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Que vaut le pari du gouvernement de miser sur l’opposition à “la poussée nationaliste” ?
©PHILIPPE LOPEZ / AFP

Stratégie électorale

Que vaut le pari du gouvernement de miser sur l’opposition à “la poussée nationaliste” ?

La stratégie du gouvernement d'opposer "nationalistes" contre "progressistes" pour la prochaine campagne des élections européennes permettrait de rejouer le match de l'élection présidentielle de 2017. Mais cette stratégie sera-t-elle payante ?

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Dans un entretien donné en janvier, Nathalie Loiseau – potentielle tête de liste de LREM - affirmait que l'opposition  entre nationalistes et pro-européens était l'enjeu de la prochaine campagne pour les élections européennes. Est-ce  réellement le cas ? Les Français se situent-ils dans cette même appréciation des enjeux  ?

Jérôme Fourquet : Pour des scrutins comme les européennes, nous avons plusieurs thématiques, néanmoins, il faut bien animer la campagne et poser un cadre. On comprend bien pourquoi LREM persiste et signe sur cette opposition entre les progressistes et les nationalistes puisque cela consiste à décliner cette opposition en France dans un affrontement ou une course de vitesse entre LREM et le Rassemblement national. L'idée est de réitérer l'opération de la présidentielle de 2017 en faisant d'Emmanuel Macron et de sa liste le rempart de la lutte contre le populisme qui menace le continent européen. Cela peut donc avoir une certaine justification, sachant que dans d'autres pays européens ces formations là vont faire des bons scores. C'est donc un message envoyé à l'électorat français qui consiste à demander aux électeurs de faire barrage et donc de rejouer en partie le second tour de la présidentielle. Cela a aussi du sens dans la mesure ou d'après les sondages réalisés actuellement, on s'achemine vers un match en première division entre précisément le RN et LREM puisque les autres partis sont relégués très loin derrière alors que les deux premiers sont à plus de 20%. Cela peut donc aussi, tactiquement, avoir du sens, de poser cela comme cadre général sachant que les deux principales listes se réfèrent à ce clivage là. Cela a une certaine cohérence. Maintenant, on voit bien que gauche et droite, bien qu'affaiblies n'ont pas disparu et ce clivage continue d'être structurant pour pas mal de Français. Le clivage entre progressistes et nationalistes ne saurait donc épuiser la totalité du débat. 

Quels sont les grands enjeux européens pour les Français aujourd'hui ?

Certains de ces enjeux peuvent entrer, au moins en partie, dans l'opposition entre progressistes et nationalistes. Notamment en ce qui concerne la question migratoire parce qu'il y a une forte attente de l'opinion publique sur ces questions là et on voit bien que les deux alternatives proposent des recettes qui sont assez sensiblement différentes. Idem concernant la question du mécano institutionnel en Europe. La question, dans le sillage du mouvement des Gilets jaunes, serait d'avoir des instances qui soient un peu plus démocratiques. Là aussi, entre les progressistes et les nationalistes, on va observer des approches différentes. Cependant, d'autres sujets vont également intéresser les Français, on le voit par exemple avec les mobilisations avec les jeunes, c'est la question du défi écologique. On voit dans les sondages que la liste EELV est créditée de près de 10%, il se passe donc déjà quelquechose. Or, cette sensibilité écologique ne rentre pas automatiquement et mécaniquement dans le clivage entre progressistes et nationalistes. On place cette thématique plus facilement dans le camp progressiste mais on voit par exemple que Yannick Jadot considère que cela n'est pas son sujet. 
On voit donc que cette grille de lecture ne suffit pas forcément à épuiser le champ politique, mais en prenant un second niveau de lecture, celui de l'acteur politique, et là, on voit très bien que Nathalie Loiseau décline les éléments de langage qui ont été transmis et qu'elle vise à installer un matche entre LREM et le RN pour occulter toutes les autres sensibilités politiques qui pourraient venir un petit peu perturber cet agencement. 

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