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Les centristes se retrouvent dans une position délicate avec la probable victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre.
Les centristes se retrouvent dans une position délicate avec la probable victoire de François Fillon à la primaire de la droite et du centre.
©Reuters

Pas glorieux

Quel avenir pour les centristes aux législatives avec un François Fillon qui n’a plus vraiment besoin d’eux ?

L'UDI comme le MoDem ont misé sur Alain Juppé et se sont rangés derrière lui, persuadés qu'il gagnerait la primaire. A l'issue du premier tour, tout portait à croire que François Fillon allait l'emporter, pourtant. Une situation susceptible d'ouvrir la voie à une candidature Bayrou mais qui, dans l'absolu, ne favorise pas forcément le centre.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, spécialiste de la vie politique française. Il s’est aussi spécialisé dans l’analyse localisée de la politique. Il dirige une collection aux éditions « Le Bord de l’Eau » intitulée : « Territoires du politique ». Prochain livre à paraître : « Entretiens avec Jacques Valade » (octobre 2021). Officier des Palmes académiques, il est, par ailleurs, membre associé de l’Académie nationale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.  

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Atlantico : Dans quelle situation les élus centristes se sont-ils retrouvés après les résultats du premier tour de la primaire dimanche dernier, alors qu'ils étaient plutôt favorables à Alain Juppé ? Est-ce qu'il y aurait pu avoir une reconsidération de leur stratégie ?

Jean Petaux : Dans la situation du loup du dessin animé de Tex Avery qui, se retrouvant au-dessus du vide, continu de faire semblant de courir et de bouger ses pattes avant de se rendre compte soudain qu’il va tomber dans le ravin… Autrement dit si vous misez sur un cheval et que celui-ci connait un vrai "coup de moins bien" en abordant la dernière ligne droite d’Auteuil, vous commencez à vous dire que votre pari sur la tête de ce cheval risque bien d’être un investissement à fonds perdus… Quant à la question de savoir si les centristes auraient pu (ou dû) revoir leur stratégie, elle appelle deux réponses : l’une théorique, l’autre pratique. La première option consiste à considérer que les centristes (encore faut-il savoir ce que l’on entend par ce terme et ce pluriel) auraient eu intérêt à se tenir à distance de la primaire et à ne pas soutenir tel ou tel candidat pour ne pas se trouver en quelque sorte "victimes collatérales" de la défaite de "leur" champion. Cette réponse est théorique parce qu’on voit bien qu’il n’était guère possible pour les centristes de se tenir "au-dessus de la mêlée". L’autre réponse pratique, ou plutôt, dictée par un principe de réalité, est très simple : la pluralité des candidats potentiels représentant le centre (J.C. Lagarde, H. Morin, F. Bayrou, etc.) ne rendait guère envisageable une candidature centriste unique à la primaire. Quant à la présence de candidats centristes aux législatives, la structure même des formations politiques centristes les oblige à passer des accords avec le parti Les Républicains. 

Aujourd'hui, c'est la question des législatives qui peut se poser pour eux, alors que François Fillon est en position de force. Non seulement le centre n'a pas présenté de candidat, mais celui sur lequel ils comptaient pour obtenir la meilleur majorité possible ne semble pas en mesure de l'emporter au second tour. Comment cet avantage pourrait-il se matérialiser dans les négociations à venir entre un Fillon vainqueur et le centre ?

Dans les 577 circonscriptions françaises, métropolitaines, ultra-marines et celles des représentants des Français de l’étranger, nécessité fera loi. Autrement dit dans les territoires électoraux, les candidats de la droite, fillonistes par exemple, devront négocier avec les centristes. Et surtout les états-majors départementaux et nationaux des différents partis politiques de la droite et du centre devront composer entre eux en se partageant les candidatures respectives dans toutes les circonscriptions. François Fillon, dans l’hypothèse où il sortirait vainqueur du second tour, risque d’être confronté à une vraie difficulté. Si François Bayrou décide de se présenter à la présidentielle (il n’a pas encore pris sa décision tant la surprise de la présence de Fillon au second tour, en situation de l’emporter l’a touché lui aussi), sa candidature destinée à recueillir les voix centristes privera le candidat de la "droite et du centre" d’un potentiel de voix. Il faudra donc que Fillon veille, dans les négociations avec l’UDI pour les législatives, (ou du MODEM) à bien traiter les candidats de ces formations en termes de candidatures dans des circonscriptions "gagnables" pour les arrimer à sa majorité présidentielle et les "couper" de la candidature (de diversion) de François Bayrou et l’isoler véritablement de sa base électorale traditionnelle.

Jeudi 24 novembre, 215 parlementaires de droite et du centre ont signé une tribune dans laquelle ils déplorent les attaques contre François Fillon de la part du camp Juppé. Une alliance en vue de la présidentielle vous semble-t-elle possible, et pertinente pour les deux camps ?

Au cours du débat entre les deux "finalistes" de la primaire de la droite et du centre, ce soir, François Fillon a évoqué cet appel des parlementaires. On se souvient que c’est celui qui, parmi tous les candidats, était en mesure de présenter le plus grand nombre de soutiens parlementaires, avant même le premier tour. Il a rappelé cet appel pour répondre à Alain Juppé sur la critique que ce dernier lui fait d’être trop proche de l’extrême-droite.

Souvenons-nous aussi que ce second tour de la primaire de la droite, le 27 novembre 2016 est, d’une certaine façon, le match retour du premier tour de l’élection présidentielle de 1995 et du très "célèbre" (et ravageur) duel Chirac-Balladur. En 1995 ce sont bien au sein même du RPR que les deux "lignes" se sont affrontées, celle de Balladur bénéficiant du soutien de l’UDF d’alors. En 2016, c’est au sein de LR que Juppé et Fillon sont en concurrence. Mais il y a cette fois une configuration inversée par rapport à 1995 : Juppé soutenait Chirac en 1995 et Fillon soutenait Balladur. L’UDF soutenait Balladur en 1995 et ce qui correspond aux restes de l’UDF (le MODEM et l’UDI) soutient Juppé désormais contre Fillon… Ce "chiasme politique", ce croisement des soutiens et des positions est une des particularités de la situation de 2016. Et le fait que le grand favori de la campagne du premier tour de la primaire (Juppé) se trouve en situation potentielle d’être le grand battu du second tour, tout comme l’a été Balladur, donné vainqueur jusqu’en mars 1995 contre Chirac et finalement devancé par ce dernier au soir du 1er tour n’est pas, non plus, la moindre des surprises… Et des analogies… En 1995 le vainqueur, Chirac (avec Alain Juppé comme premier ministre à partir du mois de mai) a refusé le "pardon du plus fort" et a presque renvoyé les "Balladuriens" dans les mines de sel, ne conservant au gouvernement que quelques soutiens de Balladur dont d’ailleurs (et c’est à noter là aussi) Bayrou (maintenu à l’Education) et… Fillon (passant de l’Enseignement supérieur, 1993 à 1995, à la Poste et aux Télécommunications et à l’Espace de 1995 à 1997), ministre donc dans le gouvernement Juppé, comme ce dernier, un peu vachardement l’a rappelé ce soir au cours du débat. Reste à savoir si Fillon, éventuel président de la République élu en mai 2017, sera aussi "dur" à l’égard de ses concurrents que le fut Chirac. A entendre certaines ou certains soutiens de Juppé s’exprimer depuis dimanche soir on a le sentiment que celles-là et ceux-là commencent à donner des gages, à envoyer des "signaux faibles" au candidat Fillon pour lui montrer qu’ils sont "Fillon-compatibles" et tout à fait à même de travailler avec lui, en cas de victoire. Quitte à prendre, déjà, leurs distances avec Alain Juppé. Avant même qu’il ne soit définitivement battu. Si ces "transfuges" potentiels ne le font pas plus clairement, c’est qu’ils n’excluent pas totalement que l’ordre des finalistes s’inverse dimanche soir prochain… Et que Juppé l’emporte !

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