soutenir l'économie des pays en crise par une politique de grands travaux... Mais il aurait évidemment assumé des mesures de rigueur, comme François Hollande le fera. Je pense simplement qu'avec DSK, le tour de vis aurait été plus progressif, et décidé des le lendemain de la victoire, sans attendre l'automne 2012 pour prendre des arbitrages douloureux.

Serait-il revenu, comme François Hollande, sur la réforme des retraites ?

Il n'est pas exact de dire que François Hollande est revenu sur les réformes opérées en 2004 par François Fillon dans le gouvernement Raffarin, puis par Xavier Bertrand sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Il les a seulement aménagées pour une catégorie de salariés, mais sans remettre en cause le principe de l'égalité de la durée de cotisations pour bénéficier d'une retraite pleine entre salariés du public et du privé, par exemple. Ce principe est issu de la réforme Fillon de 2004, que le PS avait promis d'abroger encore en 2007... Et qu'il n'abrogera pas.

Dominique Strauss-Kahn se serait probablement montré très pragmatique sur la question du financement des retraites, en envisageant par exemple, comme Terra Nova dans une note vite oubliée par le PS, que les personnes qui bénéficient d'une retraite contribuent eux-mêmes au financement des régimes de pension via une contribution spécifique. Bref, il aurait peut-être eu le courage de remettre en partie en cause le système de financement des retraites pour éviter de le faire peser sur les entreprises et sur les actifs un poids insupportable.

Peut-on imaginer que son rapport aux femmes aurait pu avoir des conséquences politiques ?

Ce qui est certain, c'est que des puissances étrangères auraient pu s'en servir pour tenter de déstabiliser le président français en lui tendant un piège, ou en révélant des faits passés...

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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