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Que vaut le dernier Jason Bourne avec Matt Damon ?
©Allociné / Universal Pictures International France

THE DAILY BEAST

Que vaut le dernier Jason Bourne avec Matt Damon ?

Le cinquième film de la série "Bourne", en salles le 10 août, réunit à nouveau Matt Damon et le réalisateur Paul Greengrass, et y ajoute Alicia Wikander, le tout aux quatre coins du monde.

Jen Yamato

Jen Yamato

Jen Yamato est journaliste au Daily Beast. Elle couvre les sujets de la rubrique "divertissement".

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Par Jen Yamato Copyright The Daily Beast (traduction Gilles Klein)

Jusqu'à ce jour, le super-espion Jason Bourne a traversé quelques incroyables complots gouvernementaux, dans une série de films au  scénario relativement simple : un tueur amnésique se réveille au milieu de nulle part, en se demandant d'où lui vient son instinct de tueur implacable.

Mais dans Jason Bourne, le quatrième film joué par Matt Damon, dans le rôle d'un agent des opérations spéciales doté d'une conscience, l'ambiance des films d'espionnage de Robert Ludlum qui ont inspiré la série se rapproche dangereusement de notre inquiétante réalité.

Les films basculent-ils dans une angoisse fataliste, ou bien est-ce la vie qui imite l'art tout simplement, parce que la fin des temps devient de plus en plus inévitable ?

Jason Bourne réunit Paul Greengrass, le réalisateur deBourne Supremacy (2004, La Mort dans la peau) et Bourne Ultimatum (2007, La Vengeance dans la peau) avec Damon, après que la série ait brièvement flirté avec Jeremy Renner, génétiquement amélioré dans Bourne Legacy en 2012 (L'Héritage ou La Peur dans la peau). Le temps les a bien servis. L'esthétique agressive et les mouvements de caméra saccadés des précédents films  tournés par Greengrass s'est adoucie, heureusement pour nous.

Ici, le réalisateur, qui a travaillé avec le monteur Christopher Rouse et Damon, renvoie finalement cette série d'événements dans une atmosphère de complot gouvernemental à ses origines : qui est Jason Bourne ?

Quand le film commence, la première question est : qui est donc Nicky Parson ? L'ancienne analyste de la société Tredstone a ouvert les yeux face aux sombres manigances d'un programme pour lequel elle avait travaillé. Maintenant elle travaille avec un pistolet et un arsenal de cyberpirate, bien décidée à révéler les programmes secrets moralement douteux du gouvernement, au nom de la transparence et de la justice. Pendant que Bourne se complait dans la clandestinité, c'est Julia Stiles, dans le rôle de Parson, qui fait démarrer le film, neuf ans après que nous ayons fait sa connaissance.

Poussée par sa métamorphose, Nicky devient une sorte d'Edward Snowden. Avec des fichiers volés, elle compte rendre public ce qu'elle a découvert du passé de Bourne. Il a été hanté par des flashbacks de la vie qui a précédé son métier d'assassin. L'heure est donc venue de tenter de le faire sortir de l'ombre pour la première fois. Ils décident donc de se rencontrer là où les gens de la CIA auront du mal à les dénicher : au milieu d'une émeute anti-gouvernementale dans le parc Syntagma, au coeur d'Athènes.

La séquence est remarquablement orchestrée. Un rendez-vous au milieu du chaos, alors que des agents américains infiltrés sur place et des hommes de la CIA à Washington, suivent les événements : Bourne et Nicky tentent de traverser les rues sombres d'Athènes, alors que la tension entre policiers et manifestants bascule dans la violence. Les cocktails Molotov volent, les policiers en tenue anti-émeute repoussent les foules en colère. Greengrass capture magistralement ce jeu de chat et de souris, avec très peu de dialogues, montrant le cheminement des différents intervenants au moment où ils se téléscopent, renvoyant Bourne à sa mission dont il revèle les commanditaires.

C'est par pure coîncidence que cette séquence évoque des manifestations américaines et les médias saturés d'images de policiers quasi militarisés face à des citoyens pour qui "Black Lives Matter" (Les vies des Noirs ont aussi une valeur). Dans Jason Bourne, l'insurrection citoyenne contre un gouvernement devient un sujet à part entière dans un monde en pleine effervescence, où le seul endroit sûr pour ce couple d'espions est l'oeil du cyclone.

Greengrass ajoute une autre piste au réalisme de la saga de Bourne au milieu de notre époque. Une star de la Silicon Valley, Aaron Kalloor (Riz Ahmed) s'apprête à lancer son dernier réseau social dans le monde entier. Mais il a un énorme problème : le patron de la CIA (Tommy Lee Jones) qui a subventionné secrètement sa première start-up, veut ramasser sa mise. Kalloor fait face à la dette qu'il a envers son pays. Faut-il oublier la défense des libertés individuelles pour protéger la sécurité nationale ?

Bien sûr, cela fait beaucoup. Le défunt Robert Ludlum, mort en 2001, lancait ses bestsellers à un rythme insensé. Il approuverait donc que le Bourne de 2016 affronte les géants de l'univers high-tech, et les agents d'un état autoritaire, replongé dans l'univers de l'espionnage contre son gré. Pour y arriver, Bourne découvre certains problèmes de son père. Ainsi, au moins, le film donne à Jason Bourne l'occasion d'affronter de nouveaux adversaires qui ont leur propre agenda, complexe.

L'un d'entre eux, un collègue assassin (Vincent Cassel) chasse Bourne pour le compte de la CIA, dévoilant un autre programme secret de supersoldats du gouvernement. Lui et Bourne s'affrontent brutalement, leur destinée sont issue du même moule, en détruisant le principal boulevard de Las Vegas dans une scène étonnante. Face à Vincent Cassel, Bourne est dans un combat philosphique qui n'a d'égal que celui qu'il a déja connu face à Clive Owen, un autre combattant de l'ombre, dans la campagne française.

Le nouvel adversaire le plus menaçant est, toutefois, une ambitieuse agent de la CIA, Heather Lee (Alicia Vikander). Comme tous les méchants ambigus, la protégée de Devey ressemble à un fantôme sorti du passé. C'est une Nicky Parsons plus jeune, une alliée de l'intérieur, qui est impliquée dans le cas de Bourne alors qu'elle est aux limites de la mission définie par l'agence. Le film en profite pour jouer sur une note familière - le combat de Bourne pour renouer avec ses origines, et pour trouver ceux qui l'ont asservi - et Vikander lui vole la première place.

A la fin, ce n'est pas tant le voyage mouvementé de Bourne et les dommages qu'il provoque en tant qu'homme agissant pour secouer les régimes qui menacent la vie et la liberté des autres. Ce sont plutôt ces échos de l'actualité qui prennent le dessus, bien au delà de l'intention des auteurs. La dernière poursuite automobile orchestrée par Greengrass est la séquence la plus destructrice dans cette "Sin City" (ville du pêché) depuis le film Con Air. Quelques heures avant que je regarde les innombrables destructions provoquées sur le plus célèbre boulevard de Las Vegas à la poursuite de Vincent Cassel au volant d'un camion blindé, un terroriste a foncé au volant d'un camion au milieu de la foule, faisant des centaines de blessés à Nice, et tuant 84 personnes.

Il n'y a pas d'avertissement. Dans le monde réel, il y a de nouvelles horreurs innattendues chaque jour.

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