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Le président Emmanuel Macron à l'Elysée, le 21 mai 2021, après une réunion pour préparer le prochain sommet de l'OTAN.
Le président Emmanuel Macron à l'Elysée, le 21 mai 2021, après une réunion pour préparer le prochain sommet de l'OTAN.
©MARTIN BUREAU / AFP

LREM

Présidentielle 2022 : Emmanuel Macron en marche vers la liquidation du macronisme ?

La crise de la Covid-19 n'est toujours pas terminée alors que les élections régionales arrivent. Quelles relations les Français entretiennent-ils avec le personnel politique après un tel événement historique ?

Luc Rouban

Luc Rouban

Luc Rouban est directeur de recherches au CNRS et travaille au Cevipof depuis 1996 et à Sciences Po depuis 1987.

Il est l'auteur de La fonction publique en débat (Documentation française, 2014), Quel avenir pour la fonction publique ? (Documentation française, 2017), La démocratie représentative est-elle en crise ? (Documentation française, 2018) et Le paradoxe du macronisme (Les Presses de Sciences po, 2018) et La matière noire de la démocratie (Les Presses de Sciences Po, 2019), "Quel avenir pour les maires ?" à la Documentation française (2020). Il a publié en 2022 Les raisons de la défiance aux Presses de Sciences Po. 

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Atlantico : Les Français apparaissent clivés par rapport à la gestion de la crise sanitaire, du moins dans les représentations médiatiques. Quels indicateurs peut-on avoir de la perception que les Français ont de la République en Marche et de sa responsabilité dans la crise, actuellement ?

Luc Rouban : Les progrès réels enregistrés dans la stratégie vaccinale, qui ne convainc pas les Français pour des raisons scientifiques mais pour des raisons pratiques afin d’obtenir le passe sanitaire, ne permettent pas à Emmanuel Macron et au gouvernement de bénéficier d’une vague de gratitude ou de confiance débordante. La défiance à leur égard est toujours haute, comme le montre la dernière vague de mai du Baromètre de la confiance politique du Cevipof qui vient de sortir. En effet, 36% des enquêtés ont confiance dans le président de la République. C’est certes mieux que les 30% enregistrés en février 2020 mais on ne perçoit pas de retournement de situation politique qui permettrait à Emmanuel Macron d’envisager sereinement l’échéance de 2022. D’une manière générale, la crise sanitaire n’a pas fait l’objet d’une évaluation autonome par les citoyens. Cette évaluation est écrasée par l’évaluation politique globale qui est faite de l’action gouvernementale et du macronisme. Les erreurs de communication, notamment sur les vaccins et les effets secondaires parfois dangereux de certains d’entre eux, conduisent 54% des enquêtés à dire qu’ils ne veulent pas être vaccinés par n’importe quel vaccin. Mais cette défiance s’inscrit dans le rejet assez massif de l’action gouvernementale qui s’est construite sur l’idée d’efficacité en 2017 et qui n’a pas été capable de tenir ses promesses ensuite. Il en résulte un décalage cognitif assez étonnant entre la réalité et sa perception. C’est ainsi que 14% seulement des enquêtés disent que la situation sanitaire s’est améliorée, alors que 45% disent qu’elle n’a pas changé et que 38% disent qu’elle s’est dégradée alors qu’ils ont été interrogés du 3 au 11 mai ! Mais quand on leur demande qui est responsable de cette dégradation, 29% répondent « le gouvernement avec les ministres concernés », auxquels il faudrait ajouter 3% disant « les administrations », 25% « le président de la République » et 27% seulement « les citoyens eux-mêmes ». L’épidémie est clairement imputée aux responsables politiques. Inversement, parmi ceux qui considèrent tout de même qu’il y a eu amélioration de la situation sanitaire, 30% imputent cette amélioration aux citoyens, 23% aux scientifiques, 4% aux élus locaux, 22% au gouvernement, 4% aux administrations et 10% au président de la République.

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Les évolutions de popularité du gouvernement, qui semblent aller vers une stabilisation après des passages assez hauts, peuvent-elles s'expliquer par un électorat de plus en plus labile ? Est-ce aussi un choix par défaut face à un monde politique qui semble incapable de produire un opposant à la figure d'Emmanuel Macron ?

En fait, on observe que le centre de gravité de l’électorat français aujourd’hui est à droite. Seuls 28% des enquêtés se situent à gauche, 20% se situent exactement au centre (soit la note 5 sur une échelle allant de 0 à 10) et 43% à droite. Au centre, vous n’avez qu’une tiers de « vrais centristes », tous les autres étant des enquêtés qui considèrent être au-delà de la droite et de la gauche, être et de gauche et de droite ou qui ne savent pas quoi répondre, cet ensemble disparate allant, selon toute probabilité, alimenter l’abstention ou le vote RN. Cette droitisation relative explique pourquoi le gouvernement insiste depuis quelque temps sur la sécurité des Français, ce qui lui permet aussi, comme on l’a vu en PACA, de faire éclater l’électorat LR pris en étau entre le macronisme et le RN. Donc, je dirais que l’électorat de droite, au sens large, n’est pas labile mais qu’il est plutôt en attente de programmes précis pour décider quel candidat serait le plus à même de mener à la fois le retour d’un État fort et bien organisé, la relance économique après la crise sanitaire et, bien entendu, une politique de protection des Français à l’égard de toutes les insécurités. Il y a des opposant(e)s à Emmanuel Macron mais cette opposition reste très éclatée à gauche sur une base électorale déjà affaiblie et tout concourt actuellement du côté de la droite pour que l’élection présidentielle de 2022 s’inscrive dans un nouveau duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Le premier pourra jouer sur la carte du choix par défaut, comme le meilleur compromis de droite entre compétence et innovation, notamment sur le terrain de la mobilité sociale. La seconde pourra jouer sur la carte d’un retour de l’autorité forte face aux menaces intérieures et extérieures mais aussi sur une fracture sociale que le macronisme n’a pas réussi à réduire.

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Peut-on estimer le niveau de colère et d'hostilité par rapport au monde politique chez les Français ? La colère et l'hostilité touchent-ils plutôt le gouvernement ou s'étendent-ils à l'ensemble du monde politique après cette crise ?

Le sentiment qui domine aujourd’hui chez les Français est la lassitude avant même la méfiance. La crise sanitaire n’en finit plus, on craint l’émergence de nouveaux variants, l’impossibilité de contrôler complètement les flux de touristes étrangers ou français qui reviennent de zones à risque, 77% des enquêtés sont inquiets pour la situation financière du pays, car tout le monde sait que les dépenses extraordinaires générées par les interventions publiques devront se payer un jour. Le Baromètre de la confiance de mai 2021 montre que le premier sentiment éprouvé face à la politique du gouvernement est bien l’inquiétude (64%) avant la colère (55%) et bien avant l’espoir (33%). L’heure est donc à l’incertitude sur un arrière-fond de défiance à l’égard de l’ensemble des institutions politiques nationales. Les fondamentaux n’ont pas changé : la proximité à l’égard d’un parti politique est de plus en plus rare, la dénonciation des élites politiques est toujours là mais la confiance reste très forte dans les élus locaux et surtout les maires, comme dans tous les services publics. On est donc placé devant un vrai problème politique concernant le gouvernement et la Présidence et non pas face à un rejet de toutes les institutions ou de toutes les autorités publiques. Le macronisme a été adopté par défaut en 2017 et n’a jamais convaincu une majorité de Français ensuite. La question se pose de savoir si sa mutation droitière dans la perspective de 2022 pourra lui redonner une assis électorale solide. Mais que restera-t-il alors du macronisme ?

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