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Déloyal !

Quelle politique économique pour sortir du cercle vicieux qui asphyxie l'Europe ?

Et s'il fallait, avant de penser à la relance par l'offre ou la demande, penser à nous protéger de la concurrence déloyale des pays émergents. Ainsi qu'à réformer la BCE et le fonctionnement de la zone euro. (Partie 1/4)

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser

Jean-Luc Schaffhauser, Consultant international est Président de l’Académie européenne, ancien Délégué Général du Fonds Capec, Secrétaire Général du Forum démocratique qui vient de de se constituer en France et qui regroupe des intellectuels de gauche et de droite ainsi que des responsables de la société civile.

Il est également député européen du Rassemblement bleu Marine. 

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La rigueur doit accompagner la relance. On avait même parlé de "Rilance" dans la bouche d’un ministre qui avait ses lucidités mais malheureusement peu de suite dans cette idée, sans doute par manque d’idées sur le comment ! Ce ministre s’était aussi permis de rappeler, dans la foulée, à nos amis allemands, que leurs excédents font nos déficits pour souligner soit la coopération nécessaire du créancier avec son débiteur, soit les limites d’un tel système non coopératif. Il s’agissait sans doute par l’ambiguïté de la formule de souligner l’ambiguïté de la relation franco-allemande !

La rigueur fut promue avec la règle d’or, la relance fut remise à plus tard ! La France avait déjà le premier déficit budgétaire ainsi que le premier déficit commercial en montant de la zone euro. Avec ses stabilisateurs sociaux, elle disposait, en outre, d’un programme d’investissement d’avenir financé par l’emprunt : que pouvait-on demander de mieux !

Quand on parlait relance, on pensait surtout à des dépenses publiques supplémentaires, des dépenses de l’Etat, ce type de relance connaît les limites intrinsèques à la dépense publique, chez nous déjà très ou trop élevée.

Il était pourtant, il est toujours, logique d’accompagner la nécessaire rigueur – on ne peut dépenser plus qu’on ne produit – de l’obligation de nouvelles productions et donc d’une croissance obtenue par des investissements d’offres (capital développement) ou des investissements d’infrastructures rentables (économies d’énergie, ferroutage, accès à la propriété pour les classes moyennes par des programme publics de réquisition de terrain et de maisons vendues à leur prix coûtant, agriculture biologique) si nous voulons effectivement équilibrer les comptes du pays en produisant plus mais aussi pour satisfaire la vaste demande insatisfaite de biens indispensables –se loger, se chauffer, manger des produits sains. Il s’agit certes de dépenses supplémentaires mais aussi, ne l’oublions pas, d’investissements qui génèrent leur propre remboursement, à plus ou moins long terme !

Cette relance par l’offre –que nous distinguons d’une relance par la dépense publique qui creuserait les déficits – n’est pas opposée au pouvoir d’achat des classes moyennes, bien au contraire. Ce pouvoir d’achat est nécessaire à la demande qui va avec l’offre. Il serait, en effet, vain de vouloir faire une offre supplémentaire dans un marché intérieur déprimé (70% de la demande) ou si tous les pays européens pratiquent la même rigueur avec une demande européenne déprimée (90% de la demande).

Nous proposions dans ce sens une TVA à 25% répartie équitablement entre pouvoir d’achat et compétitivité mais qui était – in fine – bénéfique aux salariés en termes de pouvoir d’achat, compte tenu que les loyers ne sont pas soumis à la TVA et que la TVA réduite était élargie à tous les biens de première nécessité. Le pouvoir d’achat des retraités était certes diminué par la TVA mais c’était un choix que nous assumions car jamais les retraités dans toute l’histoire des retraites – décile par décile – n’ont eu un revenu aussi élevé, par unité de consommation, comparé à celui des actifs.

La politique de la demande, combinée à la politique de l’offre, exigeait également et exige toujours actuellement - comme nous l’avons maintes fois écrit sur ce site - le rétablissement de la concurrence, actuellement non libre et faussée, avec les pays émergents. A quoi bon susciter une offre supplémentaire, si le marché est d’emblée pris par les pays émergents avec et par leur concurrence déloyale. Aucun industriel – même patriote – n’investira dans un marché ouvert à la concurrence déloyale car il est sûr de perdre son investissement.

Nous proposions de mettre fin aux manipulations monétaires des pays émergents en établissant des droits de douane aux frontière de l’Europe. Il faut un minimum de 60% de droits de douane avec la Chine pour rétablir le cours sous-évalué de sa monnaie.

 

Mais il s’agissait aussi d’en finir avec la concurrence uniquement par le prix – également par des droits de douane – si, derrière le prix le moins cher, il y a l’exploitation d’une main-d’œuvre embrigadée dans un système totalitaire, le refus des normes sociales et environnementales et -in fine - par cette concurrence déloyale et faussée - la perte de tous nos savoir-faire et de notre souveraineté. Si on s’en tient aux prix, demain toutes les productions essentielles à notre indépendance seront chinoises : nucléaire, TGV, automobile, aéronautique. Qu’aurons-nous à donner en échanges ? Nos musées et notre gastronomie ! Quel homme politique, digne de ce nom, peut-il programmer l’appauvrissement de son peuple avec la servitude en plus ! La question de la protection est fondamentale à l’économie et à la politique. Le président-candidat l’a bien compris. Certains diront un peu tardivement mais mieux vaut tard que jamais !

L’innovation –sans la protection à nos frontières– est insuffisante pour maintenir nos productions présentes et futures sur place. D’abord, elle sous-entend que nous serions un peuple supérieur et que les autres peuples ne seraient pas capables d’innovation alors qu’ils investissement plus que nous – aujourd’hui  – dans l’avenir. Mais surtout avec des savoir-faire partis, délocalisés, il est vain de vouloir innover dans un laboratoire comme un professeur nimbus. Une délocalisation, c’est un savoir-faire qui part mais c’est aussi et surtout une innovation future qui s’en va avec le produit.

Les Allemands l’ont bien compris, ils délocalisent moins que les Français en ayant choisi de monter en gamme et de garder leurs centres de recherche sur leur territoire. Ce qui ne leur permet pas, toutefois, de faire face à la concurrence des émergents mais leur donne la possibilité de prendre des parts de marché supplémentaires dans l’Union où ils font 85% de leurs excédents commerciaux ! N’oublions pas que l’Allemagne, petit pays – de l’ordre de 20 x moins, comparativement à la Chine – a les mêmes excédents commerciaux que la Chine même si les statistiques chinoises prêtent à confusion car Hong-Kong est mise à part…

Tout cela relève du bon sens, un bon sens qui se retrouve avec l’économie, science sociale et humaine. La bonne gestion a donc pour finalité l’homme avec ses besoins, la demande qui va avec l’offre.

Ces besoins humains ont été ignorés par ceux qui ont rédigé le Traité de Lisbonne au profit de théories économiques comme celles du marché autorégulateur ou de la lutte contre l’inflation pour parvenir à la croissance et supprimer le chômage – théories devenues des absolus alors qu’il ne s’agit que de théories discutables qu’il faut appliquer pragmatiquement selon le contexte. Ces théories furent instrumentalisées en outre au profit du capital financier comme nous l’avons montré dans un article expliquant comment la finance a pris le contrôle de la société.

 

 

 

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