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Réforme de l’audiovisuel : l’Etat est-il vraiment capable de construire un champion industriel du numérique à destination du jeune public ?
©Pixabay

Télévision

Réforme de l’audiovisuel : l’Etat est-il vraiment capable de construire un champion industriel du numérique à destination du jeune public ?

Parmi les mesures qui figurent dans la réforme de l'audiovisuel public, il est prévu de créer un "champion industriel du numérique" notamment pour répondre à l'enjeu des jeunes publics, a annoncé la ministre de la Culture. Un budget de 150 millions d’euros supplémentaires seront investis dans cette plateforme numérique d’ici 2022, pour développer les nouvelles offres en ligne. L’audiovisuel public peut-il vraiment rivaliser sur ce marché compétitif et est-ce son rôle ?

Olivier Babeau

Olivier Babeau

Olivier Babeau est essayiste et professeur à l’université de Bordeaux. Il s'intéresse aux dynamiques concurrentielles liées au numérique. Parmi ses publications:   Le management expliqué par l'art (2013, Ellipses), et La nouvelle ferme des animaux (éd. Les Belles Lettres, 2016), L'horreur politique (éd. Les Belles Lettres, 2017) et Eloge de l'hypocrisie d'Olivier Babeau (éd. du Cerf).

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Quel est le bien fondé ce cette plateforme numérique à destination du jeune public ?

Olivier Babeau : La nécessité de créer une plateforme numérique concernent tous les médias. Les modes de consommation et les usages les obligent à faire converger leurs contenus sur Internet et à crr des offres spécifiques. D’une manière générale, les nouvelles technologies, la baisse de l'audience et la concurrence de nouveaux éditeurs de contenus comme Netflix obligent le secteur public audiovisuel à repenser ses missions et sa place dans un marché hyper compétitif. Notamment pour des offres en direction du jeune public, qui a des habitudes de consommation spécifiques et qui s’est déjà éloigné des canaux classiques. Pour justifier son rôle, il doit être capable de proposer une offre vraiment différenciée et qualitative.  Comme l’écrivait Frédéric Bastiat, "il est raisonnable de ne confier à la fonction publique que ce que l’activité privée ne peut absolument pas accomplir".

En quoi l’audiovisuel public peut-il prétendre avoir encore un rôle à jouer ?

Ce rôle repose sur un paradoxe depuis toujours : éduquer et proposer une qualité propre au service public, tout en s’adressant au plus grand nombre. Jean Vilar l’a très bien résumé en disant que « l’audiovisuel public doit apporter aux gens ce qu’ils désirent confusément » tandis que les chaînes privées apportent aux gens « ce qu’ils demandent confusément ». C’est une autre exigence – et c’est un enjeu pour un public jeune-  mais c’est une ambition qu’il faut être capable d’atteindre. L’offre numérique se multiplie et un poids lourd  comme Netflix a déjà réussi à capter 3 millions de ménages sur les 25 millions que compte la France. Son offre à 11 euros par mois se rapproche du prix de la redevance annuelle obligatoire… Aujourd’hui, la question du financement de l’audiovisuel public se pose avec encore plus d’acuité face aux offres numériques. Avec un budget colossal de 4,5 milliards et 17 000 salariés, il  n’échappe pas aux lourdeurs et au manque d’agilité qui caractérisent les entreprises publiques en général… mais dans un secteur aussi compétitif, qui exige de la souplesse, de la créativité et de l’innovation, c’est un réel handicap. A moins d’une transformation profonde du modèle actuel, on voit mal comment  cette plateforme pourrait se différencier et avoir l’audace nécessaire pour remplir ses missions essentielles.

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