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Des salles de "shoot" en France ? Le bilan en demi-teinte de l’expérience des pays européens
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Toxicomane

Des salles de "shoot" en France ? Le bilan en demi-teinte de l’expérience des pays européens

Le député PS Jean-Marie Le Guen a demandé l'ouverture de salles de shoot réservées aux toxicomanes dans la capitale. Comme en 2010, cette proposition a provoqué une nouvelle polémique, pourtant cette expérience est déjà bien connue chez certains de nos voisins européens.

Franck Zobel

Franck Zobel

Franck Zobel est analyste des politiques en matière de drogue à l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT).  L'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies collecte des données auprès de trente pays : les vingt-sept États membres de l'Union européenne, deux États candidats, la Croatie et la Turquie, et la Norvège.

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Atlantico : La polémique sur les centres d'injections, les "salles de shooting", fait à nouveau rage en France. Certains pays, comme la Suisse, les Pays-Bas ou l'Allemagne, possèdent des "salles de shooting" depuis plusieurs années. Le bilan est-il positif ?

Franck Zobel : Il y a en Europe environ 90 locaux de consommation dont la majorité (environ 70) sont des locaux d’injections. Depuis une quinzaine d’année, la plupart des locaux ont été soit individuellement, soit collectivement évalués. On a donc effectivement différents résultats qui nous apprennent beaucoup d’éléments.  

  • On sait que ce type de structures arrive à atteindre la population ciblée pour laquelle le local a été prévu.

  • On arrive grâce à ces structures à atteindre les populations les plus marginalisées qui ont de graves problèmes de santé, des dépendances et de gros problèmes sociaux.

  • Enfin on sait une nouvelle chose, ces locaux de consommation permettent de réduire nettement les risques à la fois grâce à l’utilisation de matériels stériles qui empêchent la diffusion de maladies et par la présence d’un groupe de personnels formés prêts à intervenir. Il y a donc une réduction de la mortalité.

Enfin, ces locaux d’injections peuvent fournir des services qui vont de la présence d’un médecin à la possibilité d’acheter de la nourriture et de laver ses vêtements. On peut ainsi plus facilement orienter les consommateurs de drogues vers des services de traitements pour permettre à terme de fournir à l’individu un traitement.

Quel est précisément l'objectif de ces salles : aider les toxicomanes à se droguer en sécurité, ou les aider à se sevrer ?

L’objectif immédiat est de réduire les risques et d’entrer en contact avec les personnes marginalisées qui prennent de très grands risques. A long terme, l’idée est d’amener peu à peu le consommateur vers une consommation contrôlée puis un traitement.

Je me répète mais l’objectif principal du local est d’entrer en contact avec les consommateurs, de recréer un lien social.

Enfin, la création des locaux a véhiculé une crainte. On pensait que cela allait encourager la consommation chez les individus qui sont déjà dépendants. Aujourd’hui et je tiens à le préciser, rien ne prouve que les locaux encouragent les gens à se droguer.  On ne voit pas d’augmentation de la consommation, on ne voit pas arriver de nouvelles personnes qui « parce qu’ils existent » des locaux se mettent à se droguer. Les gens qui pensent ainsi ne connaissent rien aux problèmes de la drogue.

Le bilan est aujourd’hui positif, maintenant, il faut le nuancer. Ce n’est pas non plus une solution miracle. C’est un élément qui répond aux problématiques de la drogue.  

Les "salles de shooting" suisses sont-elles transposables dans l'Hexagone?

Je ne vois pas ce qui pourrait empêcher le transfert de ces salles en France ou dans d’autres pays européens. Les pays qui ont adopté ce type de salles ont généralement un très fort pouvoir local. C’est le cas en Allemagne, en Espagne, en Suisse ou encore aux Pays Bas.

En France, il y a un débat à un niveau beaucoup plus haut, moral et biologique autour des locaux de consommation. Il n’y a pas de types de locaux au niveau régional, voilà pourquoi ce débat est beaucoup plus compliqué. C'est la principale différence que je vois, sinon en pratique ce n’est pas difficile à mettre en place.

Certains collectifs, comme le parti populiste Mouvement citoyens genevois (MCG) accusent ces salles d'attirer les trafics et les étrangers marginaux. Ces problèmes sont-ils avérés ?

Il y a deux choses, si par exemple demain quelqu’un installe un local de consommation, il ne va pas être place Vendôme mais dans le XVIII ou XIX arrondissement, des quartiers à gros problème de drogues.

L’installation des locaux de consommation va s’inscrire dans quelque chose qui existe déjà. Maintenant, il peut arriver que des trafics se mettent en place autour d’un local de consommation. Néanmoins, dans la plupart des cas que je connais, un appel à la police suffit à mettre fin à ce trafic à ciel ouvert.  

Dans le cas de Genève,  beaucoup de personnes se plaignent car les locaux attirent beaucoup d’étrangers. Je connais bien une ville proche de Genève qui s’appelle Lausanne. Là-bas, il n’y a aucun local d’injection et c’est exactement la même chose. Ce n’est donc pas le problème des salles d’injections.

Propos recueillis par Morgan Bourven

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