Prix de l’énergie : une usine à gaz… électrique | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Consommation
Les raisons de la hausse des prix de l’électricité relèvent d’une stratégie kafkaïenne.
Les raisons de la hausse des prix de l’électricité relèvent d’une stratégie kafkaïenne.
©JEFF PACHOUD / AFP

Crise énergétique

Prix de l’énergie : une usine à gaz… électrique

L'Europe, face à l'inflation et avec la pénurie de gaz et de pétrole russes, doit trouver des solutions pour cet hiver. Les raisons de la hausse des prix de l’électricité relèvent d’une stratégie kafkaïenne.

Nicolas Crespelle

Nicolas Crespelle

Nicolas Crespelle est conseiller en stratégie d’entreprise et entrepreneur. 

 

Voir la bio »
Sophie de Menthon

Sophie de Menthon

Sophie de Menthon est présidente du Mouvement ETHIC (Entreprises de taille Humaine Indépendantes et de Croissance) et chef d’entreprise (SDME)

Voir la bio »

LA RECETTE D’UNE USINE À GAZ …ÉLECTRIQUE ! 

Les raisons du prix de l’électricité relèvent d’une stratégie kafkaïenne ! 

Tout d’abord, au lieu de facturer au consommateur le prix de l’électricité en le calculant en fonction du coût de sa production, pays par pays… on a voulu, ce qui était nécessaire, intégrer toute l’europe en un seul réseau et donc en un seul marché grâce à des interconnexions, et ainsi calculer le prix de l’électricité à partir d’une moyenne des coûts de tous les pays. 

De ce fait l’avantage dont jouissait la France avec la production nucléaire pas chère, se diluait dans le marché unique, où les autres pays fonctionnent essentiellement au gaz Russe. D’une certaine façon notre nucléaire subventionnait en partie l’électricité allemande produite à partir du gaz russe.

Mais bon: c’est pour la bonne cause ? L’unité Européenne. 

Ensuite, ce qui devient anormal, on en a rajouté une couche: à la demande de la commission Européenne, pour montrer qu’il y avait de la concurrence en France alors qu’EDF jouissait d’un monopole (ce qui n’est pas le cas dans aucun des autres pays), on a décidé que des pseudo fournisseurs d’électricité pouvaient acheter de l’électricité pas chère à EDF (au tarif de la production des centrales nucléaires)…et la revendre plus cher aux consommateurs…mais moins chère que celle qui était vendue au prix moyen européen.

Ce qui voulait dire que EDF subventionnait ses concurrents puisque ce sont eux qui récupèrent la différence de prix, c’est à dire le profit….c’est le fameux tarif Arhen qui décrétait  que EDF devait s’engager à fournir de l’électricité à ces pseudo opérateurs à un tarif fixe qui est celui de sa production.

À Lire Aussi

Les dieux du CAC 40 sont encore tombés sur la tête !

Ce qui fait que aujourd’hui quand EDF a des réacteurs à l’arrêt, ce qui ne lui permet plus d’avoir d’excédents à vendre à ces opérateurs, elle est obligée d’acheter sur le marché de l’électricité au tarif européen pour le revendre à ses concurrents au tarif Arhen.

Donc de se ruiner…

Enfin, pour arranger le tout, la fixation du prix Européen ne se fait pas en fonction des couts de production, mais en fonction du prix que les derniers acheteurs sont prêts à payer le dernier électron. C’est le prix marginal qui définidonc le prix moyen du marché.

C’est un peu comme si le prix de tous les yaourts dans un super marché était défini par le prix du dernier yaourt que l’on trouverait dans les rayons et pour lequel les dernièrs clients qui le voudraient absolument seraient prêts à se battre en faisant de la surenchère !  

De surcroît en ce qui concerne la France, de façon à respecter les objectifs de production d’électricité grâce aux énergies renouvelables (dans lesquelles, sous la pression de l’Allemagne le nucléaire n’est pas comptabilisé) on a été obligé de subventionner les éoliennes et les centrales solaires, à moitié directement , à moitié par les consommateurs via une ligne en plus sur leur facture EDF qui représente environ aujourd’hui plus de 10% de celle-ci. 

Ce qui fait qu’en vingt ans on a dépensé plus de 150Mrds Euros (c‘est à dire le prix de dix centrale nucléaires EPR qui fourniraient 15% de la production électrique de la France) pour simplement fournir de façon irrégulière, en fonction du vent et du soleil, moins de 3% de la production d’électricité. Sans parler du fait que les constructeurs et exploitants d’éoliennes sont Allemand et Espagnols, que les éoliennes détruisent les paysages, et qu’elles consomment des matériaux rares qui sortent de mines dans lesquels travaillent des enfants en Afrique…. 

C’est ce qui se passe en ce moment…. Pourquoi est-ce idiot ? 

- parce que on ruine délibérément EDF… et les consommateurs qui voient leurs factures exploser partout en Europe. 

- parce que l’électricité n’étant pas un bien stockable, substituable (le consommateur ne peut pas choisir de s’en passer)

-parce qu’elle est distribuée par des réseaux qui disposent d’un monopole de fait (1/3 de la facture)… elle ne peut pas être traitée comme un marché normal. 

L’électricité en fait devrait être vendue au prix de sa production , directement par les producteurs sans passer par des traders. En d’autre termes, puisqu’il faut intégrer le marché Européen ,il faut que chaque consommateur puisse décider d’acheter son électricité directement à de vrais producteurs (EDF / EON / ENI / etc…) au prix de la production avec une marge définie par le régulateur. (Ce qu’il fait déjà pour les reseaux) 

C’est ce qui fera baisser le prix du marché global puisque les consommateurs iront alors spontanément vers les moins chers, c’est à dire les fournisseurs d’électricité nucléaire…ou éoliennes en mer du nord. 

Et si des consommateurs derniers arrivés alors que toute l’électricité aura été vendue, veulent en acheter au dernier moment, ( les industriels en particulier ) ils pourront se retourner vers des vrais traders qui auront pris le risque d’en acheter des capacités sans savoir au moment où ils l’achètent à qui ils vont la vendre au dernier moment … très cher ! Mais ce prix là, ce prix spot, ne sera que pour les derniers arrivés et pas pour les consommateurs « normaux ». Et si ces derniers arrivés ne veulent pas payer le prix… ils feront le choix de se serrer la ceinture ou de faire faillite plus vite.  

Sophie de Menthon, présidente d’Ethic

et 

Nicolas Crespelle (conseil en stratégie d’entreprise)

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !