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Le Secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, a dévoilé la composition du nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne, ce vendredi 20 mai.
Le Secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, a dévoilé la composition du nouveau gouvernement d'Elisabeth Borne, ce vendredi 20 mai.
©Ludovic MARIN / AFP

Remaniement

Quelles nouveautés gouvernementales pour le « quinquennat nouveau » ?

Entre continuité de la ligne économique et pièges sociétaux, la nomination du nouveau gouvernement démontre les qualités tactiques d’Emmanuel Macron.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Le premier élément que l'on constate en regardant la liste des membres du gouvernement dit « d'Élisabeth Borne », mais très clairement d'Emmanuel Macron, est la montée en puissance de cette jeune garde macroniste qui s'est formée en partie dans les gouvernements du premier quinquennat (Amélie de Montchalin, Gabriel Attal, Agnès Pannier-Runacher, Clément Beaune), mais aussi au sein du parti  présidentiel devenu Renaissance (Stanislas Guérini), ou sur les bancs de l'Assemblée nationale (Yaël Braun-Pivet). Autant d’individualités sur lesquelles le président de la République sait pouvoir compter quoi qu'il advienne.

Le second élément est la confirmation, parfois à leur poste, des « prises de guerre » venues de la droite libérale, ce qui contribue à faire travailler un peu plus la poutre chez les Républicains. Bruno Le Maire notamment, s'imposant comme le second personnage de l'État à Bercy, pourra bientôt penser à 2027 en se rasant, quand Gérald Darmanin est maintenu à l'Intérieur, que Sébastien Lecornu monte en grade en passant des Outre-mers au ministère des Armées, que Frank Riester devient ministre délégué chargé du Commerce extérieur, et que même le dernier venu, Damien Abad - qui n'avait pas de mots assez durs pour stigmatiser il y a quelques semaines le ralliement d'Éric Woerth -, se voit attribuer un ministère.

Gouvernement de droite ? Les choses sont en effet moins évidentes pour les alliés venus de la gauche : on trouve bien d’anciens socialistes, mais ils ne sont pas présents dans les principaux ministères - alors que même le MoDem obtient avec Marc Fesneau l'Agriculture. Rien non plus dans les grands équilibres quant à une éventuelle approche plus sociale, ou sur une dimension environnementale que n’incarnent que très imparfaitement Amélie de Montchalin (Transition écologique) ou Agnès Pannier-Runacher (Transition énergétique).

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Restaient deux domaines privilégiés par une gauche qui les tient en main depuis des décennies, la Culture et l'Éducation nationale. À la Culture, c’est une conseillère du Président, Rima Abdul Malak, qui prend le ministère après avoir chapeauté Roselyne Bachelot. Entre sonpassage dans l'humanitaire, avec Clowns sans frontières, et son travail auprès de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, nous sommes très clairement ici dans cette approche festivo-progressiste de la culture honnie par la droite et adulée par la gauche.

À l'Éducation nationale, le choc est plus grand encore. Le ministère a été en effet été dirigé pendant tout le premier quinquennat par un Jean-Michel Blanquer qui, d'une part, connaissait son fonctionnement sur le bout des doigts, et, d'autre part, était clairement partisan de cette méritocratie républicaine qui ne vise jamais qu’à donner les mêmes chances à tous. Or le voici remplacé par Pap Ndiaye, qui ne connaît pas le ministère, et dont les travaux comme les rapports qu'il a pu faire (sur le fonctionnement de l’Opéra de Paris par exemple) vont tous dans le même sens, visant à introduire en France cette communautarisation qu'il a pu étudier aux États-Unis et dont il importe les méthodes.

Vus dans leur ensemble, ces choix d’Emmanuel Macron démontrent donc que ses priorités n’ont pas changé : il y aura poursuite, et même accélération, des choix économiques et politiques qui sont les siens, entre mondialisation financiarisée et fédéralisme de l'Union européenne. Il y a d’ailleurs veillé dans le détail : en ce qui concerne par exemple le rapport à l'Union européenne, Catherine Colonna, ministre « de l'Europe et des Affaires étrangères », s’est vue adjoindre comme ministre délégué le très fidèle et très europhile Clément Beaune, plus spécifiquement chargé de l'Europe. Il y aura donc continuation de la politique menée, et ce toujours sous la direction du Président : Emmanuel Macron a ainsi choisi certains directeurs de cabinet des ministres, qui auront dès lors vocation à maintenir un lien direct avec ses conseillers à l'Élysée qui, s'ils ne se substituent pas aux ministres, en surveillent très précisément l'action.

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Quant à la nomination de ces personnalités plus surprenantes, sinon plus clivantes, à la Culture et à l’Éducation, elle aura trois effets. Le premier va être de déstabiliser la gauche, et ce de deux manières. Sur le plan idéologique d’abord, car nul doute à le lire que le nouveau ministre de l'Éducation nationale soit tout aussi préoccupé que Jean-Luc Mélenchon de la « créolisation » de notre société. Mais, au-delà, elle déstabilisera la gauche en s’attaquant à ses soutiens. On sait en effet que la Nouvelle union populaire s'affiche volontiers communautariste, et qu'elle a obtenu pour cela, lors des dernières élections présidentielles, le soutien de certains groupes. Or Emmanuel Macron montre ici à leurs représentants qu'ils ont avec lui une possibilité d'ascension plus rapide - et l’on sait tout ce qu’un tel discours a fait pour les ralliements de la droite.

Le deuxième avantage de ces nominations va être de faire réagir une certaine droite dite extrême, pour laquelle l'éducation et la culture sont des marqueurs forts de ce qu’elle estime être une « civilisation » ou une « identité nationale ». Gageons que certaines réactions permettront de l’enfermer un peu plus dans un ghetto marginalisé par l'accusation de racisme - sans lui apporter grand chose en termes de voix aux prochaines élections, tant le thème du pouvoir d’achat semble avoir pris l’ascendant sur tous les autres.

En ce sens, ces nominations surprise ne sont pas des concessions faites à la gauche, mais bien des affirmations par l’équipe présidentielle de sa maîtrise du jeu politique. D’une part, les polémiques qui pourraient en naître pourraient permettre d’occuper encore une partie du temps précédant les élections législatives, un temps qu’Emmanuel Macron a déjà magistralement réussi à découper en séquences médiatiques : semaine 1 : le Président élu ; semaine 2 : l’alliance à gauche ; semaine 3 : l’attente du Premier ministre ; semaine 4 : l’attente du gouvernement. D’autre part, elles éviteront de voir le débat de se cristalliser sur l’économique, et permettront au Président de jouer à nouveau le rôle de père de la nation, protégeant et rassemblant tous ses enfants non pas dans un « roman national », dont il ne restera bientôt plus rien, mais derrière son projet de meilleur des mondes progressiste, creuset sans doute d’un « peuple nouveau »… mis au service d’intérêts de toujours.

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