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Greta Thunberg Twtter publications environnement militante réseaux sociaux manifestations en Inde
Greta Thunberg Twtter publications environnement militante réseaux sociaux manifestations en Inde
©STEPHANIE KEITH / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Militantisme

Quand Greta Thunberg publie par erreur les consignes quant à ce qu’on lui demande de poster

Greta Thunberg a accidentellement partagé un document - appelé « boîte à outils » - détaillant une liste de « messages suggérés » concernant les manifestations agricoles en Inde. Ce fil conducteur donnait des conseils sur les prochains tweets à poster.

Jean Degert

Jean Degert

Jean Degert est éthicien, rédacteur et traducteur juridique.

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« Le temps ne fait rien à l’affaire : quand on ne sait penser par soi-même, on ne sait penser par soi-même », auraient pu être les mots de Brassens pour illustrer le dernier instant de gêne vécu par Greta Thunberg, depuis peu majeure. Le New York Post rapporte que la jeune activiste a publié par erreur sur Twitter les consignes quant à des messages qu’on lui suggère de relayer, pensant poster un message de soutien aux fermiers manifestant légitimement en Inde contre la réforme agraire. À ce jour, l’information n’a pas été reprise par l’ensemble des médias qui parlent de la réaction du gouvernement indien à cet appui. Greta Thunberg avait déjà été mise en forte difficulté, lors du sommet pour le climat à l’ONU fin septembre 2019, lorsqu’un journaliste lui avait posé une question sur le message qu’elle entendait envoyer aux dirigeants du monde ; elle avait balbutié avant de vite proposer à d’autres jeunes de s’exprimer.

Vidéo : La vraie Greta Thunberg sans fiche

L’ère du gretacé supérieur : le peuple médiatique dont une adolescente est reine de façade

Il y eut les enfants et adolescents émissaires du frère Savonarole qui faisaient régner la terreur à Florence sous la Renaissance en menaçant ceux qui manquaient de bien-pensance et de bonnes pratiques, après les nobles intentions du début de leur mentor luttant contre les excès et la décadence morale du clergé et des dirigeants de la cité. Leur message se traduirait aujourd’hui par How dare you? (Comment osez-vous ?).

« Malheur à toi, pays, dont le roi est un enfant et dont les princes mangent dès le matin », dit le livre de l’Ecclésiaste dans la Bible, ajoutant qu’ils devraient se sustenter « au temps convenable, pour soutenir leurs forces, et non pour se livrer à la boisson ». Les relais frénétiques de pensées toutes faites et convenues sur les réseaux sociaux ont permis une certaine starification de Greta Thunberg depuis l’été 2018, avec le soutien des médias qui entretiennent cette ivresse, sans que cela n’apporte au débat. Canonisée par des journalistes censés avoir du recul, Greta prononce ses félicitations, injonctions et reproches suburbs et orbi, c’est-à-dire à l’endroit des banlieues aisées suivant consciencieusement les modes morales ayant les faveurs des médias et du Tout-Hollywood, et au monde entier. Celles d’un Harrison Ford utilisant son jet privé pour déposer et chercher son fils à l’université, et qui donne des leçons d’écologie ; comme celles de son collègue Arnold Schwarzenegger, champion de la cause climatomédiatique avec ses multiples voyages entre les États-Unis et l’Allemagne pour vérifier l’avancement des travaux sur son gros véhicule de type militaire visant à le rendre écolo-compatible, sur lesquels les médias jettent un voile pudique. Schwarzy qui avait prêté une Tesla Model 3 à Greta Thunberg afin qu’elle voyage proprement, et qui incite à la prendre en exemple... Et quiconque s’interroge sur la canonisation médiatique se voit taxé de climatonégationnisme quand bien même il ne nierait pas le réchauffement climatique – que pourtant peu contestent !

Nous sommes aujourd’hui dans l’ère idéale du gretacé supérieur où des Savonarole indiquent à la jeune Thunberg que dire, voire écriraient sous son identité. Déjà le 9 janvier 2020, un bug sur Facebook avait permis de constater que c’étaient les comptes de Svante Thunberg, son père, et Adarsh Prathap, un ancien délégué dans l’organisation pour le changement climatique à l’ONU, qui étaient utilisés pour publier sur sa page. Suite aux questions soulevées par cette découverte, Greta Thunberg affirma que la page avait été créée par Prathap, qu’elle avait demandé à la gérer avec lui, mais qu’elle utilisait pour ce faire le compte de son père, n’en ayant pas elle-même. Sa récente erreur d’envoi sur Twitter ne peut que raviver les doutes quant à cette explication...

Depuis deux mois, les agriculteurs indiens s’opposent avec une inquiétude compréhensible à un projet de réforme qui mettrait fin à l’achat de leurs productions par les pouvoirs publics auxquels se substitueraient des groupes privés pouvant les subjuguer. En voulant mettre en ligne, le 3 février dernier, une « boîte à outils » pour expliquer aux gens comment soutenir les agriculteurs, Greta Thunberg avait publié un document lui indiquant une liste de messages de personnalités, dont celui de la chanteuse Rihanna, dans lesquels piocher. Pour que ce labour à la sueur de son front fût rentable, on lui signalait également d’accompagner les partages de ces tweets en puisant dans une banque d’images créée pour elle. L’activiste a rapidement supprimé le tweet avant d’en publier un renvoyant vers la fameuse boîte à outils, bonbonnière des princes de l’indignation à l’affût de bon matin des aliments peu nutritifs livrés en permanence sur les réseaux sociaux. La capture d’écran du tweet malencontreux faite par Breaking 911 a depuis été supprimée.

Si les médias mentionnent la réponse des autorités indiennes, pas davantage qu’en janvier 2020 ils n’ont choisi de se questionner. Encore que, à l’époque, ils avaient soit ignoré l’histoire, soit procédé à une vérification des faits validant l’explication donnée par la Suédoise. Quand le fact-checking ou le debunkage (vérification des faits et démystification – la langue française n’est pas assez pertinente quand il s’agit de convaincre que l’autre ment, contrairement aux anglicismes sophistiques) ne ressemblent pas à un examen objectif et sont plus ou moins critiques en fonction des dires contrôlés…

Le militantisme médiatisé érigé en expertise médiatique

Dans cette ère du gretacé supérieur, les médias suivent la parole de la militante qui encourage à délaisser l’école et les sciences le vendredi, et qui est considérée par la prestigieuse revue scientifique Nature comme l’une des dix personnes ayant compté en 2019. Suivant son modèle, des millions de jeunes font le douloureux sacrifice de journées de cours, avec une abnégation qui rend surprenante leur absence de mobilisation lorsque Greta Thunberg rend visite aux élus durant les vacances scolaires. Dans ce monde, les journaux télévisés ont omis de parler de l’envers du décor du voyage décarboné en voilier de Thunberg en août 2019 vers New York partie s’exprimer à la tribune des Nations unies, qui avait nécessité plusieurs vols transatlantiques pour six personnes : des skippers s’étaient envolés vers les États-Unis pour ramener le monocoque, et ceux qui l’avaient piloté à l’aller étaient rentrés chez eux en avion. La télévision avait préféré souligner les larmes et le How dare you? de la Suédoise au Sommet Action Climat de l’ONU, ainsi que son regard soudainement courroucé en voyant Donald Trump. À la corbeille aussi son incapacité à répondre à une question basique et non critique, alors que jusque-là elle récitait des discours sans être vraiment interrogée… Cela n’empêcha aucunement la chaîne CNN de la recruter comme membre de son panel d’experts sur le coronavirus en mai suivant.

Si l’on a volontiers relayé le tweet « relaxe-toi, Donald ! » de Greta Thunberg publié le surlendemain de l’élection présidentielle américaine, les faux pas révélateurs de l’activiste sont mis sous le boisseau, laissant des Savonarole exploiter l’image d’une jeune personne qu’il ne faudrait pas critiquer en raison de son syndrome d’Asperger et qu’il faudrait même écouter religieusement. Un bouclier servant de prétexte pour éviter toute critique de la méthode.

Jean Degert

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