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Rentrée sous pression : pourquoi la mi-mandat pourrait être fatale pour l’unité de la LREM
©Thomas SAMSON / AFP

Lutte fratricide

Rentrée sous pression : pourquoi la mi-mandat pourrait être fatale pour l’unité de la LREM

Comme le groupe s'était engagé à le faire au début de la législature, certains membres de LREM veulent voter pour remplacer certains responsables à l'Assemblée nationale. Mais quelques postes ont visiblement des statuts particuliers et un conflit semble s'engager autour de ces questions au sein de LREM.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Les problématiques de la candidature à la mairie de Paris, ou encore l'affaire qui touche François de Rugy (avec les interventions de Gabriel Attal ou de Benjamin Griveaux) sont-elles de nature à endommager le parti au sein de cet été de tous les dangers ?  

Jean Petaux : Le propre d’un parti aussi jeune que LREM qui n’a connu que la victoire (même les Européennes résonnent comme une quasi-victoire) et qui n’a pas 4 ans d’âge c’est d’être absolument « non-gréé » pour le gros temps électoral, métaphore qui désigne ici les turbulences propres à chaque période de défaite ou d’incertitude ou encore de crise interne provoquée soit par un changement de ligne politique ou la mise à l’agenda d’une question politique qui partage le parti (sociale, sociétale, diplomatique, etc). Il ne faut donc pas être surpris de constater que LREM serait parcourue de soubresauts et de secousses internes du fait de telle ou telle séquence, aux causes soit internes (processus de désignation de têtes de liste avec concurrence de candidats : cas de la mairie de Paris) soit externes (l’été dernier le feuilleton Benalla, cette année, saison 2, le feuilleton de Rugy : deux productions de l’atelier d’écriture Médiapart dirigée par E. Plénel). 

De là à considérer que les éventuelles turbulences qui secoueraient ainsi LREM mettraient ce parti en danger, cela me semble largement excessif. On n’a jamais vu, même des partis politiques très organisés donc plus rigides et d’une certaine façon moins à même d’encaisser des chocs politiques, se diviser sur des histoires de désignation de tel ou tel candidat ou lors de la convergence des tirs de la meute politico-médiatique sur tel ou tel d’entre eux. Dans ces cas-là la résilience de l’organisation est toujours plus forte que les solidarités organiques qui peuvent exister à l’égard d’une personne mise sur la sellette. Qui au PS s’est montré solidaire du Strauss-Kahn touché-coulé une première fois par une affaire concernant la MNEF et conduit ainsi à quitter Bercy et le gouvernement Jospin ? Qui s’est montré solidaire au RPR ou à l’UMP d’Hervé Gaymard contraint de quitter Bercy pour une sombre histoire d’appartement ministériel refait à neuf pour recevoir son abondante famille ? etc, etc. De Rugy, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, parce qu’il était une proie facile, pesant politiquement rien, perdant tous ses arbitrages interministériels depuis plusieurs mois face à Bercy, par imprudence, naïveté, amour, peu importe, va devoir quitter le gouvernement à plus ou moins brève échéance. Son cas n’est pas pendable il est juste politiquement intenable dans le contexte actuel et intellectuellement indéfendable dans la société d’aujourd’hui.

Dans le reportage de « Brut » diffusé sur les réseaux sociaux aujourd’hui, Fabrice Arfi, « journaliste d’investigation » à Médiapart commet un lapsus dont il s’excuse aussitôt pour se corriger : il mentionne « le président de la République » au lieu du « président de l’Assemblée nationale ». Il en rit lui-même mais confirme ainsi qu’Edwy Plénel et son équipe n’ont qu’une obsession depuis mai 2017 : « flinguer » Emmanuel Macron et personne d’autre. L’épouse de F. de Rugy, Séverine Servat, a déjà défrayé la chronique il y a onze mois, à propos de la sortie d’un livre « d’auto-fiction » écrit par Emilie Frèche, compagne de Jérôme Guedj qui a eu un enfant avec l’actuelle Madame de Rugy. Le livre (médiocre) d’Emilie Frèche décrivait précisément une relation exclusive entre une mère et son fils et Séverine Servat s’était parfaitement reconnue dans le personnage. Tout cela est assez vain et surtout furieusement « parisiano-parisien ». Que François de Rugy soit plus dindon que chef de brigade c’est certain. En tous les cas, tel le homard, il est déjà sévèrement ébouillanté… Mais ce n’est pas non plus sa sortie du gouvernement, inéluctable à court ou moyen terme, qui ébranlera LREM, voilà au moins une chose certaine.

 

 Qu'est ce qui explique ces conflits ? L'existence de lignes idéologiques contraires au sein de LREM ou des querelles d'ambitieux ? 

On voit bien que les situations diffèrent entre elles. Quand il s’agit de conflits en interne liés à un processus de désignation pour telle ou telle candidature officielle portant l’investiture de LREM ce qui motive le ou les conflits potentiels c’est le déception de n’avoir pas été retenu, la remise en cause du processus choisi alors que dès lors qu’on s’est présenté on l’a forcément cautionné, la malhonnêteté (ou plutôt la partialité) des arbitres sensés désigner tel ou tel… Cela peut aller jusqu’à la jalousie qui trouve dans la non-désignation matière à protéger ainsi un égo blessé… Donc ce n’est pas un conflit de lignes idéologiques qui prévaut réellement ici… Même si c’est, dans 90% des cas, ce qui va être évoqué étant entendu qu’il n’est jamais très glorieux de dire que l’on ne soutient pas un vainqueur qui vous a  surclassé parce que l’on est tout simplement vexé d’avoir été battu… Donc la différence de « ligne politique » ou de « sensibilité » est ici évoquée comme un « cache-sexe » à l’égo entamé… Querelles d’ambitieux assurément…

Dans le cas de Rugy la situation est autre. Ce qui prévaut ici c’est plutôt la bonne vieille lâcheté propre aux acteurs politiques. Qu’ils appartiennent soi-disant au « nouveau monde » (qui n’existe pas et est une pure construction idéologique et médiatique) ne change rien à l’affaire. En politique ce qui prévaut c’est une règle exactement inverse au célèbre couplet du « Chant des Partisans » : « Ami si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place ». Ici, à LREM comme ailleurs hier au PS, au RPR, à l’UDF et même à la grande époque au PCF, la règle d’or est celle-ci : « Ami (ou compagnon, camarade, collègue…) si tu tombes les copains sautent de joie à ta place et ignorent même jusqu’à ton nom…. ». La rime est moins bonne que les paroles émouvantes de Kessel et Druon mais elle a le mérite de décrire la réalité… En politique RIP ne veut pas dire « Repose en paix » en latin mais « Renvoyé immanquablement du pouvoir ».

 

Les stratégies du Président, du Premier ministre ou du parti (convocations pour François de Rugy, grand oral pour la Mairie de Paris) vous semblent-elles efficaces pour résoudre cette crise interne ?

 Ce sont des leurres et des procédures.  Elles donnent le change pour un temps ou de simuler la démocratie en son absence. Dans le cas de Rugy c’est un gain de temps pour éviter d’avoir à traiter l’affaire à chaud et donner le sentiment que les médias (en l’occurrence Médiapart) font et défont les ministres. C’est aussi une façon de se démarquer symboliquement de François Hollande qui, lui, n’hésitait pas à « débrancher » le « suspect » (cas d’Aquilino Morel) d’autant plus qu’il s’était bien fait « balader » et « enfumer » par un Jérôme Cahuzac qui a « tenu » trois mois en mentant effrontément à tout le monde… et devant tout le monde ! Dans le cas de l’investiture à la Mairie de Paris il faut être un génie mathématicien comme Cédric Villani pour avoir cru à la « pureté » du mécanisme de désignation… C’est presque « mignon » comme histoire.

Griveaux est un professionnel de la politique, formé aux équipe Strauss-Kahn il y a près de 15 ans maintenant. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si la bataille finale s’est jouée entre deux « titulaires » de la politique : Griveaux issu du PS et Renson issu des rangs chiraquiens. Les Municipales vont être l’occasion de retrouver en première ligne les acteurs grandis et éduqués en politique dans le « monde d’avant »… Les amateurs issus des cabinets de recrutement et des séances de casting qui ont prévalu pour choisir les candidats LREM aux législatives de 2017 vont être gentiment priés de laisser s’expliquer les « calibres » et de se mettre au second rang sur les photos de listes candidates aux municipales, histoire d’acquérir un peu de « bouteille politique » et de laisser la place aux vrais spécialistes des élections locales…  Comme Griveaux qui bien que jeune a déjà acquis tous les trucs nécessaires à un challenger municipal face à une sortante de poids, Anne Hidalgo, son ancienne camarade de parti, qui, elle soutenait alors Martine Aubry quand Sébastien Griveaux était aux côtés de DSK… Et quand se souvient du caractère exécrable des relations entre Aubry et Strauss, il va y avoir du sport du côté de l’Hôtel de Ville de Paris.

 

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