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En Ile-de-France, pour les Républicains, tout est désormais affaire pour eux d’arithmétique électorale.
En Ile-de-France, pour les Républicains, tout est désormais affaire pour eux d’arithmétique électorale.
©Reuters

Au-delà du périph

Régionales : les clés du scrutin dans une Ile-de-France à deux vitesses, résultat de 17 ans de gestion socialiste

En Ile-de-France, on le sait, le PS s’appuiera sur son éventuel sauvetage pour justifier la politique du gouvernement. Les électeurs FN, mais aussi ceux du FdG et les écologistes, se positionneront probablement sur ce choix. Quant aux Républicains, tout est désormais affaire pour eux d’arithmétique électorale.

Le second tour s’annonce incertain en Ile-de-France, où en dépit des affaires, des polémiques, et d’un évitement des débats politiques, Claude Bartolone peut encore espérer garder la région à gauche. Si l’Île-de-France reste à gauche, les élections régionales constitueront une victoire pour les socialistes ; victoire en demi-teinte certes, mais victoire quand même.

Il ne faut pas s’y tromper, si les deux régions où les Le Pen, tante et nièce, risquent de l’emporter dimanche prochain focalisent l’attention du champ médiatique, l’Ile-de-France en sa qualité de région capitale est la priorité des priorités pour le gouvernement socialiste. Si la droite après dix sept années passées dans l’opposition récupère le territoire cela accélèrerait la déliquescence du bloc de gauche francilien. Les départementales de mars dernier constituaient déjà l’an I de cette décrépitude électorale annoncée, dont les principaux bénéficiaires furent la droite républicaine et le Front National.

Néanmoins l’érosion du bloc de gauche francilien s’avère complexe à appréhender, et n’est en aucune manière réductible à une déroute du parti socialiste. Dans les huit départements constitutifs de l’Ile-de-France, Claude Bartolone enregistre en moyenne des résultats en ligne avec ceux de Jean-Paul Huchon, président sortant de l’exécutif régional. C’est en Val-d’Oise et en Seine-et-Marne que l’érosion électorale s’avère être la plus importante, puisque le président de l’Assemblée nationale, y perd respectivement 4 et 5% par rapport au score du candidat PS en 2010. De manière schématique on peut considérer que la distance à la capitale est une donnée permettant de rendre raison du déclin du PS dans les territoires périphériques. La gauche ne parle plus et ne représente plus toute une frange de l’électorat du périurbain, dont les préoccupations et les modes de vie sont de part en part antinomiques avec ceux des urbains.

Cette dualité territoriale grandissante, cette Ile-de-France à deux vitesses, qu’ont contribué à faire advenir les socialistes en dix sept années de gestion, fait désormais le lit du Front National.

Si le score de Wallerand de Saint Just en Ile-de-France peut sembler relativement décevant, au regard des succès des autres cadres frontistes, il n’en demeure pas moins qu’il réalise une percée considérable dans les territoires périphériques de la région. Plus 7% en Seine-et-Marne, plus 8% en Seine-Saint-Denis, plus 11% dans les Yvelines, plus 12% dans l’Essonne et plus de 13% dans le Val-d’Oise par rapport à la liste FN conduite en 2010 par Marie-Christine Arnautu. Indubitablement l’électorat se polarise, et les clivages qui structurent le territoire deviennent de plus en plus efficients et signifiants. La déroute des écologistes franciliens, avec des scores divisés par deux en moyenne dans l’ensemble des départements franciliens, tend à confirmer l’idée selon laquelle les problématiques essentielles (sécurité, chômage, identité, défense de la ruralité et mode de vie) prennent le pas sur celles appréhendées, pour l’heure, comme mineures (environnement, développement durable, économie sociale et solidaire).

Les électeurs, qui ne sont pas encore complètement désillusionnés par le processus électif, se déplacent donc non pas tant pour adresser un hypothétique vote sanction à l’exécutif régional et au gouvernement socialiste, mais plutôt pour défendre des biens, tant matériels qu’immatériels, qu’ils considèrent comme potentiellement menacés. Il ressort des résultats de ce premier tour que le parti socialiste n’apparaît plus pour eux comme un garant et un protecteur de leur statut social et de leurs modes de vie. S’il fallait un symbole de cette défiance et de ce rejet à l’égard du PS, le département du Val-d’Oise en offre un particulièrement saillant : alors que Jean-Paul Huchon y virait en tête au premier tour en 2010, Claude Bartolone échoue à la troisième marche du podium, derrière Wallerand de Saint Just et Valérie Pécresse.

Pour autant, si une certaine forme de défiance à l’égard des socialistes s’est manifestée dimanche dernier, une énièmecombinazione dont les socialistes ont le secret pourrait leur permettre de garder la main sur le territoire. Alors que leurs places dans le champ politique régional sont plus que jamais menacées au regard de leurs scores respectifs, les communistes et les écologistes, qui jadis ont fait montre d’une virulence certaine à l’égard du gouvernement semblent avoir remisé les pommes de discorde. Jadis éructant pour les uns contre le social-libéralisme, l’européisme, la soumission à Bruxelles du gouvernement socialiste, pour les autres contre l’état d’urgence, le non-respect des engagements sur la sortie du nucléaire, ils vont désormais comme un seul homme se ranger derrière la bannière de Claude Bartolone. Quand les places sont menacées, les antagonismes idéologiques prétendument irréductibles et irrémédiables peuvent aisément se résoudre. Et comme le parti communiste, est un allié qui de tout temps a été construit comme fréquentable et normal, la gauche plurielle a un réservoir de voix en Ile-de-France plus important que la droite républicaine.

Ayant fait l’union avec les centristes de l’UDI et du Modem, ainsi qu’avec le Parti Chrétien Démocrate, Valérie Pécresse, bien qu’elle réalise un bon premier tour, se retrouve pour sa part dénuée d’alliés naturels au second tour. En ne donnant aucune consigne de vote, les candidats de Debout la France ont choisi de ne pas abdiquer leurs idées pour quelques places au Conseil Régional. C’est un geste courageux et noble, qui contraste avec les compromissions inhérentes au bloc de gauche. Mais c’est un choix que l’on peut également remettre en cause, car l’écart idéologique entre Nicolas Dupont Aignan et Valérie Pécresse est loin d’être insurmontable. A l’aune des prérogatives dont jouissent les conseils régionaux, on peut douter que le clivage européen soit réellement impactant et signifiant. S’ils divergent sur la question européenne, Valérie Pécresse et Nicolas Dupont Aignan n’en proviennent pas moins de la même famille politique, du même substrat idéologique. En optant pour l’autisme, le leader de Debout la France n’en condamne pas moins son parti et ses électeurs à la marginalité, à l’absence de représentation politique régionale.

Alors que les succès du Front National viennent obstruer les perspectives de développement de son parti, à moins d’abdiquer son républicanisme et son gaullisme en rejoignant le FN, Dupont Aignan devra en profiter pour appréhender à nouveaux frais son positionnement dans le champ politique. Entre la droite républicaine et le Front National, il n’y a pas de place pour un parti souverainiste. C’est un fait que la sociologie politique, en revenant sur les échecs de Philippe de Villiers et de Charles Pasqua, a clairement démontré. Dans cette configuration, confronté à un Front National qui progressivement devient hégémonique sur le plan politique, et potentiellement hégémonique sur le plan des idées, le positionnement de Nicolas Dupont Aignan va vite devenir intenable.

En Île-de-France, en ne prenant pas position, il pourrait acter une victoire du bloc de gauche, et être le faiseur de roi paradoxal du second tour. Alors que les échecs de la gestion socialiste sont avérés, et sanctionnés par des électeurs qui se détournent des socialistes pour s’offrir au Front National, la droite républicaine a l’occasion d’enrayer cette spirale mortifère. Sera-t-elle en mesure dimanche prochain de triompher de la combinazione socialiste ? Tout reste à faire.

Mais en cas d’échec, l’histoire retiendra que c’est un républicain et un gaulliste qui a contribué à la victoire à court terme du bloc de gauche, et à la victoire à long terme du Front National. Car ce que les socialistes n’ont pas fait en dix-sept ans pour les territoires périphériques et périurbains de la région, en délaissant toute une frange de la population francilienne, ils ne le feront pas plus dans les cinq prochaines années. Ce qui devrait encore une fois faire les affaires du Front National, qui capitalisera à nouveau sur cette Ile-de-France à deux vitesses, disparate et inégalitaire.

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