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Le PS ballotté entre secret du vote 
et fichage des électeurs
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EDITORIAL

Le PS ballotté entre secret du vote et fichage des électeurs

Les dirigeants de l’UMP, Jean-François Copé en tête, s’inquiètent-ils à juste titre des dangers d’un fichage politique à l’occasion des primaires du Parti Socialiste pour désigner celui ou celle qui défendra ses couleurs à la présidentielle ? Ou bien le parti majoritaire, en quête d’un nouvel angle d’attaque contre le PS, tente-t-il simplement de torpiller une initiative novatrice qui pourrait bouleverser la vie politique française ?

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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En tous cas les charges contre cette consultation populaire programmées pour les 9 et 16 octobre prochains, sont menées au canon. Un véritable pilonnage, qui se traduit par des dizaines de communiqués émanant de la légion de secrétaires nationaux du mouvement majoritaire, des déclarations publiques, et, cela va de soi, l’interpellation du gouvernement à la séance de questions d’actualité.

Les uns invoquent le secret du vote, un droit fondamental inscrit dans la Constitution, les autres le fichage des électeurs. Le député de l’Oise Edouard Courtial, a carrément réclamé l’interdiction de ces primaires au motif que l’avancement des employés communaux d’une commune de gauche qui ne seraient pas allé voter aux primaires, pourrait en pâtir ! La traduction concrète des « primaires de bobos » dénoncées par le Président du groupe UMP, Christian Jacob. Mardi, le Ministre de l’Intérieur, Claude Guéant , qui avait reconnu la légalité de la consultation et l’obligation pour les maires de communiquer les listes électorales, a rejoint le camp des «inquiets » en déclarant à l’Assemblée que les primaires socialistes «posent un problème grave»… parce que « les listes d’émargement vont très clairement faire apparaitre les noms de ceux qui ont décidé d’afficher leur sympathie à l’égard du Parti Socialiste ».

« Fébrilité et la paranoïa »

Ces accusations sont balayées par les responsables PS qui dénoncent la « fébrilité et la paranoïa », et se relaient pour contre-attaquer sur « l’exemplarité » de ces primaires : le PS a pris ses précautions en consultant la CNIL, (Commission Nationale Informatique et Liberté), qui fait autorité. Celle-ci a émis un certain nombre de règles .Les organisateurs devront notamment sceller les listes d’émargement après les scrutins, et les détruire une fois achevées les vérifications par la Haute Autorité des Primaires présidée par l’avocat Jean-Claude Mignard.

La CNIL avait préconisé la destruction dans un délai d’un mois, le PS s’engage à les détruire au bout d’une semaine, en présence de contrôleurs de la Commission. Plus polémique, le porte-parole des députés socialistes, Alain Vidalies, persifle qu’on a « affaire à des spécialistes des fichiers qui raisonnent à partir de leurs propres turpitudes» ! Car à gauche, la suspicion n’est pas moins grande notamment à propos des écoutes téléphoniques illégales sur les portables. En charge de la Sécurité au PS, le député Jean-Jacques Urvoas, a dès le mois d’avril, déposé une proposition de Loi sur « l’Interception des communications téléphoniques pendant les campagnes électorales ». Et au moment de l’affaire DSK, la divulgation plus ou moins officielle de certains évènements antérieurs concernant la vie privée de l’ex-directeur du FMI, a éveillé les soupçons sur l’existence de fichiers policiers sur la vie privée des politiques. Ambiance !

Alors qu’un grand nombre de maires de droite ont décidé de jouer le jeu et de mettre salles municipales et listes électorales à la disposition des socialistes, les adversaires plus farouches de cette consultation ne veulent pas faire retomber la pression, et continuent d’entrenir le doute sur les «fichiers». A l’UMP, comme dans l’entourage du Ministre de l’Intérieur, on insiste sur la nécessité d’obtenir de vraies garanties sur la confidentialité des listes des votants, afin qu’elles ne soient pas copiées, et à l’inverse qu’on ne puisse pas établir de listes de «réfractaires», personnels municipaux ou membres d’associations redevables à la Mairie, notamment. On veut aussi en savoir plus sur le «modus operandi » des opérations de destruction.

Mais de toute évidence ces primaires sont un tracassin pour la droite dont l’offensive a tout d’une opération de dé-crédibilisation. Une faible participation à ces primaires d’un nouveau genre amoindrirait la portée de l’évènement et compliquerait le rassemblement des camps opposés. En revanche, un succès populaire créerait une dynamique électorale en faveur de la Gauche, et effacerait les blessures de la campagne interne, à l’’image de ce qui s’est passé aux États-Unis avec la réconciliation Barack Obama -Hilary Clinton . Cela obligerait la majorité à repenser le mode de désignation de son candidat .Car jusqu’à présent c’est le premier tour de la présidentielle qui tient lieu de primaire pour la Droite . 

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