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Robin Thicke a "une grosse b… pour toi" : machisme lourdingue du chanteur de l’été ou incarnation de l’homme (objet) d'aujourd'hui ?
©REUTERS/Carlo Allegri

Metromachomen

Robin Thicke a "une grosse b… pour toi" : machisme lourdingue du chanteur de l’été ou incarnation de l’homme (objet) d'aujourd'hui ?

Le dernier single du chanteur le plus vendeur du moment révèle un profond bouleversement de l'identité masculine en mettant en avant la figure d'un "métromacho" conquérant mais tolérable. Il démontre aussi et surtout une sexualisation croissante du corps masculin, défini jusque là par l'esthétique.

Sylvain Mimoun

Sylvain Mimoun

Sylvain Mimoun est gynécologue, andrologue, psychosomaticien. Il est directeur du Centre d'andrologie de l'hôpital Cochin à Paris; Il est également chroniqueur radio et TV, notamment au Journal de la santé (France 5) où il tient la rubrique "Questions sexo".

Il est l'auteur de "La masturbation rend sourd : 300 idées reçues sur la sexualité " aux éditions First.

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Atlantico : Le chanteur américain Robin Thicke a fait parler de lui avec son dernier titre à succès baptisé "Give it 2 U" où il se vante de la taille démesurée de son phallus. Faut-il y voir l'expression d'un machisme caricatural ou cela fait-il plus largement écho à l'émergence de l'homme objet, utilisant son corps comme un outil marchand ?

Sylvain Mimoun : L'un n'exclut pas forcément l'autre. Nous nous sommes habitués à élargir le champ de la marchandise, et c'est probablement ce qui explique en premier lieu cette mise en avant de la taille du sexe. On ne saurait y voir que la simple expression du machisme, même si ce monsieur pense probablement que c'est cela qui fait sa force. Globalement, les femmes ne veulent plus d'un homme macho même si elles souhaitent que l'homme qu'elles fréquentent, ou celui qu'elles dessinent en fantasme, soit quelqu'un d'affirmé. Après le métrosexuel, nous avons quelque part le "métromacho" c'est à dire quelque chose qui ressemble à la virilité mais qui ne l'est pas dans son comportement : il ne doit pas être violent, mais doit donner l'impression de savoir ce qu'il veut.

Sur la taille du sexe, c'est le gynécologue qui parle ici, une femme "habituelle" pour ne pas dire normale a généralement peur que des rapports avec un homme dont le sexe serait "surdimensionné" soient douloureux. Cependant, si elle s'intéresse à la sexualité, ce sera justement la taille du sexe qui "fait causer" avec ses amies, notamment lorsqu'elles tentent l'expérience du strip-tease masculin. C'est cette curiosité qui a notamment rendu célèbre Rocco Sifreddi au delà du milieu porno lorsqu'il s'est retrouvé invité sur des plateaux télé grand public. Alors que la taille était jusque là davantage un problème d'homme vis-à-vis des autres hommes, elle est devenue un élément de l'imaginaire féminin avec le temps.

La crise de l'identité masculine est un fait reconnu depuis les années 1980. Comment expliquer dans ce cas cette sur-représentation de l'homme conquérant ?

On peut trouver là un phénomène de simulation. On fait "comme si" l'on avait peur de rien et que l'on était capable de tout exposer car c'est tout simplement vendeur. L'homme accablé, qui baisse les bras et ne se reconnaît plus dans son interraction avec le monde féminin ne faisant pas rêver grand monde, que ce soit les femmes ou les hommes d'ailleurs. Le prisme des médias peut venir corriger ce sentiment en utilisant des individus non représentatifs qui simulent la notion de courage, d'homme macho, de conquérant sollicité par les femmes. En même temps cela se situe à l'inverse du courant romantico-amoureux privilégié traditionellement par les femmes

Une exposition sur le "nu masculin" vient de débuter ce mois-ci au musée d'Orsay. Est-on dans la même dynamique que celle de la mise à nu du corps féminin qui a débuté à la fin des années 1950 ?

Peut-être, sauf que justement la mise à nu du masculin intervient justement après celle du féminin. Qu'on le veuille ou non, un corps de femme ne suscite pas la même réaction qu'un corps d'homme : si un homme voit une femme nue, il est stimulé sexuellement par la plastique alors que les femmes ont plutôt tendance à parler de la nudité sur un plan esthétique (belle fesses, torse bien dessiné...). Le beau n'est pas l'excitant, mais on peut éventuellement imaginer que la banalisation du nu masculin vienne à terme le faire basculer aussi dans le domaine de la stimulation. J'observe depuis cinq ans une tendance étonnante dans ce domaine, certaines femmes se mettant à parler de plus en plus d'un homme sur le plan pratico-pratique de la sexualité, sans forcément évoquer son comportement, ses qualités ou ce qu'il représentait pour elle. Il m'arrive ainsi en consultation d'entendre des femmes me confier qu'elles pouvaient s'exciter à travers un porno, type d'aveu que je ne rencontrais jamais auparavant. Bien qu'on trouve ici un paradoxe intéressant, il est probablement trop tôt pour affirmer si oui ou non cela aura un impact sur le temps long.

Peut-on dire finalement que ce chanteur est un véritable champion de la virilité ou plutôt un post-adolescent quelque peu vantard ?

J'y verrais plutôt un comportement de post-adolescent. Quelque soit l'âge, le fait de dire "c'est moi qui ai la plus grosse" tout en affirmant qu'il fait jouir la terre entière est quelque chose dont, théoriquement, tout le monde est censé se moquer. Ce n'est jamais simple de dire que l'on est le meilleur, mais le dire aussi basiquement relève effectivement d'un certain manque de maturité.

Faut-il voir un risque dans le fait d'enfermer les représentations du masculin et de la virilité dans une représentation purement sexuelle ?

Absolument. Plus on se concentrera sur les "petites valeurs" de la virilité plus on la confinera dans un modèle de caricature. On peut y voir l'autre pendant de ce type de caricature dans l'idée qu'un homme doté de trop de testostérone est un violeur potentiel et un agressif naturel. Nous sommes actuellement dans une période de découverte de la transition des identités sexuelles, et j'espère que nous aboutirons à terme à davantage de tranquillité relationnelles entre les sexes plutôt que de rester dans une surenchère forcément conflictuelle. 

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