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Rafik Smati : « Je veux libérer le génie français »
©DR Rafik Smati

Entretien

Rafik Smati : « Je veux libérer le génie français »

En 2017, il soutenait François Fillon. Mais cette année, il se lance. Entrepreneur depuis la fin de ses études et Président fondateur du parti Objectif France depuis 2014, Rafik Smati a annoncé le mois dernier qu’il était candidat à l’élection présidentielle.

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer

Nathalie MP Meyer est née en 1962. Elle est diplômée de l’ESSEC et a travaillé dans le secteur de la banque et l’assurance. Depuis 2015, elle tient Le Blog de Nathalie MP avec l’objectif de faire connaître le libéralisme et d’expliquer en quoi il constituerait une réponse adaptée aux problèmes actuels de la France aussi bien sur le plan des libertés individuelles que sur celui de la prospérité économique générale.
 
https://leblogdenathaliemp.com/

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Pour lui, le débat public actuel servi par les candidats classiques accentue les divisions sans apporter ni espoir ni vision d’avenir. D’où son projet pour la France, nourri par l’articulation bien comprise entre la créativité, la technologie, l’écologie, la fraternité et l’ordre retrouvé dans nos territoires et dans nos finances publiques. 

Alors, libéral, Rafik Smati ? D’une certaine façon, il s’en défend : « On nous a mis dans la case libérale mais c’est plus compliqué que cela. Comme le Macron de 2017, je crois au dépassement des clivages. Je défends la liberté économique mais sans les excès de l’ultralibéralisme. »

Il n’empêche que son constat, sans appel, est partagé par de nombreux libéraux : « Notre pays est shooté à la dépense publique, le syndrome grec nous menace. »

Ajoutez à cela un programme incluant la reprise en main du régalien, l’introduction d’une tranche de capitalisation dans le système de retraite, la possibilité de choisir son assurance maladie, une baisse des dépenses publiques de 130 milliards sur le quinquennat et une réduction nette des prélèvements obligatoires de 37 milliards – et les libéraux deviennent très intéressés.

Voici donc, chers lecteurs, la retranscription d’un entretien téléphonique que Rafik Smati a eu l’amabilité de m’accorder mercredi 16 février 2022. Mais pour commencer, petite notice biographique :

Rafik SmatiPrincipaux repères biographiques (sources : ici – ici – ici)

1975 : Naissance à Alger dans une famille dont le père est docteur en mathématiques.
1977 : Arrivée à La Défense (Hauts-de-Seine) alors qu’il a deux ans, son père ayant décidé de poursuivre ses recherches en France.

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1995-2008 : Élu local à Puteaux (Hauts-de-Seine) dans la majorité LR de Joëlle Ceccaldi-Raynaud.

1998 : Diplôme de l’ESC Bordeaux (actuelle Kedge Business School).
1999 : Mastère en Technologie et Management à Centrale Paris.

1998 : Dans la foulée de la révolution internet en cours, co-fondation de la startup Dromadaire, leader des cartes de vœux virtuelles. 
2000 : Turbulences entrepreneuriales consécutives à l’éclatement de la bulle internet.
Depuis 2008 : Création et Présidence direction générale du groupe Aventers, comprenant Dromadaire et la société d’impression en ligne pour particuliers et entreprises Ooprint. 

2014 : Lancement et présidence du mouvement politique Objectif France, Celui-ci se transforme en parti politique en 2018 et intègre en son sein le Parti libéral démocrate en 2019.
Présidentielle 2017 : Rafik Smati apporte son soutien à François Fillon pour son projet économique.
Janvier 2022 : Candidature à la Présidence de la République (Programme).

Nathalie MP (NMP) : Bonjour Rafik Smati, et merci beaucoup de consacrer un peu de votre temps à cet entretien. 

Vous donnez l’impression d’être entré dans la course présidentielle d’un seul coup, de façon presque inopinée, soudain décidé par les carences et les retours en arrière que vous observiez dans le débat public actuel. Mais l’on sait aussi que votre projet, vous le peaufinez depuis longtemps avec les équipes d’Objectif France. Il est très détaillé, car si je ne me trompe pas, il comprend 49 grands chapitres qui se déclinent eux-mêmes en plusieurs propositions. Pourriez-vous nous en donner la substantifique moelle en quelques phrases ?

Rafik Smati (RS) : Alors ce sera en trois phrases. D’abord renforcer l’État sur ses missions essentielles, celles qui lui donnent sa raison d’être, c’est-à-dire se protéger à l’extérieur des frontières et faire régner l’ordre à l’intérieur. Ensuite, et c’est un corollaire de cela, libérer le génie français de tous les verrous qui le paralysent, notamment l’inflation fiscale et normative qui empêche toute étincelle entrepreneuriale de grandir. Enfin, troisièmement, penser à la France de 2050, se réconcilier avec l’avenir pour prendre les bonnes décisions, dans un monde à l’évidence en pleine mutation technologique et géopolitique qui va changer notre rapport au travail, à la santé, aux transports, etc.

Dans ce cadre, la mère de toutes les batailles, c’est la réforme de l’action publique. L’État, qui a fait la nation française, n’est plus la solution, il est devenu le problème. Il crée une inertie qui pénalise tout le monde et qui a des conséquences dans tous les domaines. Je suis convaincu que les grandes révolutions technologiques, créatrices, du XXIè et du XXIIè siècle, le quantique, l’hydrogène, le métavers, etc. ne seront pas portées par l’État mais par des entreprises agiles et innovantes, capables de prendre des risques.

Quand l’État décide de lancer un concurrent de Google, ça s’appelle Quaero. C’était en 2006, sous la houlette de Chirac et Merkel. Ils ont financé ça à coup de dizaines de millions d’euros et ça s’est évidemment terminé par un flop. L’État n’est pas un entrepreneur. Il doit juste créer les conditions pour que les entrepreneurs puissent créer le monde de demain.

NMP : Parmi toutes vos propositions, celle de la refonte de notre système d’assurance maladie me semble particulièrement novatrice puisqu’il s’agit de mettre fin au monopole de la sécurité sociale. Comment cela va-t-il se passer et quels bénéfices en attendez-vous ?

RS : Ma boussole, c’est l’intérêt de mes compatriotes. La France était jadis l’un des pays du monde où l’on soignait le mieux. Or ce n’est plus le cas. C’est déjà révélateur. Quand on est dans un modèle de santé où les hôpitaux tombent en ruine, où il faut deux mois pour obtenir un rendez-vous pour une IRM, un délai de deux à trois jours pour consulter son généraliste, trois mois dans certaines régions pour voir un ophtalmo, et quand, cerise sur le gâteau, arrive une pandémie et qu’on est incapable de fournir des masques et des blouses aux soignants, c’est qu’il y a un problème.

D’un côté un hôpital qui s’effondre, des citoyens qui ont du mal à accéder aux soins, et d’un autre côté des personnels soignants mal payés et surmenés. Tout le monde est perdant malgré un budget de l’assurance maladie généreux. Mais au fil du temps, l’État a transformé le système de santé en un monstre bureaucratique extrêmement coûteux.

Donc moi, ma boussole, ce n’est pas de faire des économies pour faire des économies, c’est de faire en sorte que les Français soient bien soignés.

Comment y parvenir ? Je propose deux grandes mesures. Premièrement transformer les hôpitaux en entreprises publiques pour donner de la transparence et de l’autonomie dans leur gestion. Il va sans dire que dans cette éventualité, les Agences régionales de Santé (ARS), couche technocratique inutile, disparaissent. Et deuxièmement, permettre aux mutuelles et sociétés d’assurance maladie de jouer leur rôle d’assureur santé dès le premier euro, en concurrence avec la sécurité sociale.

Un contrat socle incluant un panier de soins essentiels remboursés à 100 % sera obligatoire pour toutes, mais il n’est plus question que les gabegies archi-connues telles que les cures thermales et les transports médicalisés non-urgents de personnes en bonne santé continuent à peser sur les impôts et les cotisations sociales de l’ensemble des citoyens. Qui veut sa cure de confort devra payer les primes correspondantes à son assureur.

La conséquence de cette mise en concurrence, de cette incitation à toujours aller vers l’excellence permettra à la fois de mieux rémunérer les personnels de santé, de faire des économies et d’améliorer la qualité des services médicaux rendus au public. Un tel modèle existe déjà, aux Pays-Bas par exemple, et il témoigne que notre modèle social sur-étatisé, dont nous nous imaginons bien à tort que le monde entier nous l’envie, est en fait un modèle concrètement antisocial qui génère de la précarité, de la pénurie et soigne mal les gens.

NMP : Votre projet d’introduire une dose de capitalisation dans le système de retraite et celui de laisser aux parents la faculté de choisir eux-mêmes l’établissement scolaire de leurs enfants à travers la mise en place d’un chèque éducation constitueraient aussi une véritable révolution culturelle et structurelle dans notre pays très étatisé…

RS : La liberté est pour moi la solution à une grande partie des maux que traverse notre pays. Elle n’est pas le problème, elle est la solution.

Dans le domaine éducatif, je considère par exemple que la carte scolaire crée des inégalités. Donc ma proposition consiste à la supprimer et à donner parallèlement plus d’autonomie aux chefs d’établissement. Ces derniers pourront alors former autour d’eux une équipe éducative motivée qui sera à même de développer, non pas des programmes propres car je garde la référence du programme national, mais des projets pédagogiques adaptés aux élèves qui fréquentent leur école. J’introduis également un chèque éducation pour les familles qui choisiront un établissement privé sous contrat avec l’État.

Concernant les retraites, réforme indispensable, j’envisage un système à trois étages : un premier étage de solidarité qui assurera à tout le monde 1 000 euros par mois, mais à partir de 65 ans, et qui sera financé par la CSG et non plus par les cotisations retraite (d’où impact positif sur les fiches de paie) ; un deuxième étage consistant en une retraite complémentaire collective obligatoire (avec mise en concurrence de plusieurs complémentaires) qui pourra reposer au choix sur de la répartition ou de la capitalisation ; et enfin un troisième étage de capitalisation souscrit de façon individuelle ou collectivement au sein de l’entreprise.

À mon sens, cette façon prudente de procéder permettra de montrer que la capitalisation n’est pas l’horreur absolue pour préparer sa retraite, mais au contraire une solution pour aboutir finalement à de meilleures prestations.

NMP : Un volet important de votre programme, en lien avec votre objectif de renforcer la présence régalienne de l’État, consiste à faire revenir de la sécurité et de la sérénité dans un certain nombre de quartiers particulièrement difficiles et inflammables. Quelques mots sur ce sujet ?

RS : En effet. Il s’agit d’un projet construit et piloté par le général de gendarmerie (2S) Bertrand Soubelet. Aujourd’hui, il est vice-président d’Objectif France et mon directeur de campagne. Mais il fut directeur des opérations de la gendarmerie nationale, c’est donc un vrai technicien, pas un technocrate.

Si vous vous souvenez, en 2013, il avait été auditionné à l’Assemblée nationale dans le cadre de la mission d’information « sur la lutte contre l’insécurité sur tout le territoire ». Il en avait dénoncé l’incohérence, mettant notamment en cause les failles de la politique pénale. François Hollande avait tellement peu apprécié ces quelques vérités venues du terrain que Bertrand Soubelet fut rapidement écarté de ses fonctions…

Donc nous avons un projet qui introduit un nouveau régime juridique, que nous avons dénommé « état de contrôle renforcé ». Il permet, pendant une durée limitée, d’investir un quartier devenu zone de non-droit avec une force de frappe de 1 000 à 1 500 personnes, composée de policiers, de gendarmes, de douaniers, de psychologues, de juges – tout cela sous l’autorité d’un général de gendarmerie et en cohésion avec les élus. Les problèmes seront traités en temps réel avec des comparutions immédiates la nuit s’il le faut.

Le programme est prêt, le calendrier et la géographie des interventions le sont également. Mais fondamentalement, nous pensons qu’après la première, puis la deuxième, puis la troisième action de ce type, le signal envoyé dans le pays sera extrêmement puissant et les mafias comprendront qu’elles ne seront plus en situation d’impunité dans notre pays. Cela changerait complètement la donne.

NMP : Vous ne pensez pas que la dépénalisation du cannabis pourrait avoir un effet positif sur le retour à la sécurité et permettrait aussi de vider quelque peu les prisons ?

RS : C’est un débat très intéressant. Mais pour moi, cette question est d’ordre sociétal, pas sécuritaire. Entamer une telle réforme avant d’avoir rétabli l’ordre apparaîtrait comme un aveu de faiblesse. Mon premier sujet, c’est de maintenir l’ordre et voir l’État de droit reprendre sa place sur tout le territoire. Une fois que cela sera fait, on pourra alors s’interroger sur la dépénalisation du cannabis. Mais je refuse d’y penser tant que l’ordre n’est pas rétabli.

Vous parliez de vider les prisons. Alors justement, sur la justice, je porte une nouvelle conception de la peine qui est extrêmement simple. Les atteintes à l’État et aux personnes, c’est direction la prison. En revanche, les atteintes aux biens, c’est à voir. Je préconise une peine qui frappe au portefeuille, car parfois la prison est presque un trophée pour certaines mafias. La prison ne sera envisagée qu’en dernier recours, par exemple si l’auteur de l’atteinte, une fois saisi de tous ses biens, est insolvable.

NMP : Vous disiez récemment dans Le Parisien que votre biographie était la preuve « qu’on peut s’appeler Rafik, réussir en affaires et être candidat à la présidentielle ». En quoi vos expériences d’enfant de l’immigration d’une part et d’entrepreneur du numérique d’autre part ont-elles nourri votre pensée politique ?

RS : Quand je parle d’économie, je parle en tant que praticien, en tant qu’entrepreneur, patron de PME. Je connais le succès, mais je connais aussi l’échec, le cauchemar des impayés, les appels du banquier et les périodes plus sombres de traversée du désert. 

De la même façon, quand je parle de cohésion nationale, je me souviens de l’enfant de l’immigration que je suis. Je suis arrivé en France à l’âge de deux ans, j’ai eu la chance de monter dans l’ascenseur républicain, l’ascenseur social. Cet ascenseur existe, j’en suis la preuve, mais aujourd’hui, il est tombé en panne. Et c’est notamment lié aux divers points que nous avons abordés précédemment sur l’inertie destructrice de l’État.

Ce qui me tient particulièrement à cœur, dans mon engagement politique, c’est que ma vie m’a amené à faire corps avec la France, avec ses racines, ses différentes racines. Antiques, celtes, chrétiennes, mais aussi calédoniennes, antillaises, guyanaises, parce que la France est un pays présent sur toutes les mers. La magie de notre pays, c’est que nous sommes une alchimie entre ces multiples racines qui ont créé notre singularité, notre culture, notre gastronomie de réputation mondiale, notre littérature immense. Qui dirait d’Alexandre Dumas qu’il n’est pas ancré au plus profond de nos racines, lui dont le père était un mulâtre de Saint-Domingue ?

Cette alchimie, nous devons la protéger, nous devons puiser notre énergie en elle. Pour autant, je ne veux pas être prisonnier du passé, prisonnier d’une France nostalgique qui n’existe plus. Je veux me servir de la puissance de nos deux mille ans d’histoire, je veux m’y appuyer pour embrasser l’avenir. L’objet de l’engagement politique, c’est d’être capable de faire le lien entre ce passé souvent glorieux et parfois tourmenté et le futur que l’on peut rendre exaltant tellement les perspectives sont immenses. 

C’est ce que j’appelle les racines et les ailes. Pas les racines ou les ailes ; les deux en même temps :

NMP : Votre mot de la fin ?

RS : Si nous voulons rassembler tous les Français par-delà leurs origines, leurs croyances religieuses, leur condition sociale, leur orientation sexuelle, ce n’est pas avec des incantations ou avec une baguette magique que nous y parviendrons. C’est en créant un projet d’avenir élevé, fédérateur, positif et exigeant dont chacun sera l’acteur. C’est en ramenant l’État dans le périmètre de ses missions essentielles et en libérant le génie français, ainsi que je le disais au début de l’entretien.

Nous avons en France de fabuleux ingénieurs, des mathématiciens et des chercheurs de renommée mondiale ainsi que de multiples créations d’entreprises. Or ces dernières ont du mal à s’épanouir et nos chercheurs s’expatrient pour poursuivre leurs recherches, handicapés qu’ils sont par les incuries étatiques et le principe de précaution inscrit dans la Constitution. Je pense notamment à notre récente lauréate du prix Nobel de chimie Emmanuelle Charpentier – et je ne m’y résigne pas.

Aujourd’hui, nous avons le devoir de favoriser les conditions économiques et d’inviter chacun à rejoindre l’épopée collective. C’est soit ça, soit le déclin et la fracture de la société.

NMP : Merci beaucoup, Rafik Smati, pour cet entretien passionnant qui donnera, j’en suis certaine, beaucoup de grain à moudre à mes lecteurs. Et bonne chance pour la suite !

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