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Réforme de l'école : les parents d'élèves sont-ils pires que les syndicats ?
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Réforme de l'école : les parents d'élèves sont-ils pires que les syndicats ?

Depuis son arrivée au ministère de l'Education, Vincent Peillon a fait de la réforme des rythmes scolaires l'une de ses priorités. Un débat auquel participent activement, parfois trop, les associations de parents d'élèves.

Jean-Rémi Girard

Jean-Rémi Girard

Jean-Rémi Girard est vice-président du SNALC-FGAF (Syndicat National des Lycées et Collèges). 

Il tient le blog sur l'Education nationale "Je Suis en retard" : http://celeblog.over-blog.com

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Atlantico : Les associations de parents d'élèves ne s'impliquent-elles pas trop dans les débats ? Leurs positions sont-elles productives ?

Jean-Rémi Girard : A mon sens, ces fédérations de parents d’élèves représentent un vrai souci car elles sont extrêmement peu représentatives à la fois de la diversité et des opinions majoritaires des parents. On constate que globalement, ce ne sont pas des personnes défavorisées qui se rattachent au mouvement mais des personnes issues de milieux favorisés, en sur-représentation.

Elles sont plutôt dans une position de défense d’idéologies finalement minoritaires et c’est ce message qu’elles font passer dans toutes les instances de notre pays. Les associations sont la voix des parents d’élèves mais ne représentent pas réellement l’avis de tous. J’ai un exemple très clair de ce contraste : la FCPE, première association de parents d’élèves en France. Elle demande la suppression des notes car elles ne feraient que frustrer les écoliers. Pourtant, 80 % des parents sont attachés à ces notes. Leurs positions rejoignent beaucoup celles de certains syndicats qui se qualifient eux-mêmes de réformistes ou de progressistes. Ce sont en quelques sortes des associations d’experts qui sont très déconnectés du terrain. De fait leurs propositions vont rarement dans l’intérêt du système éducatif…

Par exemple, cet été, il y a eu une grande concertation sur la refondation de l’école et, au cours d’un débat tout de même sérieux, censé apporter des propositions concrètes, le président de la FCPE a déclaré qu’"il n’y a pas de différences entre un enfant qui écrit sans commettre de faute d’orthographe – qui connaît donc les règles de la langue française - et un enfant qui sait utiliser un correcteur orthographique". Et cette personne, ayant pour charge la représentation des parents de France et de Navarre, vient apporter cette idée complètement absurde, idée que nos dirigeants entendent par conséquent. Je ne suis pas certain que tous les parents soient d’accord avec lui ! C’est un noyau de parents qui détient le discours transmis au ministère de l’Education.

Leur pression est-elle néfaste quant au travail des enseignants ? Est-ce qu'il ne sape pas l'autorité ?

Les interventions des associations de parents peuvent avoir des effets désastreux. On a beaucoup laissé les parents entrer dans les différentes instances, aussi bien au niveau du ministère qu’au niveau des établissements, que ce soit dans les conseils de discipline ou d’administration. Certains parents se croient tout permis. Ils ont l’impression que le système scolaire et les professeurs sont là pour répondre à leurs moindres désirs.

Le constat est là, il y a de plus en plus de rapports conflictuels entre parents et enseignants. Parfois le chef d’établissement lui-même est pris à partie. Cela peut aller jusqu’à l’agression physique, agressions qui ont déjà été trop nombreuses depuis le début de l’année scolaire. Ce sont des parents, pas nécessairement des parents impliqués dans une association, qui viennent s’en prendre violemment aux professeurs ou aux directeurs d’école. L’autorité du personnel est de moins en moins reconnue. Si les parents et les professeurs n’ont pas le même discours, l’élève se retrouve dans une position qui lui permet de nous liguer les uns contre les autres, de se jouer de nous. Ainsi, des parents en viennent à réclamer la suppression du zéro, la revue à la hausse des moyennes, la suppression des heures de colle, etc, plutôt que de conforter le professeur dans ses décisions.

Le pacte de confiance parents/enseignants est-il rompu ?

Non, bien heureusement il y a encore de nombreux parents avec lesquels il n’y a pas de difficultés de communication. Ceux-là viennent nous demander des conseils. Ils sont majoritaires. Mais il arrive en effet que des membres d’associations de parents d’élèves représentent une vraie nuisance, de par la pression qu’ils exercent, pouvant entraîner le dysfonctionnement global d’un établissement scolaire.

La réforme des risques scolaires semble provoquer de vives réactions au sein des associations de parents d'élèves. Ne prennent-ils pas l'école pour une garderie ?

Tous les parents n’ont pas les mêmes horaires, on ne peut pas généraliser. Le côté école/garderie est de plus en plus présent dans l’imaginaire des Français. On va parler par exemple de temps éducatif, plutôt que de temps scolaire. En effet, on inclut désormais les activités annexes telles que le sport, l’art ou tout simplement la récréation dans la journée à l’école et on considère donc le tout comme un ensemble. Les parents des catégories sociales défavorisées sont presque les derniers à croire en cette institution, et paradoxalement ce sont souvent eux les plus déçus car les moins écoutés, par manque de contact direct avec les professeurs. Etrangement, on entend beaucoup les parents mécontents, beaucoup moins ceux qui nous sont favorables.


Propos recueillis par Mathilde Cambour

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