Prime aux décrocheurs ou prime au mérite : le gouvernement a fait son choix | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Prime aux décrocheurs ou prime au mérite : le gouvernement a fait son choix
©Reuters

Démarche pré-électorale

Prime aux décrocheurs ou prime au mérite : le gouvernement a fait son choix

Chaque année, ce sont entre 100 000 et 150 000 jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme ni formation. Autant de jeunes qui seront pour la plupart d’entre eux victimes du chômage. Mais face à cet enjeu majeur de notre système éducatif, les décisions prises par ce gouvernement posent un certain nombre de questions. Il s’agit de la mise en place d’une "prime" annuelle de 600 euros pour les 16-18 ans boursiers "décrocheurs" qui décideront de reprendre le cours de leurs études. Un décret en ce sens vient d’être élaboré par le ministère de l'Education nationale.

Matthieu  Ellerbach

Matthieu Ellerbach

Matthieu Ellerbach, 24 ans, étudiant à SciencesPo, coordinateur "Des Jeunes avecJuppé".

Voir la bio »

La portée symbolique d’une telle mesure est dramatique

Un lycéen qui arrêterait les cours en mars pour les reprendre en septembre, six mois plus tard, pourrait ainsi être récompensé financièrement. Ce système encourage l’absentéisme, banalise l’échec et renforce le nivellement par le bas de notre système éducatif.

Au moins peut-on trouver dans ce gouvernement un soupçon de cohérence : le quinquennat a commencé avec la volonté de supprimer la bourse au mérite - qui vise à récompenser les boursiers qui obtenaient une mention très bien au baccalauréat - et se termine par la mise en place d’une prime aux décrocheurs ! Plutôt que récompenser celui qui réussit, on salue et on encourage celui qui a décroché !

Mais outre sa portée symbolique dramatique, ce dispositif ne résoudra en rien le décrochage scolaire

Car le décrochage scolaire est une problématique éminemment complexe qu’on ne peut neutraliser par des solutions simples, limitées et à courte vue. Les facteurs de risque du décrochage scolaire relèvent autant de facteurs économiques et institutionnels que communautaires et personnels. Une réponse unique et ponctuelle ne peut à elle seule résoudre la problématique.

Les jeunes décrocheurs ne supportent plus le système éducatif, les payer pour y revenir n’est pas une solution !

Les études publiées sur le sujet, notamment au Canada et en France, sont unanimes sur ce point : le décrochage scolaire trouve avant tout sa cause en l’incapacité de l’école à répondre aux attentes de ces jeunes, et dans l’incapacité de ces jeunes à s’épanouir à l’école. Aucune étude n’associe les problèmes financiers au comportement. 

Suffirait-il donc de payer un élève démotivé pour faire ressurgir la motivation ? 

Plutôt que de permettre à ces jeunes de s’ouvrir au monde du travail et à d’autres formations, on les incite à revenir dans le système scolaire classique qu’ils ne supportent justement plus !

Dans le même temps, le gouvernement supprime les formations "découverte du monde du travail" (DP3 et DP6). Mises en place avant 2012, ces formations permettaient justement aux élèves en difficulté de découvrir d’autres modalités de formation, un autre monde, un autre environnement, en entreprise en particulier, et il faut noter l’investissement encourageant des entreprises qui participaient à ces actions. Elles ont été supprimées sans que l’évaluation de leur impact sur la scolarité n’ait été envisagée…

Le décrochage est un processus qui s’installe lentement dans le parcours des élèves jusqu’au moment où la décision de ne plus aller à l’école est prise. C’est essentiellement sur ces processus motivationnels qu’il faut travailler, avec des stratégies de repérage précoce, dès les premiers signes, pour proposer une alternative.

Enfin, pour répondre à l’enjeu du décrochage scolaire, il faut avant tout associer les parents d’élèves ! Via cette prime, où sont les parents, complètement déresponsabilisés ? Et où est la responsabilité de l’adolescent ? Ce dispositif a-t-il au moins été évalué en amont ?

Au-delà du symbole, des questions de fond surgissent. Elles ne sont pas résolues. Pire, les solutions apportées ne sont pas en accord avec les connaissances scientifiques dont on pourrait s’emparer pour agir au plus près des besoins individuels.

Décidément, cette réponse au décrochage n’est pas à la hauteur.

Cette mesure est en réalité à l’image de ce gouvernement qui ne recherche pas l’efficacité, mais achète des voix en période pré-électorale

Proposé le 11 avril dans le cadre du plan jeunesse de Manuel Valls, ce dispositif ne répond qu’à un objectif : répondre aux exigences de l’UNEF pour acheter la paix sociale. Mais la jeunesse vaut mieux que ces bassesses clientélistes ! 

Où est la réflexion du gouvernement socialiste sur les échecs patents de notre système d’éducation alors que la France régresse continuellement dans le classement PISA ?

Le fardeau de la dette publique pèse chaque jour un peu plus sur notre génération, mais le gouvernement choisit de creuser le déficit pour préparer l’élection de 2017, au détriment des vrais défis auxquels notre système éducatif doit répondre.

Le débat sur l’éducation ne doit pas être pris à la légère. Il ne doit sombrer ni dans la démagogie pré-électorale, ni dans les caricatures partisanes. Alain Juppé l’affirme avec force, la refonte de notre système éducatif devra être la mère des réformes. Les établissements devront être plus libres, les professeurs mieux traités, les savoirs fondamentaux valorisés. Et l’apprentissage, voie royale vers l’emploi à tous les niveaux, doit enfin devenir une priorité.

Responsables politiques, soyez à la hauteur de ces enjeux, il en va de l’avenir de la France !

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !