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Retraites complémentaires dans le rouge : pourquoi les cotisations des salariés du privé financent bien d’autres choses que leurs pensions
©Reuters

Dindons de la farce

Retraites complémentaires dans le rouge : pourquoi les cotisations des salariés du privé financent bien d’autres choses que leurs pensions

Les régimes de retraite des salariés du privé sont en déficit chronique. En cause : la démographie, avec une espérance de vie toujours plus grande, mais aussi l'obligation pour les caisses concernées de compenser les déficits, souvent bien plus élevés en proportion que ceux d'autres régimes plus favorisés.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Seul un quart des retraites du public (dont les régimes spéciaux comptent plus de bénéficiaires que de cotisants) sont financées par des cotisations, le reste l'étant par des subventions et, ponctuellement, par des ponctions sur les régimes privés Agirc et Arrco. Quel est le poids réel des régimes privé dans le soutien du public ? En quoi cela peut-il aussi expliquer les déficits du privé qui s'accumulent ?

Philippe Crevel : Il faut effectivement distinguer les régimes spéciaux du reste de la fonction publique. Il n'y a pas, dans la fonction publique, de "régimes" en matière retraites, celles-ci étant financées par le budget de l'Etat. Il n'y a que des cotisations salariés qui couvrent une très faible partie du montant des retraites, le reste étant financé sur le budget général de l'Etat. 

Sur les régimes spéciaux – notamment l'énergie et les transports – des compensations peuvent être effectuées pour assurer leur équilibre. Cette compensation prend plusieurs formes : les régimes ont été adossé au régime général de la sécurité social rendant possible un financement par le régime des salariés du privé, mais il existe aussi des taxes – je pense notamment à l'une appliquée sur les factures d'électricité, pour rééquilibrer le régime EDF déficitaire. Pour donner quelques chiffres, les cotisations ne couvrent que 36% des besoins de la SNCF, le reste étant constituté de dotations de l'Etat et de ponction sur le régime général. La RATP est à 46% de couverture, l'énergie parvient à couvrir 60%.  

Considérant que la démographie des régimes publics est très défavorable et que les retraites dans le secteur public sont peu impactées par les réformes, le "fardeau" est-il irréversible ?

Par définition, ce sont des régimes extrêmement déséquilibrés démographiquement, il n'y aura donc pas de renversement possible dans les vingt prochaines années. Il était prévu d'ailleurs lors de l'alignement de ces régimes sur le régime général la mise à disposition d'une somme versée par l'Etat à ce dernier pour qu'il puisse compenser une situation qui est partie pour être durable. Mais cela ne compense pas le surcroît de dépenses, d'autant plus que la retraite moyenne des régimes spéciaux est autour de 2000 euros, ce qui est supérieur au privé.

Quels efforts ont été récemment demandés aux caisses du publiques pour limiter leur dépendance aux caisses privées ? 

Il y a une solidarité démographique inévitable sur certains régime spéciaux, comme celui des mines par exemple où il n'y a que des retraités. Par défintion il ne pourra plus jamais s'équilibrer. Après, là où les déséquilibres sont moins importants, on peut se demander s'il ne faudrait pas arriver à un processus d'unification des régimes. Cette logique de caisses séparées – source de frais de gestion qui nous fond perdre 2 à 3 milliards d'euros par rapport à nos homologues étrangers – ne devrait-elle pas être remplacée par un système unique à points ? Il serait plus aisé d'uniformiser les règles et assurer l'équilibre général.

Il y a eu une réforme des régimes spéciaux en 2007, impulsée par Nicolas Sarkozy, qui a entraîné un allongement des durée de cotisations. Cependant, les syndicats ont obtenu des contreparties et la Cour des comptes a indiqué ne pas savoir si l'affaire a été si bonne que cela, si le coûts des contreparties n'annihilait pas les gains...

Comment serait-il possible de "sanctuariser" les caisses du privé et du public pour que les secondes ne viennent plus ponctionner les premières ? Est-ce politiquement faisable ?

Globalement, il va être difficile de priver les retraités de la SNCF ou d'EDF de leur retraite, la compensation est donc inévitable. Après, la question à se poser, c'est de savoir où s'arrête la solidarité ? Et à qui prendra-t-on l'argent nécessaire ? Au régime général ? Aux contribuables ? Si ce n'est pas l'un, ce sera l'autre. Et il faut faire attention à où de tels raisonnements peuvent mener. J'ai dit que le régime général compense 40% des besoins financiers du régime de l'énergie. Mais c'est aussi la même part qu'il assure pour le régime des exploitants agricoles. Devra-t-on priver les agriculteurs de retraite également ?

Dans quelle mesure le rapport cotisations/pensions est-il plus favorable dans le public que dans le privé ? Peut-on dire que le privé paie non seulement un déficit, mais aussi un système très avantageux ?

Les syndicats rappellent que si les retraites du public sont en moyenne plus élevées, c'est aussi parce que le niveau hiérarchique dans la fonction publique est plus élevé. Ce n'est pas faux. En gros, dans le public, il y a plus de cadres et moins d'ouvriers. La comparaison est difficile. Mais toute chose égale par ailleurs, ils ont effectivement des conditions plus avantageuses. Après, les régimes spéciaux sont souvent une "tradition" antérieure à la mise en place du régime général en 1945. Bien sûr les métiers concernés, autrefois pénibles, ont changé, et leur maintien tient souvent à une capacité politique de bloquer le pays. D'où l'importance d'évoluer à terme vers un régime unique.

 

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