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Round-up : lettre d'un ingénieur agronome à Ségolène Royal
©Reuters

Herbicide controversé

Round-up : lettre d'un ingénieur agronome à Ségolène Royal

Ce mercredi 29 juin, la Commission Européenne à annoncé une prolongation temporaire de l'autorisation du glyphosate au sein de l'UE. Il s'agit d'un herbicide qui fait sujet à débat entre les différents pays membres.

Pierre  Bois D’Enghien

Pierre Bois D’Enghien

Pierre Bois D’Enghien est ingénieur agronome des régions tropicales, spécialiste de l'Environnement et est auditeur RSPO.

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Chère Ségolène Royal,

Alors que la renouvellement de l’homologation du glyphosate reste suspendue au niveau de la Commission Européenne et que les États membres peinent à se mettre d’accord, vous avez déclaré le 1er juin que la France voterait contre toute ré-autorisation. La France, lors du vote portant sur un renouvellement temporaire de 18 mois qui s’est tenu le 6 juin dernier, s’est pourtant abstenue. Comme pour faire bonne mesure auprès des anti-glyphosate, vous vous êtes empressée de rappeler, dès le lendemain sur RTL, que "le glyphosate est déjà interdit dans les jardins privés en France". On voit bien dans tout ce ballet que vous ne savez plus très bien sur quel pied danser. 

Certes, vous avez en tête l’idée d’interdire le glyphosate une fois pour toutes. Mais êtes-vous convaincue du bienfondé de cette volonté ? Il n’y a pas si longtemps, on se souvient que vous aviez dû vous excuser publiquement auprès de Ferrero, propriétaire de la marque Nutella, après vos déclarations sur la déforestation qu’entrainait selon vous la production de la pâte à tartiner. Je pense de même que, pour ce qui concerne le glyphosate, une connaissance plus approfondie du dossier vous fera voir les choses autrement. Une fois de plus, c’est l’homme de terrain qui vous parle ici, soucieux tout comme vous des problèmes environnementaux et conscient qu’il faut réinventer l’agro-industrie. Et très sérieusement, je ne vois pas en quoi se passer d’un agent chimique tel que le glyphosate permettrait d’améliorer la gestion de l’environnement. 

Quand je fais visiter une plantation avant épandage, j’aime surprendre mes hôtes par une petite démonstration : je trempe mon doigt pour goûter la solution à base de glyphosate - sous forme de concentré soluble et sans solvant. Ils me regardent alors avec de grands yeux et ont du mal à me croire lorsque je leur affirme que, sous forme de sel d’isopropylamine, le glyphosate est probablement l’herbicide le moins dangereux qui soit. Ce petit numéro, bien évidemment, n’enlève rien au fait qu’il faille une protection individuelle (EPIs) de rigueur pour ceux qui utilisent ce produit régulièrement ; ce sont des précautions habituelles, pas du tout anormales quand on manipule des produits chimiques. 

Une fois évacuée la question de la dangerosité du glyphosate, comme l’ont fait ma petite démonstration mais aussi, de façon plus rigoureuse, les dernières études en date, si l’on veut continuer de vouer le désherbant aux gémonies, ne reste qu’une question, cruciale, celle de l’efficacité des "alternatives". Je vous pose donc la question : "qu’allez-vous utiliser demain si vous souhaitez faire pousser des roses dans votre jardin ?" Voici quelques techniques que je vous suggère et qui constituent d’excellentes alternatives au Round-up et équivalents :  

  • - Le paillage pour éviter la repousse des végétaux indésirables,

  • - La destruction des plantes par la chaleur,

  • - Le binage, 

  • - Le rabattage des végétaux (y compris le rabattage tardif comme il est actuellement mis en œuvre le long de certaines routes)

Certes, comme le dit la devise, il faut savoir cultiver son jardin. Il est assez facile de mettre en œuvre ces techniques sur quelques ares de terrain (binage, paillage) et on pourra s’en féliciter ! Mais ces solutions deviennent tout de suite moins réalistes sur des exploitations à grande échelle, lorsqu’il faut désherber sélectivement des centaines d’hectares. A ma connaissance, aucune étude d’impact n’a été faite concernant le recours à une alternative telle que le traitement thermique, par exemple. Quid de la consommation en électricité ou en carburants fossiles nécessaires au bon fonctionnement de cette solution ? Le recours aux herbicides prend soudain tout son sens, et bien évidemment il s’agit de privilégier les herbicides les moins nocifs, dont le glyphosate fait partie.

Lasse, vous avez voulu interdire la vente de l’herbicide dans les jardineries et magasins de bricolage. L’intention est louable, puisqu’elle consiste à vouloir ménager la santé des Français, le geste est pourtant maladroit. N’y avait-il pas d’autres priorités ? Il me suffit de me promener dans les rayonnages de n’importe quel supermarché pour découvrir toute une liste de produits potentiellement bien plus dangereux que le glyphosate : les déboucheurs liquides à base de soude caustique, l’acétone, les solvants, les peintures, l’eau de javel, le ciment, les carburants … Chacun est libre d’acheter 20 litres d’essence dans un jerrycan, des litres d’eau de javel, des diluants pour la peinture à l’huile, et d’en faire un usage catastrophique, mais plus de se procurer un litre de glyphosate, dont tout indique qu’il est inoffensif. 

Je m’interroge quant aux critères de sélection des produits que vous vous attachez à black-lister. On se demande quel est l’agenda caché derrière cette obsession à vouloir gendarmer les Français sur des points précis anodins, alors que d’autres sujets bien plus sensibles ne sont pas abordés ? Ne vous étiez-vous pas insurgée contre l’écologie punitive ? Si encore la gestion de l’environnement en tirait quelque bénéfice, mais comme nous l’avons vu, les produits de substitution sont soient irréalistes, soient plus nocifs encore.

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