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Quand Mitterrand avoue : "Voyez-vous, monsieur le Premier ministre, je me sens plus proche du Chirac de 1975 que du Chirac de 1986"
©Reuters

Bonnes feuilles

Quand Mitterrand avoue : "Voyez-vous, monsieur le Premier ministre, je me sens plus proche du Chirac de 1975 que du Chirac de 1986"

Une reconstitution de la carrière de l'ancien président et maire de Paris, que le journaliste et biographe a rencontré à plusieurs reprises. Extrait de "Chirac une vie" de Franz-Olivier Giesbert aux éditions Flammarion 1/2

Franz-Olivier Giesbert

Franz-Olivier Giesbert est journalistebiographe, présentateur de télévision et romancier.

Il est depuis l'année 2000 à la tête de l’hebdomadaire Le Point.

 

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Culturellement aussi, Mitterrand et Chirac peuvent se comprendre. Le président a une prédilection pour les romans, français de préférence. Il en emporte partout. Il pignoche quelques pages dans l'avion ou dans sa voiture, entre deux inaugurations. Le Premier ministre, lui, n'aime pas les romans. Il n'en a pas ouvert un depuis fort longtemps. Il se délecte surtout de livres d'art. Mais les deux hommes partagent la même passion pour la poésie. Qui a dit qu'elle est, avec la politique, une façon d'utiliser au mieux la folie ?

Ce sont ainsi les deux politiciens les plus frottés de poésie qui, avec de la cohabitation, se retrouvent ensemble. Ils vénèrent tous deux Saint-John Perse qu'ils placent plus haut que tout et dont il leur arrive de se réciter intérieurement quelques vers, entre deux discours. Parce qu'ils ont tous deux un monde enfermé en eux, ils écrivent aussi des poèmes qu'ils gardent secrets. Ces rimailleurs sont convaincus que le monde est fait pour s'exprimer en de beaux vers,. Ils les font. Imagine-t-on Rocard et Barre, rationalistes de la politique, courtisant les Muses ?

Les deux hommes ne parlent jamais poésie, pourtant. Il est vrai, comme dit Chirac, qu'ils ne discutent guère des choses importantes, c'est-à-dire de littérature, d'économie, de politique étrangère ou de défense nationale. Ils se content généralement d'ergoter sur des questions de nomination.

Leur tête-à-tête hebdomadaire est toujours placé sous le signe de l'urbanité.

"Noujour, monsieur le président.

- Bonjour Monsieur le Premier ministre."

Si Chirac tousse, Mitterrand s'enquiert de sa santé :

"La grippe, monsieur le Premier ministre ?

- Non, rassurez-vous. Un simple petit rhume. J'ai dû attrapper froid en Corrèze. 

- Peut-être aussi fumez-vous trop."

Le président fait souvent allusion à la tabagie de son Premier ministre. Il y a, en plus du reste, beaucoup de nicotine entre eux. Chirac, qui ne fait jamais rien à moitié, fume à pleins poumons. Il n'exhale pas des volutes mais des nuages. Il n'aspire pas les bouffées de cigarette, il les dévore. Et Mitterand est indisposé par les fumées de tabac. Naguère, quand il présidaitles réunions du bureau éxecutif du PS, il avait même interdit à ses camarades de fumer, mettant ainsi fin à une longue tradition de tabagie socialiste, de Léon Blum à Guy Mollet.

Malgré son nez si irritable, le chefde l'Etat n'a pas empêché son Premier ministre d efumer lors de leur tête-à-tête hebdomadaire. Le savoir-vivre vaut bien ce qu'il coûte...

La première fois, Chirac, après avoir demandé l'autorisation de fumer, est allée cherhcer un cendrier à pied. Depuis, avant chaque entretien du mercredi, ledit cendrier est délicatement posé à côté du fauteuil du Premier ministre. Mitterrand, qui a en horreur les mégots, le fait retirer dès que son hôte est parti.

Chirac arrive toujours sans fiches ni dossiers. La conversation se déroule généralement sur un ton badin. Sur les nominations qui nourrissent l'essentiel de la discussion, le président joue, selon l'humeur, sur plusieurs registres : 

Peiné : "Cet homme est pourtant très bien. Il faudra lui trouver rapidement quelque chose."

Furieux : "Je ne crois pas qu'il était utile de limoger cet excellent fonctionnaire."

Ironique : "Pour ce poste, j'ai été très sollicité mais j'imagine que vous l'avez été davantage encore."

Il arrive souvent à Mitterrand de faire de l'humour. A propos e dela suppression de l'autorisation administrative de licenciement - loi que Chirac avait fait adopter sous Giscard -, le président s'amuse : "Voyez-vous, monsieur le Premier ministre, je me sens plus proche du Chirac de 1975 que du Chirac de 1986."

Entre eux, il n'y a jamais un mot plus haut que l'autre. Chirac, qui peut être si querelleur, ne s'emporte jamais. Il cultive sa déférence. "Quand il sort du bureau présidentiel, remaqrque Jean-Louis Bianco, secrétaire général de l'Elysée, il a souvent l'airusé nerveuesment, comme s'il venait d'accomplir un effort considérable."

La cohabitation aidant, ces deux ennemis se font parfois complices. Après tout, ils rament siur le même bateau, celui de la décripation idéologique. Ils se rendent des services. Ils se donnent des conseils. Les Premieer ministre confirme et confforte André Rousselet, l'ami du président, à la tête de Canal Plus, la quatrième chaîne de télévision.

Extrait de "Chirac une vie" de Franz-Olivier Giesbert, publié aux éditions Flammarion, 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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