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©MEHDI FEDOUACH / AFP

La ruée vers l'Ouest

Quel impact des canicules sur l’immobilier ?

Les canicules de plus en plus fréquentes pourraient inciter les Français à acheter des maisons avec jardin, à l'écart des centres-villes. Un phénomène favorisé également par la pandémie de coronavirus.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico.fr : L'augmentation de la fréquence des épisodes caniculaires sur notre territoire aura-t-il un impact sur le marché immobilier ?

Philippe Crevel : Les nouveaux épisodes caniculaires de l’année 2020 interviennent en pleine épidémie de coronavirus. Ce télescopage pourrait inciter des ménages à déménager. La recherche de balcons, de jardins, d’espaces verts pourrait entraîner des départs des hypercentres où le prix du mètre carré a atteint, ces dernières années, des sommets. Si cette allégation a été fréquemment avancée depuis le mois de mars, il convient de souligner que le choix d’un logement répond à de multiples facteurs : travail, services, commerces, établissements d’enseignement pour les enfants, loisirs, etc. Le coût du logement est évidemment un des premiers facteurs dans le choix. La multiplication des épisodes caniculaires devrait se traduire par une demande soutenue en faveur des logements bien isolés et disposant de la climatisation ; les passoires énergétiques sont aussi des passoires climatiques. Des logements adaptés aux fortes températures devraient bénéficier d’une meilleure valorisation que dans le passé d’autant plus que le gouvernement entend imposer de nouvelles règles comme l’interdiction d’installer des chaudières au fioul. Les logements sous les toits comme en rez-de-chaussée sans ventilation naturelle seront évidemment pénalisés mais c’est déjà le cas.

Les Français devraient se montrer plus sourcilleux concernant la qualité de construction et l’exposition des logements. Il convient de souligner qu’une exposition plein nord génère quelques désagréments durant l’hiver.

Assisterons-nous à un déplacement vers l'ouest et la Bretagne et une chute des transactions dans quelques régions ?

Le déplacement de la population vers la façade océane a déjà commencé. Les Français tendent à se rapprocher de la mer et de plus en plus en privilégiant l’ouest. Ce choix n’est pas dicté que par des considérations climatiques. Sur le plan économique, la région des Pays de la Loire est une des plus dynamiques de France. Ces dernières années, il y a eu également une mode pour la Bretagne ou pour la Nouvelle Aquitaine. Nantes, Rennes, Brest ou Bordeaux ont connu un essor démographique important. Or, Bordeaux est une ville où les températures peuvent être très élevées. La montée des prix et de l’insécurité dans cette ville semble entraîner une pause dans la demande de biens immobiliers. La Bretagne s’est, en vingt ans, construit une image – nature, climat tempéré, qualité de vie - qui lui permet d’être aujourd’hui appréciée. Ce n’était pas le cas il y a cinquante ans. Le département des Côtes du Nord a été contraint de changer de nom en devenant les Côtes d’Armor afin d’être plus attractif. Le Sud de la France qui des années 60 aux années 90 a bénéficié d’importants apports de population est depuis quelque temps plus à la peine. Est-ce la crainte des canicules ou celles liées à la suburbanisation et à l’insécurité ? La ville de Nice perd depuis quelques années des habitants. En revanche, la Corse continue à connaître une forte progression de sa population. Les régions du Nord et de l’Est perdent des habitants pour de raisons plus économiques que climatiques. La Normandie pâtit d’une situation économique difficile.

Certains types de population seront-elles plus à la même d'être affectées par les différentes crises que nous subissons ?

Les Français ne seront pas tous à la même enseigne face à l’augmentation des températures. Vivre dans un immeuble des années 1970 mal isolé en pleine ville n’est pas comparable à disposer d’une maison avec un petit jardin. C’est une évidence. Les ménages à revenus modestes seront plus exposés au risque caniculaire. Il en sera de même pour les habitants des grandes villes. Il y a similitude entre ce risque et celui généré par le coronavirus. Ceux qui en auront les moyens auront tendance à privilégier des villes à taille humaine avec des espaces verts. Cela fait actuellement le succès d’Angers ou de Tours. Le développement du télétravail pourrait faciliter cet exode climatique et sanitaire, même si une très grande majorité des Français devront rester dans leur logement actuel pour des raisons professionnelles ou de coûts. Malgré tout, les plus de 45 ans ont tendance à fuir le cœur des grandes agglomérations. Ce phénomène s’amplifie à la liquidation des droits à la retraite. Cette tendance ne peut que s’accélérer.

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