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Pourquoi votre sale petit caractère ne doit pas vous empêcher de faire médecine… mais plutôt vous encourager à devenir cardiologue plutôt qu’urologue (ou l’inverse)
©Reuters

Orientation

Pourquoi votre sale petit caractère ne doit pas vous empêcher de faire médecine… mais plutôt vous encourager à devenir cardiologue plutôt qu’urologue (ou l’inverse)

Vous êtes un lycéen timide et vous rêvez d'être avocat ? Bonne nouvelle : l'orientation post-bac ne doit pas se faire en fonction des traits de caractère, mais en fonction des goûts et des capacités de chacun. La personnalité ne doit entrer en compte que plus tard, lors du choix de la formation professionnelle et de la manière dont on veut exercer le métier choisi.

Nathalie Gunther

Nathalie Gunther

Nathalie Gunther est Psychologue Clinicienne Psychothérapeute et coach d'orientation.

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Atlantico : Anna Vedel, psychologue de l'Université danoise d'Aarhus, vient de publier les résultats d'une étude concernant 13 389 personnes, qui démontre que les cinq principaux traits de caractère des futurs étudiants (névrosé, extraverti, ouvert d'esprit, sympa et consciencieux) influenceraient le choix de leurs études. Que pensez-vous de ce résultat ?

Nathalie Gunther : Je ne suis pas d'accord avec les résultats de cette étude.

Tout d'abord parce qu'il y a des mélanges entre les traits de personnalité des étudiants et les pathologies. Par exemple, l'extraversion est un trait de personnalité, mais la névrose est une pathologie. Ce n'est donc pas à mon sens une bonne classification, au sens scientifique du terme, car toutes les données ne peuvent pas être analysées sur le même plan.

De plus, en tant que psychologue clinicienne, psychothérapeute et coach d'orientation, je peux vous affirmer que ces relations établies entre les traits de personnalité des étudiants et le choix de leurs études ne correspond pas du tout aux résultats de cette enquête. Je vois des étudiants très drôles qui font de l'économie et des étudiants tristes à mourir qui font du droit.

Pour moi, il ne faut pas choisir ses études en fonction de sa personnalité. C'est sûr qu'on pourrait avoir tendance à penser qu'il y a des études et des métiers qui sont plus propices à certains traits de personnalité. On pourrait par exemple s'imaginer qu'un extraverti ferait un bon avocat, que son caractère l'aidera pour plaider en public, plutôt que quelqu'un qui est complètement timide et renfermé. Mais ce n'est pas le cas, tout simplement parce qu'il y a des dizaines de façon d'exercer le métier d'avocat. Si vous êtes avocat au Conseil d'Etat et que vous passez votre temps à rédiger des écritures, vous pouvez tout à fait être introverti, dans votre bureau et ne voir personne de toute la journée, donc parfaitement heureux. En revanche, il vaudra mieux être un extraverti si vous choisissez d'être avocat pénaliste.

De plus, la personnalité n'est pas encore complètement achevée à 18 ans. Elle évolue avec le temps, et on n'a pas les mêmes envies ni les mêmes capacités à 20 ou à 50 ans.

La personnalité doit donc selon moi entrer dans en ligne de compte que plus tard, lors de votre formation professionnelle, puis dans la façon dont vous allez exercer le métier. Vous allez par exemple d'abord choisir de faire des études de médecine, ensuite une spécialisation (chirurgien, chercheur, médecin généraliste), puis enfin un métier (chirurgien spécialisé dans quelque chose, chercheur spécialisé dans quelque chose, ect).

La seule exeption que l'on peut faire est quand le jeune développe un talent très prononcé, comme la musique ou le dessin par exemple. Si il aime ce qu'il fait, il est tout à fait bienvenu de l'orienter très tôt vers une formation professionnelle appropriée.

Comment aidez-vous les futurs étudiants à s'orienter ?

Quand je fais des bilans d'orientation pour des jeunes lycéens, deux critères principaux rentrent en compte : leurs goûts (le monde artistique, la médecine, le droit) et leurs capacités (si je veux être astronaute et que je suis nul en physique, cela n'est pas un choix réaliste, et il faut que le futur étudiant en prenne conscience). 

Ensuite, en fonction de ces deux critères principaux, on s'oriente vers un certain type d'étude, qui donnent bien souvent accès à des passerelles universitaires et une multitude de sous-catégories de métiers.

D'où viennent les principales erreurs d'orientation commises par les étudiants ?

L'erreur d'orientation peut être le résultat de plusieurs facteurs. 

Elle s'explique souvent par la pression sociale et familiale, avec derrière des parents qui rêvent que leur enfant soit médecin ou dentiste et qui les poussent dans des voies qu'ils n'aiment pas. Dans ces cas-là, je préviens les parents que c'est perdu d'avance, car on ne peut pas réussir dans un domaine que l'on aime pas, et ce d'autant plus que l'on sera confronté à des gens à qui cela correspond vraiment, et qui donc seront forcément meilleurs que nous.

Le deuxième facteur explicatif est le manque de capacité, c'est-à-dire des étudiants qui se retrouvent dans des prépas aux grandes écoles où ils n'ont pas le niveau. Là aussi, je préviens les parents que c'est perdu d'avance et qu'il ne sert à rien de forcer son enfant.

Enfin, je pense que les futurs étudiants sont aussi victimes de l'hypocrisie de l'Education nationale, qui n'assume pas le fait que les dossiers et les notes des classes de première et de terminale sont primordiales pour la suite de leurs études, car les filières sont de plus en plus sélectives et donc les dossiers scolaires très importants. Je reçois ainsi très régulièrement des étudiants dans mon cabinet qui ont de très bonnes capacités et qui pourraient faire beaucoup de choses, mais qui se sont réveillés trop tard, car l'Education nationale ne les a pas prévenu à temps.

Que faire lorsque l'on se rend compte que l'on s'est trompé d'orientation ?

Il ne faut pas hésiter à se réorienter dès qu'on se rend compte qu'on est pas à l'aise dans un cursus ou dans un métier, car cela créé des malaises voire des dépressions, car lorsqu'on est pas heureux dans ce qu'on fait, persévérer ne paie pas.

Je reçois beaucoup d'adultes dans mon cabinet qui sont en souffrance à cause du fait qu'ils ont un métier qu'ils n'aiment pas.

Le sujet vous intéresse ?

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