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Présidentielle : ce nombre grandissant de Français pour qui la campagne se joue en dehors des grands médias
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Virage

Présidentielle : ce nombre grandissant de Français pour qui la campagne se joue en dehors des grands médias

La fin de la domination des "mass medias" est en cours.

Jean-Marie Charon

Jean-Marie Charon

Jean-Marie Charon est sociologue, spécialiste des médias et chercheur au CNRS. Il a notamment co-dirigé avec Arnaud Mercier l'ouvrage collectif Armes de communication massives : Informations de guerre en Irak 1991-2003  chez CNRS Éditions

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Point d’orgue de la vie politique et sociale du pays chaque Présidentielle agit comme un révélateur des évolutions, voire des ruptures dans le rapport aux médias. Rapport des candidats, rapport surtout du public aux moyens d’information. Qu’il s’agisse des activités rémunérées de Pénélope Fillon ou du recours de Jean-Luc Mélenchon  à un hologramme. L’information est bien sûr dans les médias traditionnels, en revanche la discussion, l’ampleur que va prendre la question dans le débat public passent désormais largement par des sites jusqu’ici peu identifiés, des blogs, des pages Facebook ou de comptes Twitter.  Faut-il y voir un sens des acteurs politiques, des candidats, de leurs équipes de campagnes à anticiper les transformations du débat public ? S’agit-il plutôt de la part de ceux-ci d’enregistrer et s’adapter à des ruptures substantielles dans les manières de s’informer, dans les comportements des publics à l’égard des moyens d’information ?

Nouveaux usages ?

En premier lieu la fin de la domination des mass médias est en cours. Les quotidiens populaires, dont il reste bien peu de chose en France, reculent partout rapidement. En Allemagne Le Bild a perdu 2 millions d’acheteurs au cours de la dernière décennie. Du côté de la radio l’éclatement engagé dans les années 80, avec la libéralisation de la FM conduit à ce que les leaders franchissent à peine le seuil des 10% d’audience (RTL : 19,7%, France Inter 11,2%). Le même phénomène est perceptible en télévision puisque TF1 ne fait plus que tutoyer les 20% d’audience alors que la chaîne dépassait les 30% au début de la décennie 2000. Pour France 2 la sanction est encore plus sévère avec 11,8% la semaine dernière alors que la chaîne se situait à 20% toujours au début de la décennie 2000. Quant à l’Internet, il a certainement permis que s’imposent des audiences significatives pour les sites d’information leaders, mais il est aussi le siège de la multiplication des pure players d’information, chacun sur leurs niches, dans lesquelles se fidélisent des communautés d’Internautes. C’est dire que la fragmentation de l’offre et la segmentation des publics amorcée par la presse magazine dans les années soixante-dix ne semble plus pouvoir s’arrêter, jusqu’aux pages Facebook et aux comptes des abonnés à Twitter.

Et précisément les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, les plateformes d’échange vidéo (à commencer par Youtube sont devenus les vecteurs sur  lesquels s’appuie un véritable basculement des usages : à la relation verticale rédaction vers le public, se substitue une recherche de l’information horizontale où l’individu conduit sa recherche de site en site, de réseau en réseau, au gré de ses connaissances, de ses intuitions et surtout des recommandations de ses proches. L’entrée se fait par les vecteurs et l’arrivée sur le contenu d’un média se produit sans que celui ait été choisi pour lui-même : Plutôt parce qu’un titre, une photo, etc. sont attractifs et surtout qu’une personne, un ami, un follower a invité à aller y voir. Nous seulement la fidélité à un ou des médias disparaît, mais sa notoriété, sa référence, tend à s’estomper au profit de la confiance en ceux qui recommandent d’accéder à un contenu. C’est ainsi que Luc Vinogradoff dans le blog de la rédaction du Monde écrivait : « sur les réseaux sociaux, on fait davantage confiance à la personne qui partage, qu’à la source de l’information ».

Pour autant tous les publics sont-ils accessibles à ces nouvelles pratiques ? Intuitivement les jeunes semblent davantage en pointe. Dans la plupart des pays ils sont devenus de faibles lecteurs de quotidiens. Ils sont peu auditeurs et leur fréquentation des émissions d’information en télévision recule. Quant à l’Internet la plus récente du PewResearch Center  (mars 2016) place les réseaux sociaux au même niveau que les sites d’information (35%), sachant que les moteurs de recherche se situent à 20%. Autrement dit, 55% des internautes nord-américains (davantage pour les plus jeunes) ont recours aux intermédiaires pour rechercher leur information. Des études aussi solides n’existent pas en France, cependant le baromètre de La Croix sur la confiance des français dans leurs médias, comme l’enquête réalisée pour les Assises du journalisme en 2016 par Harris Interactive confirment la montée de cette pratique et le très fort décalage générationnel dans ce domaine.

Comment dans ces conditions les acteurs politiques, à commencer par ceux qui butaient traditionnellement sur la fonction gatekepper des médias traditionnels, ne saisiraient-ils pas toutes ces opportunités de contournement, tout en bénéficiant du facteur émotionnel et psychologique de la recommandation, par une/des personnes que chacun a choisi.

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