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Benoit Hamon, ministre de la Consommation
Benoit Hamon, ministre de la Consommation
©Reuters

L'Édito de Jean-Marc Sylvestre

Quand la gauche se convertit à la concurrence, personne n’y croit

Le projet de loi Hamon revient aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Ce projet de loi veut tout faire en même temps : améliorer l’information du consommateur, le protéger et faire en sorte que le système de production et de distribution baisse les prix et créer du pouvoir d’achat. Bravo Benoît Hamon, un projet tellement fourre-tout qu’il est finalement vidé de tout contenu réel.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Profitons-en, cette loi est sans doute la seule du quinquennat qui va commencer à dérèglementer certains secteurs de l’économie et ainsi les ouvrir à la concurrence. Benoit Hamon, représentant au gouvernement du courant le plus proche de la tradition socialiste française, a découvert les vertus de la concurrence.

D’abord, la loi va, en théorie, donner aux consommateurs le pouvoir d’agir avec la création de l’action de groupe. Les fameuses  «class-action». Un système très à la mode dans les pays libéraux qui permettent aux contrepouvoirs de servir à autre chose qu’à de simples alibis.  Pas mal comme initiative quand on sait que la droite en parle depuis plus de trente ans. Il faudra quand même vérifier les décrets d’application parce que vu comme ça, c’est trop beau. Même 60 Millions de Consommateurs ou UFC-Que Choisir n’ont pas encensé le projet. Et ce n’est pas parce que ces « class-action» ne pourront pas s’exercer contre l’administration. Ne rêvons pas, le consommateur de service public n’est pas un client, c’est un usager.

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La deuxième ouverture concerne les contrats d’assurance auto et habitation. On pourra en changer plus facilement à l’issue de la première année. Ce n’est pas une révolution mais c’est un petit progrès même si, entre nous, pour en changer facilement il suffit de demander à un concurrent. Il se charge de faire toutes les formalités de transfert. Encore faut-il savoir que la concurrence ne se décrète pas, elle se pratique.

Enfin troisième secteur, et c’est le point qui fait le plus de bruit, le projet de loi Hamon doit ouvrir le secteur de l’optique à la concurrence. Pour le ministre, l’optique est une priorité. Trois millions de Français n’achètent pas de lunettes pour des raisons financières. Il faut donc ouvrir le secteur à la concurrence et notamment d’internet. C’est curieux, pourquoi n'y a-t-on pas pensé plus tôt ? Toutes les grandes chaines d’optiques ont des sites internet. Toutes vendent ou informent par internet. Où est le problème ?

Le problème, c’est que tout ce petit monde à tendance à s’entendre et à se caler sur la sécurité sociale et les complémentaires de santé. Si on permettait la concurrence dans les complémentaires de santé ? En voilà une idée ! Si on regardait du côté des ententes entre distributeurs et fournisseurs d’optique, on trouverait surement quelques marges à gratter. L’essentiel c’est que l’on s’apercevra que le système, réformé et ouvert, ne transformera pas le fonctionnement d’un appareil de distribution qui est très équipé et qui fonctionne très bien… N’est-ce pas Johnny ? L’homme Optic 2000 rappelle que la concurrence n’est pas virtuelle et qu'elle permet de dégager des marges confortables. Lesquelles marges financent la recherche d’une industrie comme le verre d’optique qui est, avec Essilor, numéro 1 dans le monde.

En fait, Benoit Hamon fait trois erreurs de fond.

La première, c’est qu’il pense que la baisse des prix est un facteur de concurrence (c’est vrai) et donc un facteur de progrès. Là, il se trompe gravement. La baisse des prix génère du pouvoir d’achat dans l’immédiat mais de la pauvreté dans les entreprises. Le ministre de la Consommation ne peut pas ignorer les désastres industriels provoqués par la baisse des prix imposées par la grande distribution. Les automobiles allemandes sont les plus vendues dans le monde, pas parce qu'elles sont les moins chères, mais parce qu’elles sont les plus performantes. Donc la concurrence oui, mais sur la qualité, le service et pas seulement sur le prix. 

La deuxième erreur, c’est que le projet de loi a ciblé seulement quelques secteurs à déréglementer. Pourquoi ne pas s’attaquer aux autres, ceux qui sont vraiment coincés comme les taxis, la pharmacie, les notaires, les avocats, les cliniques, les écoles. Au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, Jacques Attali avait fait, dans son rapport, la liste des secteurs à dérèglementer. Ce rapport n’a pas été appliqué en France mais en Italie. Mario Monti qui avait participé à la commission Attali l’a transposé à l’économie italienne et en a appliqué 75%. Le redressement italien s’explique en partie par ces mesures structurelles.

Enfin troisième erreur, Benoit Hamon n’a pas fait de réformes pour améliorer la concurrence. Il a fait de la politique. C’est pour cette raison que dans sa conversion au libéralisme, il a soigneusement évité de brusquer ou de déranger certaines petites rentes. En ce sens, il a fait son métier. Pourquoi se mettre les chauffeurs de taxis à dos, les postiers, les pharmaciens, les notaires…

De ce point de vue, il est en ligne avec la nouvelle doctrine défendue par Arnaud Montebourg. Trop de concurrence tue la concurrence et l’emploi. En cette fin d’année 2013, les ministres de Bercy ne nous aurons rien épargné.

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