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Jacques Chirac, derrière Edouard Balladur, alors Premier ministre et François Mitterrand, président de la République, en avril 1995.
Jacques Chirac, derrière Edouard Balladur, alors Premier ministre et François Mitterrand, président de la République, en avril 1995.
©Charles Platiau / Reuters

Bonnet d'âne

Faudra-t-il remplacer les 500 signatures par le parrainage des agences de notation ?

La dégradation de la note de la dette française n'est pas tant la conséquence de la gestion de la crise que celle de 38 années de budgets déficitaires. Pourquoi ce jeu stérile du "à qui la faute" qui amène de fait à une soumission sans recul aux agences de notation ?

Philippe David

Philippe David

Philippe David est cadre dirigeant, travaillant à l'international.

Il a écrit trois livres politiques : "Il va falloir tout reconstruire", ouvrage qui expliquait le pourquoi du 21 avril,  "Journal intime d'une année de rupture", sorti en 2009 aux éditions de l'Ixcéa, qui retrace les deux premières années de présidence Sarkozy et  "De la rupture aux impostures", Editions du Banc d'Arguin (9 avril 2012). 

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La France vient de perdre officiellement son AAA. Ceci n’était qu’un secret de polichinelle, l’écart des taux d’emprunts entre la France et l’Allemagne depuis plusieurs mois avait validé, de fait, la perte par la France de la note maximale qui garantit des taux d’intérêts bas pour emprunter sur les marchés.

Ceci est d’autant moins une surprise que cela fait 38 ans que la France n’a pas eu le moindre budget en équilibre, le dernier excédent budgétaire ayant été voté sous le mandat de Georges Pompidou. Je vous parle donc d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…

Si les finances publiques sont en déficit depuis tant d’années, elles furent bien gérées sous le duo Giscard d’Estaing-Barre qui devait faire face à deux chocs pétroliers majeurs et qui n’a laissé derrière lui que peu de dettes eu égard à la situation de l’époque.

Tout a commencé à dégénérer sérieusement en 1981 lorsque la gauche est arrivée au pouvoir, les finances étant si bien gérées que le franc dut être dévalué trois fois en deux ans entre 1981 et 1983 lorsqu’il y eut le fameux tournant de la "rigueur".

Depuis, tout a été bon pour tenter de limites les dégâts quand des élections s’annonçaient périlleuses comme le budget 1993 que la gauche avait fait avec une prévision de croissance surréaliste de 3% et qui se solda par un déficit budgétaire de 315 milliards de Francs, ou pour tenter de se faire élire en multipliant les cadeaux comme le fit Edouard Balladur en 1995, année qui se solda par un déficit record à l’époque de 322 milliards de Francs.

Inutile de dire que tant la droite que la gauche ont une responsabilité écrasante dans la perte du AAA qui ne s’est pas jouée le vendredi 13 janvier mais qui est la conséquence de 38 années d’incompétence politique profonde.

La gauche dit par la bouche de François Hollande que "c’est la politique de Nicolas Sarkozy qui a été dégradée" alors que la gauche plurielle qui dirigea la France de 1997 à 2002 avec des taux de croissance record sur les quarante dernières années (entre 3 et 4%)  n’a pas été capable en cinq ans de faire le moindre budget en équilibre.

La droite dit que la perte du triple A est due à la gauche qui n’a pas voulu voter la "règle d’or" alors qu’elle ferait mieux de regarder les déficits budgétaires qu’elle a laissés, surtout depuis 2007, et avoir l’honnêteté de reconnaître qu’étant au pouvoir sans discontinuer depuis dix ans elle a bien évidemment une part de responsabilité énorme dans cette dégradation de la note de la France. Le slogan qui disait : "Hollande élu, nous perdrons le triple A et ce sera une catastrophe" a depuis été remplacé par : "on a perdu le triple A mais ce n’est pas grave, c’est la faute des socialistes".

Le propos le plus surréaliste est venu de François Fillon qui a suggéré à François Hollande dans le Journal du Dimanche "d’aller soumettre son programme à Standard and Poors’s". Inutile de dire que le Général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe, lui qui disait que "la politique de la France ne se fait pas à la corbeille" quand il entend une personne se réclamant du "gaullisme" demander à un candidat à la présidence de la république française d’aller soumettre son programme pour validation à une entreprise privée américaine !

François Fillon devrait d’ailleurs aller plus loin dans sa logique et carrément proposer qu’on remplace les 500 parrainages pour être candidat à la présidentielle par trois parrainages, le premier émanant de S&P, le second de Fitch et le troisième de Moody’s. C’est peut-être ça une démocratie moderne.

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