Quand des astronomes reconstituent le ciel de l'Antiquité pour dater avec exactitude un poème grec | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Quand des astronomes reconstituent le ciel de l'Antiquité pour dater avec exactitude un poème grec
©Capture d'écran Youtube

Machine à remonter le temps

Quand des astronomes reconstituent le ciel de l'Antiquité pour dater avec exactitude un poème grec

Des chercheurs américains ont décidé de s'intéresser à la position des étoiles à partir de l'an 570 av. J.-C., qui correspond à la date approximative de la mort de la poétesse grecque Sappho.

La poétesse grecque Sappho aurait écrit près de 500 poèmes contenus dans 9 livres, dont il ne reste aujourd'hui que quelques extraits découverts à la fin des années 1800 dans une décharge égyptienne. Originaire de l'île de Lesbos, Sappho était presque aussi connue qu'Homère dans l'antiquité, et Platon l'aurait même surnommée la "dixième muse". Elle a d'ailleurs été représentée sur des pièces de monnaie pendant plusieurs siècles. Les rares fragments de ses écrits encore consultables aujourd'hui sont d'une importance considérable, et ont influencé plusieurs générations de poètes. A travers sa poésie, Sappho était également une grande observatrice du ciel, et notamment du célèbre amas d'étoile baptisé "Les Pléiades", dans la constellation du Taureau. 

Des spécialistes ont donc observé et cherché dans le ciel, grande source d'inspiration de la poétesse, pour en apprendre plus sur son existence. Afin de déterminer avec précision la date à laquelle a été écrit l'un de ses poèmes, des scientifiques ont décidé d'étudier tous les détails astronomiques contenus dans son œuvre, en recréant le ciel de l'antiquité. Les auteurs d'une étude publiée dans la revue "The Journal of Astronomical History and Heritage", et relayée par The Smithsonian, ont basé leurs travaux sur "le poème de minuit", en utilisant les logiciels "Starry Night" et "Digistar 5", pour recréer le ciel nocturne de l'île de Lesbos au temps de l'antiquité. 

Personne ne connaissant avec exactitude la date à laquelle ce poème a été écrit, les chercheurs ont décidé de s'intéresser à la position des étoiles à partir de l'an 570 av. J.-C., qui correspond à la date approximative de la mort de Sappho. Les auteurs précisent qu'une variation de 20 ou 40 ans à partir de cette date supposée ne représente pas de différence notoire dans les résultats de leurs analyses. Selon les fragments restants de ce poème, les étoiles étaient visibles jusqu'à minuit, ce qui a permis aux chercheurs de dater ce poème entre le 25 janvier et le 31 mars, soit l'époque de l'année à laquelle les Pléiades sont visibles avant minuit depuis l'île de Lesbos. La fin de l'hiver et le début du printemps constituent une période "qui n'est pas inhabituelle pour la composition de poèmes amoureux", expliquent les spécialistes dans leur étude. 

"Sappho devrait être considérée comme une contributrice officieuse aux premiers travaux de l'antiquité grecque, tout comme à la société grecque en général (…) très peu de poètes de l'antiquité livrent des observations astronomiques aussi clairement", observe Manfred Cuntz, professeur de physique à l'Université d'Arlington, au Texas. Levent Gurdemir, co-auteur de cette étude, et directeur de planétarium de l'université d'Arlington, a tenu à souligner tout le potentiel que représentent les nouvelles technologies pour ce type de recherche : "L'utilisation du nouveau logiciel 'Planetarium' nous permet de simuler le ciel nocturne avec plus de précision pour n'importe quelle époque, passée ou future, et pour n'importe quelle région (…) Ceci atteste des possibilités prometteuses de ce logiciel pour des travaux de recherche dans d'autres domaines que l'astronomie, comme la biologie, la chimie, l'art, la littérature, l'architecture, l'histoire, et même la médecine". 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !