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Les rats ont des tumeurs grosses comme des balles de ping-pong.
Les rats ont des tumeurs grosses comme des balles de ping-pong.
©DR

La tumeur circule

Rats, cancers et OGM : terrifiant mais pas concluant scientifiquement

Le maïs transgénique augmente les risques de cancer et de mortalité chez le rat. Gilles Séralini, son auteur controversé, laisse croire que des risques existeraient aussi pour l'homme.

Sylvie Berthier

Sylvie Berthier

Sylvie Berthier chargée depuis dix ans, au sein de la Mission Agrobiosciences, de concevoir et d’animer des débats sur les tensions de l’alimentation, l’agriculture, les sciences et les techniques du vivant et la société.

Elle a publié Les OGM à l'épreuve des arguments (Quae éditions / 2011).

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Atlantico : Gilles-Eric Séralini a publié hier les résultats d’une étude scientifique dans laquelle lui et ses collègues prouvent que la consommation d’OGM chez les rats augmente les risques de cancers ainsi que le taux de mortalité. Il publie également un ouvrage intitulé « Tous cobayes » dans lequel il revient sur cette étude. Quelle valeur peut-on accorder à ces travaux ?

Sylvie Berthier : M. Séralini va toujours à contre courant de toutes les études qui sont publiées. Cela soulève des questions. En général, pour que les résultats d’une étude soient scientifiquement validés, il faut que d’autres études la confirment. Pour que la conclusion de cette étude soit validée, il faut donc que d’autres études obtiennent les mêmes résultats dans des conditions identiques avec des protocoles scientifiques identiques.

M.  Séralini reste très contesté, au sein de la communauté scientifique française en général et sans doute européenne. Est-ce qu’il a pour autant complètement tort ? Ce n’est pas sûr. Mais il faut admettre que dès lors qu’il publie quelque chose, il y a systématiquement une forme de suspicion.

Une autre étude scientifique avait déjà été menée sur des rats nourris avec des OGM transgéniques. Elle avait donné également des résultats dans lesquels des cancers étaient constatés. Il semblerait cependant que pour cette étude-là, la communauté scientifique avait majoritairement établit que les protocoles mis en œuvre n’étaient pas bons.

M. Séralini étudie les OGM en suivant les protocoles qui sont normalement appliqués à des médicaments et non pas à des aliments. Il part de l’hypothèse que, étant toxiques, il faut les tester comme tels. Ce n’est pas le cas des autres.

Cette publication et ses retombées médiatiques peuvent-elles avoir un impact sur le débat en lui-même ?

M. Sérélini fait manger du maïs à ses rats. Il faut bien ici faire la distinction : les humains ne sont pas amenés à manger de maïs transgénique. Aucun aliment transgénique n’existe dans notre alimentation. Ces aliments sont destinés aux animaux. On pourrait donc, à la limite, nous poser des questions sur l’alimentation des animaux d’élevage qui sont nourris depuis 12 ans, depuis l’arrêt des farines animales, avec des aliments transgéniques en provenance des Etats-Unis.

Peut-on voir une voie de conséquence dans les risques entre ce qui est mangé par l’animal, digéré par l’animal et le fait que l’homme le mange ? C’est débat au sein de la communauté scientifique. Beaucoup pensent que non, mais les discussions se poursuivent. Il faut dépassionner ce débat pour lu permettre de progresser.

Je doute que les travaux de M. Séralini ne fassent bouger les positions de la communauté scientifique dans son ensemble. L’expertise, aujourd’hui en France, a besoin de se poser des questions. Il faudrait que M. Séralini et ses collègues puissent se rencontrer, confronter les protocoles et discuter sereinement ensemble.

Les chercheurs plus modérés sur ce sujet parviennent-ils à s’exprimer ?

C’est en effet un problème : ce sont ceux qui font le plus de bruit qui se font entendre. L’opinion publique ne veut pas entendre que les OGM sont inoffensifs. Le Nouvel Obs ne pourrait pas titrer là-dessus. En revanche, dans le sens inverse, cela fait le buzz.

M. Séralini est-il isolé dans cette approche de l’étude des OGM ? Quelle part des scientifiques français est de son avis ?

Il n’y a pas encore de courant allant dans son sens mais un certain nombre de choses sont en train de bouger dans les laboratoires. Toxicoline, lié à l’INRA, évolue dans ce sens. L’INRA a longtemps été accusé d’être « à la botte du gouvernement ». C’est pourtant cet organisme qui a repéré les effets dangereux du bisphénol A sur l’homme, même en petite quantité.

On peut certainement reposer la question de l’expertise et des méthodes utilisées. M. Sérélini estime que le problème des OGM, aujourd’hui, c’est qu’ils ne sont pas pensés pour lutter contre les problèmes d’alimentation mondiale ou contre les intempéries mais pour soutenir le monopole de la firme Monsanto. Son combat est à la fois scientifique et idéologique.

Quel accès les décideurs politiques ont à ces informations, à ces réflexions ?

Il y a en général un vrai problème d’accès aux données, notamment ce qui a pu être fait au sein de Monsanto.

Les politiques ont besoin d’être éclairés par les scientifiques. En France, nous avons des agences qui sont chargées de répondre à cette demande. Les élus ne consultent pas directement des chercheurs, ils peuvent confier des études aux agences qui, elles, vont charger des panels de recherche d’enquêter. Là encore, il pourrait bien évidemment y avoir un certain nombre de débats sur le fonctionnement, mais il ne faut pas croire non plus que c’est archaïque.

Reste qu’à la fin, le politique est le seul décideur. C’est ce qu’avait fait Stéphane Le Foll en interdisant le Cruiser. Cela fait souvent râler les scientifiques qui multiplient les études car les politiques ne suivent pas toujours les résultats. A plusieurs reprises, les chercheurs ont estimé que les OGM ne comportaient pas de risques pour l’environnement. Les politiques ont malgré cela décidé de faire passer un moratoire.

Propos recueillis par Romain Mielcarek

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