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Déserts médicaux : 
la fausse solution socialiste
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Programme PS

Déserts médicaux : la fausse solution socialiste

Le programme du PS dévoilé le 5 avril aborde la question du désert médical, sujet récurent. Mais si le projet socialiste pointe du doigt le souci, il ne propose aucune solution pour le résoudre.

Hash H16

Hash H16

H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

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Pour mettre fin à son patinage autistique, le PS a récemment jeté une trentaine de propositions en pâture aux médias qui se sont empressés de les relayer, savonnant ainsi impeccablement le terrain de jeu des prochains candidats aux primaires. Dans cette tentative d'ébauche de programme, attardons-nous l'instant d'un article sur la proposition d'imposer aux jeunes médecins libéraux d'exercer leur début de carrière dans des zones en manque.

Cette idée, lorsqu'elle est présentée diplomatiquement, pourrait presque passer pour anodine : "Les jeunes médecins seraient financièrement incités voire obligés de s'installer dans les 'déserts médicaux' (zones rurales et quartiers populaires), par exemple, pendant une période de trois à cinq ans."

On expliquera, pour faire passer l'obligation, terme devenu coutumier de tout programme politique socialiste qui se respecte, qu'après tout, leurs études ont été payées par la collectivité. Soit. On pourra noter que les énarques (dans lesquels, d'ailleurs, on retrouvera pas mal de socialistes et de politiciens en général) ont aussi eu ce privilège et que, pourtant, on n'envisage pas pour autant de les envoyer dans les quartiers populaires.

C'est dommage, à bien y réfléchir : je suis sûr que certaines cités s’enorgueilliraient d'avoir quelques énarques pour assurer le gardiennage de l'une ou l'autre barre.

Médecins et fonctionnaires

En gros, il s'agit donc, avec cette obligation pour les médecins d'un service en zone défavorisée, de reproduire ce qui existe déjà avec les profs fraîchement accueillis au sein de l'Education Nationale : on envoie les plus jeunes dans les zones les plus gentiment turbulentes. Cela forme le caractère. Sauf que ces derniers sont fonctionnaires, alors que les médecins sont censés être professions libérales...

Les socialistes, en fait, ont levé sans le vouloir un tabou bien connu : oui, le système français de santé est à ce point collectivisé que les médecins sont, de facto, ... des fonctionnaires.

Tout aussi discrètement, ils admettent du bout des lèvres, avec leur expression "désert médical", que notre système de soins, que le Monde entier nous envie très mollement, n'est pas réparti exactement comme il serait bon, dans leur esprit.

Ceci dit, il reste la question de savoir pourquoi ces médecins refusent si méchamment de s'installer dans certains endroits, les plus dépeuplés ou les plus populaires ?

Pourquoi diable fuient-ils les endroits dépeuplés alors que tout le monde sait qu'avec des consultations à prix fixés arbitrairement par la Sécu dans sa grande sagesse, ils ne rentreront pas dans leurs frais ou vivront chichement d'un salaire rikiki ? Le plaisir de la médecine de cambrousse ne remplit-elle pas l'homme honnête sinon d'un repas revigorant au moins de la sensation gratifiante du devoir accompli ?

Pourquoi, de même, fuient-ils les quartiers "populaires" alors que c'est précisément dans ces quartiers qu'ils ont le plus de travail ?

Agressions en hausse

Bien qu'indubitablement coupables dans l'idée socialiste, tentons tout de même de déceler les motivations de ces mauvais citoyens qui fuient devant leurs responsabilités ...

À lire la presse récente, on a une réponse : ce serait à cause d'agressions de plus en plus fréquentes. Selon les chiffres publiés en début de ce mois par l’Observatoire pour la Sécurité des Médecins du Conseil National de l'Ordre et collectés par l’institut Ipsos, 920 déclarations d’incidents ont été envoyées en 2010 (contre 512 en 2009) par généralistes ou spécialistes pour signaler diverses formes d’agressions.

Douloureux hasard, ces agressions sont plus fréquentes dans les départements de Seine-Saint-Denis, du Val d'Oise, de l'Isère, du Val de Marne, du Rhône et du Nord. Zut et rezut : ce sont des départements plutôt populaires.

Ceci complique un tantinet la solution proposée par Martine dans son esquisse d'essai de maquette de "programme" puisque, sachant cela, deux tendances risquent d'émerger à la suite de la mise en place de cette aimable plaisanterie.

Vocation en péril

D'une part, plus on forcera les médecins à s'installer dans des zones à risque où ils serviront de cibles à certaines activités tribales ou simplement lucratives, moins les étudiants se bousculeront dans les amphis. Si l'on ajoute à ce phénomène la fine utilisation du numerus clausus qui aide lui aussi à déconnecter encore un peu plus l'offre de soins de la demande, on sent déjà l'odeur du roussi avant même que l'idée ne se soit développée.

D'autre part, on peut aussi aboutir, en parallèle à la tendance précédente, à renforcer la sécurisation des cabinets de médecine. De la même façon que les banques se sont progressivement équipées de double-sas, de guichets et de caméras de surveillance, l'officine médicale française d'après 2012 risque fort d'offrir un aspect différent de celui qu'on connaît maintenant. Il n'y a aucun doute qu'une telle révolution va enfin permettre de remettre le patient au centre des préoccupations des médecins. Miam.

Tout ceci est bel et bien bon, mais à bien y réfléchir, elle est où, la vraie solution de fond au problème posé de désertification médicale ? Lorsque les rats quittent un navire, on doit d'abord s'inquiéter d'y boucher les trous ou d'y éteindre l'incendie avant de blâmer les rats de déséquilibrer l'esquif...

Encore une fois, le PS s'emploie surtout à contraindre et désigner implicitement un coupable, mais se fiche de résoudre le problème.

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