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Marc Fiorentino : "Le candidat des marchés, c’est le candidat de l’Allemagne et le candidat de l’Allemagne, c’est Nicolas Sarkozy."
Marc Fiorentino : "Le candidat des marchés, c’est le candidat de l’Allemagne et le candidat de l’Allemagne, c’est Nicolas Sarkozy."
©Reuters

Leur préférence à eux

Sarkozy/ Hollande : quel est le candidat préféré des marchés financiers ?

Les attaques des candidats à la présidentielle (déclarés ou supposés) contre la finance en général, et les banques en particulier, vont bon train. Mais quel regard les marchés portent-ils sur les prétendants à l'Elysée ? Réponses de deux analystes financiers.

Driss  Lamrani et Marc Fiorentino

Driss Lamrani et Marc Fiorentino

Driss Lamrani a exercé pendant plus de 10 ans les métiers de banquier d'affaires, d'opérateur de marché sur les produits dérivés et d'analyste financier au sein de divers établissements bancaires. Il est actuellement consultant en gestion des risques pour les institutions financières, avec une spécialisation sur les compagnies d'assurance.

Marc Fiorentino a œuvré pour des banques d'affaires américaines en Europe durant seize ans, puis a créé sa propre société de Bourse, Euroland Finance, et en 2007, un site de conseil en investissement financier, Allofinance.com.

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" Le candidat des marchés, c’est le candidat de l’Allemagne,
et le candidat de l’Allemagne, c’est Nicolas Sarkozy "

Marc Fiorentino.

Marc Fiorentino : "L'analyse ne peut laisser de place au doute, on est aujourd'hui dans une démarche où les marchés financiers font confiance à l’Allemagne. Le tournant a eu lieu au moment où l’Allemagne a pris la gouvernance économique de la zone euro. A partir de cet instant, les marchés se sont tournés vers les choix de la Chancelière, et n'ont accordé leur confiance qu'aux leaders désignés du bout des lèvres par l’Allemagne.

Par exemple, quand Angela Merkel a adoubé Mario Monti, on a eu un reflux de la spéculation sur l’Italie. C’est une réalité. Les marchés ont donc donné une sorte de mandat à l’Allemagne, à la fois pour gérer la zone euro et désigner ses candidats. Angela Merkel n'a d'ailleurs pas manqué de le faire en Espagne, en Grèce, en Italie, et c'est quasi chose faite en France. Certes le candidat qu'elle soutient n'est pas encore réélu, mais le choix d'Angela Merkel est clairement arrêté.

Le candidat des marchés, c’est le candidat de l’Allemagne et le candidat de l’Allemagne, c’est Nicolas Sarkozy. Soyons clair, il n'est pas question d'appartenance partisane, puisque les marchés se moquent éperdument des candidats à la présidentielle française et de leurs programmes. Ce que les marchés veulent connaître, c'est LE candidat de l’Allemagne. Si elle disait que son candidat est Nicolas Dupont-Aignan, le chouchou des marchés ce serait lui !"



" François Hollande semble moins mal loti que
certains commentateurs veulent bien le faire croire "

Driss Lamrani.


Driss Lamrani : "A l’inverse des idées reçues, les marchés financiers ne préfèrent pas toujours les candidats conservateurs. Plusieurs illustres exemples peuvent être cités : Wall Street a soutenu Barack Obama, la City a soutenu Tony Blair. Nous pouvons aller jusqu’à dire que la finance pourrait voter pour François Hollande. Celle-ci semble lui accorder le bénéfice du doute. Elle semble du moins avoir perdu tout espoir dans la capacité du Président Nicolas Sarkozy à agir efficacement face à la crise économique actuelle, au vu des nombreuses erreurs dans la conduite des sommets de la zone euro.

Le 7 mai 2012 devrait être un jour comme les autres pour les marchés financiers, quelque soit le résultat de l’élection présidentiel. Cette prévision exclut le scénario où les français choisiraient Marine Le Pen comme présidente de la République française. Dans ce cas de figure, il est fort à parier que nous connaîtrions une forte défiance des opérateurs financiers vis-à-vis de la dette, des banques, et des entreprises françaises en préparation de la mise en œuvre de l’éclatement de la zone euro souhaitée par la candidate du Front National.

Dans les autres cas de figure, la finance devrait être insensible au résultat des élections présidentielles. Cependant, à y regarder de plus près, François Hollande semble moins mal loti que certains commentateurs veulent bien le faire croire.

L’inexpérience de M. Hollande n’est un problème que pour la droite française. Les marchés financiers ont appris à connaitre François Hollande depuis la primaire socialiste. Ceux-ci ont rapidement tourné la page dite de « l’inexpérience » issue du fait que le candidat socialiste n’a jamais occupé de poste ministériel par le passé. En effet, les marchés financiers se souviennent des excellents résultats de Tony Blair qui avant François Hollande, n’avait jamais occupé de poste ministériel avant de s’installer au 10 Downing Street. Sur ce point, le candidat socialiste et le future candidat UMP sont à égalité."

" Si Nicolas Sarkozy gagne les élections,
le travail engagé avec Angela Merkel pourra être poursuivi.

Si François Hollande est Président, tout ne sera pas permis ! "

Marc Fiorentino.


Marc Fiorentino : "Le choix de Nicolas Sarkozy par la Chancelière reste toutefois assez étonnant, puisqu'elle est réputée et connue pour sa prudence, mais là, elle n'hésite pas à se "mouiller" carrément. Car n'oublions pas que son candidat n'est pas en position de force dans les sondages d'intentions de vote. Parallèlement, cela signifie qu’elle se prépare d'ores et déjà aux conditions d’une instabilité très forte en Europe, post-élection présidentielle française. Mais encore une fois, s'il on en croit les sondages actuels, car rien n'est joué.

En définitive, Angela Merkel est une personnalité assez étonnante. Elle fait ses propres choix. Souvenons-nous qu'elle était très bas dans les sondages il y a un an, au moment où elle a pris le plus de décisions impopulaires. Aujourd’hui, elle est au plus haut dans les opinions favorables. Donc son souci ne porte ni sur les opinions ni sur les sondages.

La Chancelière privilégie certainement une approche des plus pragmatique, et préfère poursuivre le travail engagé avec quelqu'un avec qui elle a l'habitude de travailler, même s'il n'y a pas d'amour avec cette dernière... Il ne faut pas se leurrer, la personnalité de Nicolas Sarkozy n'est pas en phase avec le style d'Angela Merkel, mais cette dernière sait que leur collaboration peut fonctionner. Ce qui pourrait donc passer a priori pour une erreur stratégique de la part de la Chancelière, n'en est finalement pas une, mais un choix mûrement réfléchi.

Son positionnement est d'ailleurs à double entrée. Si Nicolas Sarkozy gagne les élections, le travail engagé pourra être poursuivi. Et en cas de victoire d'un autre candidat, le seul fait de s’être affichée comme soutien à Nicolas Sarkozy mettra quelque part la pression sur le futur Président. Pour être clair, elle a un double message très fort. Une fois son candidat désigné, les autres se savent d'office des alliés non naturels. Ce qui sous-entend qu'ils devront produire un effort, et que tout ne sera pas permis !"




" Les marchés donnent le bénéfice du doute à François Hollande,
et semblent estimer que Nicolas Sarkozy n’a pas été
à la hauteur des enjeux diplomatiques
"

Driss Lamrani.

Driss Lamrani : "La crise financière et économique actuelle est particulière. Sa particularité réside dans la concomitance de la réduction des dettes dans toutes les économies avancées. Cette juxtaposition de la réduction de la dette se traduit immanquablement par une « guerre » des devises où chaque État (à travers sa banque centrale) cherche à dévaluer au maximum sa monnaie (et sa dette extérieure par la même occasion).

Les États-Unis commencent d’ailleurs à expérimenter les bénéfices de cette dévaluation consécutive au gonflement du bilan de la FED. Malgré l’action de la BCE, qui adopte la même stratégie que la FED ou la PBOC, la crise de la zone euro devra passer par la constitution d’une zone économique et monétaire optimale. Une telle constitution sera le résultat d’un traité européen.

Il existe aujourd’hui un fort consensus sur le fait que le traité européen qui vient d’être signé n’est pas suffisant pour créer les conditions à la stabilisation de la zone euro et donner naissance à cette zone optimale. Ce traité devra, par conséquent, être renégocié (complété et revu), et ce quelque soit le prochain président de la République. Cette réalité est d’ailleurs partagée par nos partenaires allemands. La presse allemande fait l’écho des déclarations des partis socialistes et écologistes qui souhaitent renégocier le traité qui a été mis en œuvre dans une grande précipitation, afin d'appliquer les éléments nécessaires pour la création d’une zone économique et monétaire optimale.

Mais une telle négociation nécessite un échange entre égaux. La France et l’Allemagne devront être tous les deux à la manœuvre lors de la rédaction de ce « nouveau traité ». Cependant, force est de constater, la France n’est plus qu’un side-car accroché au pilote allemand, comme l’indiquait l’hebdomadaire « The Economist ».

En effet, la France n’a pas tenu une seule fois les propositions qu’elles souhaitaient défendre lors des sommets européens. Ni le président de la République ni le ministre des Finances Français n’ont défendu la position française plus de 24 heures. Citons quelques exemples :

  • La France souhaitait faire du FESF (Fonds européen de stabilité financière) une banque, cette proposition a été retirée avant même le début du sommet sous la pression allemande ;
  •  La France souhaitait mettre en œuvre un agenda clair pour l’émission des Eurobonds, sa demande n’a pas été écoutée par l’Allemagne, et la France a dû retirer cette proposition rapidement ;
  • La France souhaitait la mise en place du Quantitative Easing (assouplissement de la politique monétaire), nous avons obtenu des solutions qui participent plus à l’inflation des prix des actifs qu’à la relance de la machine du crédit.

Les erreurs stratégiques de la diplomatie française sont tellement nombreuses que les opérateurs financiers semblent considérer que l’équipe gouvernementale actuelle n’a pas été à la hauteur des enjeux des négociations diplomatiques pour construire la zone euro, et la sortir du marasme dans lequel elle se bat depuis 2010.

Est-ce que François Hollande sera un Franklin Roosevelt ou un Winston Churchill français qui donnera naissance avec la future équipe dirigeante en Allemagne à une zone monétaire optimale ? Les marchés financiers semblent lui accorder le bénéfice du doute. Ils semblent par contre avoir renoncé à croire que Nicolas Sarkozy puisse rétablir la voix de la France dans le jeu diplomatique-financier."


" Si François Hollande était élu,
les marchés chercheraient des "brèches"

pour s'adonner à la spéculation, et faire de l'argent "

Marc Fiorentino.

Marc Fiorentino : "A moyen terme, si François Hollande était élu, les marchés chercheraient des "brèches". Le fait est qu'aujourd'hui, l’Allemagne a colmaté toutes ces brèches à court terme. A long terme, elle vient malheureusement d'en ouvrir une nouvelle : en désignant Nicolas Sarkozy comme son candidat de prédilection. Ainsi, elle signale en réalité que si ce n’est pas lui qui est élu, elle ne soutiendra pas le Président français dans les premiers temps. Pour les marchés, et en particulier les spéculateurs, c’est un signal extraordinairement fort, une opportunité unique de faire de l'argent. Et François Hollande n'arrange rien en déclarant que "son ennemi, c'est la finance". Il cède à une logique pré-électorale populiste, et c'est là son erreur.

N'oublions pas que quand Angela Merkel s'est positionnée contre Silvio Berlusconi, les marchés se sont défoulés contre l’Italie. Il ne s’agissait pas d’antipathie particulière vis-à-vis de Silvio Berlusconi, mais simplement d'une prise en considération par les marchés du désamour allemand pour l'Italie. En clair, les marchés font la lecture suivante : si Angela Merkel s'oppose à Silvio Berlusconi, c'est que l'Allemagne ne fera rien pour porter secours à l'Italie tant que le gouvernement de Silvio Berlusconi restera en place, et qu'il ne fait donc pas bon acheter de l'émission obligataire italienne. Quand Mario Monti est arrivé, la tempête financière s'est "miraculeusement" apaisée. S'il en va de même avec François Hollande, la France doit s'attendre irrémédiablement à un retournement des marchés contre elle.

Force est de reconnaître qu'il n'est pas question de mener un combat idéologique, mais bel et bien de s'adonner à la spéculation à des fins lucratives. Bref, une opportunité de gagner beaucoup d'argent."

" Les déclarations de François Hollande sont moins néfastes
pour la finance française, que l’adoption dans la précipitation
d’une taxe sur les transactions financières
"

Driss Lamrani.


Driss Lamrani : "Certains commentaires semblent s’inquiéter de l’impact des déclarations de François Hollande lors de son discours au Bourget. Il faut raison garder, les marchés financiers ne sont pas constitués d’agents occultes d’un prétendu complot mondial dont le but est le maintien de privilèges. Ceux-ci savent que le salut des économies développées face aux dettes abyssales passera par un triptyque : rigueur de gestion, relance de la croissance, et mise en place des nouvelles règles du jeu plus efficaces (règlementations financières).

Les déclarations de François Hollande lors de la réunion du Bourget sont moins néfastes pour la finance française que l’adoption, dans la précipitation, de la part du gouvernement actuel, d’une taxe sur les transactions financières. En mettant de coté l’intérêt électoraliste pour l’actuel président de la République (et le futur candidat), la mise en place d’une taxe non concertée avec nos partenaires européens présente plus de pertes que de bénéfices. En effet, lorsque la montant d’impôt issue de cette nouvelle taxe ne devrait pas dépasser 1 milliard d'euro, la place financière parisienne pourrait connaitre une importante délocalisation des emplois financiers vers la Grande Bretagne (qui disposera dorénavant de la seule place financière internationale sur le continent européen).

A l’inverse, les réformes proposées par François Hollande sont toutes partagées par d’autres pays développés, telles que les États-Unis ou la Grande-Bretagne qui les mettent d’ores et déjà en œuvre (séparation des banques de dépôt, interdiction de la spéculation pour compte propre…). Ces déclarations sont toutes anticipées. Quelque soit le prochain Président de la République, les marchés financiers s’attendent à un durcissement de la régulation financière. Sur cet élément, François Hollande et Nicolas Sarkozy sont à égalité aux yeux des marchés financiers."

Propos recueillis par Franck Michel

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