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Réforme du collège : ces leçons concrètes de l'Antiquité que l'on ne pourra plus tirer une fois que les options d'enseignement du latin et du grec seront supprimées
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Réforme du collège : ces leçons concrètes de l'Antiquité que l'on ne pourra plus tirer une fois que les options d'enseignement du latin et du grec seront supprimées

La réforme du collège proposée par l'actuel gouvernement et les menaces qu'elle fait peser sur les Humanités sont incompréhensibles ! Lorsque nous rabotons ainsi l'enseignement des langues anciennes, sommes nous conscients de ce à quoi nous renonçons ? Cet essai est un plaidoyer pour les Humanités au service de l'humanité qui est en chacun de nous. Extrait de "Homère, Virgile, indignez-vous ! Pour sauver le grec et le latin", de Thierry Grillet, publié chez les éditions First (2/2).

Thierry  Grillet

Thierry Grillet

Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, Thierry Grillet est directeur de la Diffusion culturelle de la BNF. Il a été chroniqueur au Nouvel Observateur, journaliste à Libération et au Monde, puis dans un groupe de journaux européens (La Repubblica, El pais, The Independent et Süddeutsche Zeitung), producteur à France Culture, directeur éditorial du Centre Pompidou et maître de conférences à l'Institut d'études politiques de Paris.

 

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Ainsi l’étude du latin et du grec peut-elle permettre de comprendre que d’autres manières de penser ont eu cours et qu’elles ont réglé en profondeur les comportements et les représentations.

Cet aller-retour entre l’actualité et l’Antiquité peut aider, par exemple, à comprendre ce qui sépare et ce qui rapproche de ces temps. La démocratie athénienne, avec ses esclaves, ses exclus, n’est ainsi pas un modèle – tant s’en faut. La police morale dont Socrate fait les frais – lui qui est condamné à mort, accusé d’avoir « perverti la jeunesse »… tout cela est bien éloigné, heureusement, du fonctionnement de nos sociétés.

Mais la manière dont à Rome par exemple, on s’accommode de la multiplicité des peuples réunis dans une citoyenneté ou la manière dont on fait cohabiter tous les cultes ensemble, dieux égyptiens, romains, grecs, religion archaïque ou religion nouvelle, peut constituer une expérience de référence par rapport à laquelle on pourrait se situer. Cet appui arrière est d’autant plus précieux que nos sociétés, aux prises avec les intégrismes et les crispations identitaires, sont, la plupart du temps, le nez contre la vitre. Cette possibilité de « penser ailleurs », comme disait Montaigne, qui nous est offerte par les langues anciennes et qui fait cruellement défaut, devrait encourager au contraire à renforcer l’étude, et en profondeur, du latin et du grec. Dans cette perspective, les étymologies, qui fouillent les poches des mots, exercent toujours une certaine fascination.

Expliquer à quelqu’un que le mot anglais to procrastinate, ou le mot français « procrastination », n’est pas seulement le fait d’un paresseux, mais une construction d’une succession de mots latins qui signifient : « reporter » (pro) « à demain » (cras) ce qu’on pourrait faire aujourd’hui, est toujours un plaisir de l’étymologie amusante. Cette pratique est de tout temps. Il y a d’ailleurs un personnage emblématique de ce genre de curiosité : il s’agit, dans La Recherche du temps perdu, du docteur Brichot, universitaire cuistre et ridicule (dont le modèle, dans la vie réelle, est un professeur de civilisations anciennes à la Sorbonne), affecté d’une sorte de passion maladive pour l’étymologie. Il ne cesse ainsi, dans le salon des Verdurin, de casser les pieds à une congrégation de snobs en décortiquant tous les mots qui passent, à sa portée, dans la conversation… Vision peu flatteuse du goût de Proust pour l’épaisseur de temps enrobant les mots, permettant tour à tour, d’en lever le mystère ou au contraire d’y ajouter. Car les étymologies peuvent jouer dans les deux camps : celui d’un rationalisme démystificateur ou celui d’une rêverie poétique indéfinie.

Les mots des langues anciennes, arrêtés dans leur développement, portent, comme des pierres fossiles, les traces de leur histoire et du monde dans lequel ils sont apparus. Il est plus qu’utile, en effet, comme le répète l’argumentaire de défense du latin, de s’y intéresser comme auxiliaire de l’apprentissage de l’orthographe. Elle se déduit souvent de ces filiations. Pas automatiquement toutefois. Comme l’illustre le petit livre, à la fois érudit et amusant, que consacre le linguiste Bernard Cerquiligni, à l’accent circonflexe – L’Accent du souvenir – accent tombeau la plupart du temps d’une lettre « s » que le mot a fait tomber. Comme dans « hôte ».

Extrait de "Homère, Virgile, indignez-vous ! Pour sauver le grec et le latin", de Thierry Grillet, publié chez les éditions First, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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