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La consommation française de carburants est en régression depuis 15 ans.
La consommation française de carburants est en régression depuis 15 ans.
©Reuters

Baisse dratisque

Réduire de 50% notre consommation d'énergie d'ici 2050, c'est possible... mais à quel prix ?

François Hollande a annoncé vendredi toute une série de mesures pour replacer l'écologie au centre de sa politique.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Si on examine la consommation française d’énergie en fonction des usages, on voit que le premier secteur est le résidentiel-tertiaire (44% du total), c’est-à-dire le chauffage des bâtiments et la consommation d’électricité. Les dépenses énergétiques de chauffage pourraient être diminuées de moitié, mais à condition d’y consacrer d’énormes efforts financiers pour améliorer l’isolation des bâtiments anciens, ces efforts devant être consentis par la collectivité car trop lourds pour des particuliers. Quant à la consommation d’électricité, globalement stable sur la dernière décennie, il faut distinguer celle de l’industrie, en baisse pour cause de tertiarisation de l’économie, de celle des particuliers et PME, en hausse pour cause de prolifération des équipements électroniques. Réduire la consommation d’électricité des ménages par deux est illusoire, sauf à prohiber les appareils électroniques.

Le second secteur est celui des transports (32% du total). La consommation française de carburants est déjà en régression depuis quinze ans, et particulièrement ces cinq dernières années en raison de la récession. Si on table sur un modèle de stagnation, voire de régression continue du PIB français, alors la consommation de carburants poursuivra sa chute. Pour aller encore plus loin, on peut toujours envisager d’augmenter massivement le prix des carburants, par exemple via la Contribution Climat-Énergie, voire d’interdire certains véhicules, ce qui impactera négativement la productivité française.

Enfin en troisième lieu on trouve l’industrie (21%). La consommation énergétique de ce secteur baisse régulièrement en raison de la désindustrialisation du pays. Là aussi, on peut envisager d’aller plus loin en accentuant ce mouvement. Bien entendu, il faudra alors revoir la mission de Arnaud Montebourg.

On voit donc que tout est possible si on le décide. Mais la vraie question est à quel prix ? La France doit-elle encore s’endetter pour atteindre cet objectif ? Doit-elle renoncer à son industrie ? Doit-elle diminuer son PIB et accepter de doubler son taux de chômage ? Dans quelles conditions entretiendra-t-elle ses chômeurs supplémentaires ?

La question sous-jacente est donc celle du modèle socio-économique que l’on associe à un tel objectif. Mais si la question est « peut-on réduire la consommation française d’énergie de 50% tout en maîtrisant la dette publique et en diminuant le chômage ? », la réponse est bien sûr négative. Cela ne s’est vu dans aucun pays et reste du domaine du fantasme.

Enfin, il faut aussi se demander pourquoi nous ferions ça. Pour diminuer nos émissions de gaz à effet de serre ? La France est déjà un faible émetteur grâce à son énergie nucléaire et représente à peine 1% des émissions mondiales : elle ne pourra donc pas influencer la courbe. Pour donner l’exemple au reste du monde ? Qui s’inspirera d’un pays qui émet peu, mais se trouve en faillite financière, ne produit plus rien et subit un taux de chômage de 25% ?

Il serait plus judicieux de se demander comment faire pour améliorer notre performance économique en conservant un niveau de consommation énergétique stable.

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