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Rentrée scolaire : mais pourquoi donc se priver des méthodes de tests qui permettraient de contrôler facilement les contaminations ?
©SEBASTIEN BOZON / AFP

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Rentrée scolaire : mais pourquoi donc se priver des méthodes de tests qui permettraient de contrôler facilement les contaminations ?

Avec la rentrée des classes, nombreux sont ceux à s'inquièter d'une hausse des contamination dans les établissements scolaires. L'intensification de la campagne de test pourrait-elle limiter les risques de contamination ?

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : La rentrée des classes est prévue ce jeudi. Beaucoup s’inquiètent des risques de contamination dans les établissements. Au printemps dernier le gouvernement avait annoncé le déploiement de tests dans les écoles qu’en a-t-il réellement été ? Qu’est-il prévu pour la rentrée sur ce plan ? 

Antoine Flahault : La France bénéficie d’une très forte couverture vaccinale de sa population adulte. Ou bien, les enfants de moins de 12 ans, ne sont pas vaccinés du tout ou bien, les 12-17 ans, sont vaccinés environ pour moitié d’entre eux. Cela place la rentrée au centre du risque de rebond épidémique cette année. Le variant Delta vient renforcer les inquiétudes puisque l’on peut voir, avec une couverture vaccinale très voisine de celle de la France, Israël faire face aujourd’hui à une vague d’une ampleur et d’une agressivité au moins équivalente aux précédentes vagues de l’hiver dernier. Or ce n’est pas à cause de l’inefficacité des vaccins, puisqu’ils restent efficaces contre le variant Delta pour prévenir les formes sévères (efficacité vaccinale estimée à 85% chez les plus de 50 ans et 92% chez les moins de 50 ans selon les dernières données israéliennes). C’est en réalité parce que le virus circule aujourd’hui massivement dans les classes d’âge les plus jeunes et les moins vaccinées de la société. Forts de ces leçons, la sécurisation des écoles devrait donc être la première priorité des gouvernements européens. Elle comporte quatre types de mesures qu’il convient d’associer : 1) la vaccination des plus de 12 ans et des adultes au contact avec les enfants ; 2) l’aération des locaux vérifiée par des capteurs de CO2 placés dans les salles de classe et les cantines (complété éventuellement par l’équipement en purificateurs d’air si les fenêtres ne peuvent pas s’ouvrir) ; 3) le port du masque en milieu intérieur dès le plus jeune âge, y compris dans les salles de sport fermées ; et 4) une politique de tests répétés et fréquents.

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Une réelle politique de test dès la rentrée pourrait-elle limiter les risques comme certaines études l’envisagent  ?  Quelles stratégies seraient les plus réalistes et efficaces pour détecter les cas positifs ?

La politique de tests répétés et fréquents à l’école se justifie par la forte contagiosité des personnes asymptomatiques vis-à-vis du COVID. Il se trouve que la moitié des cas de COVID sont contaminés par des personnes asymtomatiques (c’est-à-dire, des personnes infectées mais sans symptômes), ou pré-symptomatiques (c’est-à-dire avant l’apparition de leurs symptômes). Ceux sont, pour moitié, des gens qui n’ont aucun signe de COVID mais qui sont porteurs du virus qui nous contaminent. Parce que ces personnes ne cherchent pas à se protéger outre mesure puisqu’elles ne souffrent d’aucun symptôme évocateur de COVID, elles sont potentiellement plus contagieuses que les personnes symptomatiques qui s’isolent le plus souvent. En conduisant dans les écoles des tests répétés auprès des enfants, on détecte des élèves dès le stade asymptomatiques (ou pré-symptomatiques). L’éviction scolaire temporaire mais précoce des porteurs de virus permet alors d’éviter des flambées épidémiques dans les classes, avec leur lot de complications pour certains, de Covid longs pour d’autres, et de fermetures de classes pour tous.

Certains soulignent que les politiques de tests sont trop coûteuses et complexes à mettre en place dans les établissements. Est-ce le cas ? Des méthodes comme le pooling peuvent-elles permettre de faciliter le processus ? 

Les Luxembourgeois par exemple et d’autres ont mis en œuvre avec succès des méthodes de pooling. Cela consiste à mélanger les prélèvements de toute une classe et si l’une des classes se révèle positive, on cherche alors plus précisément dans chaque prélèvement lesquels sont positifs. C’est une méthode parcimonieuse puisqu’elle évite de gaspiller des tests inutilement : on ne fait qu’une seule PCR par classe, tant que la classe est négative. Cela est faisable si le virus circule peu dans la communauté. Bien évidemment si il y avait plusieurs cas par classe dans une même école, le pooling n’apporterait rien. Il existe aussi des tests rapides, individuels, sur prélèvement nasal qui ne sont pas très chers, et des tests PCR sur salive (que l’on peut aussi pooler). Il est clair que l’on ne devrait pas réaliser des tests répétés sur prélèvements naso-pharyngés chez des personnes sans symptômes, car ces prélèvements sont rapidement inconfortables voire parfois douloureux. Enfin, on peut aussi réaliser des tests sur les eaux usées provenant des écoles qui apportent des informations intéressantes sur la circulation virale dans l’école.

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